Le cœur blanc

Une petite sortie au pied de la Montagne de Lure ? Le plateau d’Albion ? Mais sans les attraits touristiques, plutôt du point de vue des saisonniers ?

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Catherine Poulain vous l’offre – récolte des asperges (blanches et vertes), melons, fraises, fleurs de tilleul, olives, cerises, abricots, raisins, … là on les ramasse, cueille, trie… et on  se fatigue avec eux….

Nous serons au plus près de Rosalinde, Acacio, Thomas, Esméralda, Césario, Mounia (Moonface), Loulou  & les autres …. Avec son écriture « sensorielle » et « charnelle » l’auteure du phénomène éditoriale « Le Grand Marin » nous fait vivre le quotidien des journaliers – des corvées, les soirées/nuits de beuverie (je n’ai pas compté les canettes…), d’amours torrides, enfumés, conditions de vie digne d’un pays en voie de développement…

Extrait d’entretien avec l’Express

« J’ai voulu écrire une histoire sur le désir, ce ‘sale désir, sournois, menteur, qui s’impose toujours, envahit, investit, serpent qui paralyse, jusqu’à sa chute qui vient toujours’. Tous ont ce désir qui les tue : le désir de justice, le désir de l’ailleurs, le désir d’aller plus loin, le désir des morsures du soleil ou de celles des hommes et des femmes. Comme tous ces saisonniers vivent avec leur corps en pleine nature, ils ont ce côté animal qui, à mes yeux, est normal. Nous étions parfois comme des petites bêtes, très isolés du monde. Et ces corps vivants ont des odeurs, des effluves, de tabac, de fruits rouges, de sueur, d’alcool, je suis contente de les avoir évoquées, elles font partie du monde. »

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« Le Grand Marin » était centré sur la narratrice, là le livre-récit-roman devient polyphonique et perd – au moins pour moi – en force, puisqu’il y aura de redites (qu’on peut expliquer par une certaine monotonie de la vie de ces ouvriers (qu’on ne voit pas et qu’on ne veut pas voir/accepter dans les bars des villages (pou les campings..) en période de venue des touristes….

«  »...c’était nous. Nous qui finirions dans des cabanons pourris, qui mourrions dans le feu de l’été ou la solitude de l’hiver, dans le travail et dans l’alcool. Ceux dont on ne veut pas dans les douches du camping, des fois qu’on contaminerait le site ou que ça fasse trop mauvais effet pour les touristes… » (p. 115)

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Toutefois parfois des pages d’une beauté sidérante, notamment quand Catherine P. décrit la nature ou laisse libre cours aux femmes pour décrire leur attirance (et parfois la répulsion/peur des hommes), la mort de l’un, la disparition de l’autre, les désillusions, les espoirs, la dureté des saisons…

« Mais moi je me rappelle que je me suis vue vieille dans un miroir écaillé il y a à peine une heure, que ma chute a commencé, je me défais, ces rides très fines qui me viennent autour des yeux, les plis des sourires devenus fissures sur ma peau d’abricot – le cadeau d’amour du soleil – oh non je n’ai pas envie de faire ma faraude*, je fixe mes pieds poussiéreux dans mes sandales usé&es, je dis seulement – Oh je ne crois pas.… » (p. 216)

*= me pavaner, parader….

On dirait Florence Aubenas qui rajoute un kilo de plumes de poésie et d’envolées dans ces textes sur les laissés pour compte ou marginaux (volontaires)…

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Et je termine ce petit survol de ce livre dont la fin, après un grand incendie ravageant les coteaux, reste ouvert (vers un 3e livre ?) avec une photo d’un plaqueminier  (la cabane de Rosalinde se trouve à l’ombre d’un…)… Je ne suis pas aussi enthousiaste  que pour Le Grand marin, mais C. Poulain a une très très belle plume qui sort totalement de tout venant de l’Edition actuelle.

A propos lorenztradfin

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2 commentaires pour Le cœur blanc

  1. princecranoir dit :

    Une jolie plume qui invite à lui voler dans les pages.

    Aimé par 1 personne

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