La rose et la hache

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Une pièce inspirée (adaptée) de « Richard III » de William Shakespeare (pièce qu’on a pu voir l’année dernière sur ARTE dans une mise en scène de Thomas Ostermaier et un génial Lars Eidinger (ou au cinéma – transposée dans un état totalitaire….avec l’immense Ian McKellen – et Kristin Scott Thomas en Lady Anne et/ou Annette Benning en Reine Elisabeth) … ou même dans un film de Raoul Ruiz inspiré par la mise en scène de Lavaudant :

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Ici nous nous trouvons devant une version dépouillée, nettoyée de tout contexte historique (adaptation de la mise en scène de Carmelo Bene qui avait fait une adaptation de la pièce de Shakespeare..)….

La pièce a été créée en 1979 et a été rejouée en 2004 pour la réouverture de la MC2… Mise en scène de Georges Lavaudant avec le grand Ariel Garcia Valdès.

https://www.ina.fr/video/GR00001279589

40 ans après – et on prend les mêmes – G. Lavaudant himself joue Marguerite et Garcia-Valdès reprend son rôle mythique du Duc de Gloucester qui deviendra Richard III.

Scénographie éblouissante (une immense table en bois couverte de verres à pied remplis de vins d’un festival de couleurs ton-sur-ton….d’un rouge-rose-blanc …),  scènes entrecoupés de courses folles, de traversées de la scène par les acteurs (comme à l’accoutumée chez Lavaudant…), parfois d’extraits de dialogues en italien (quels films ?), un peu de musique italienne, un monologue en anglais (==> « voici l’hiver de notre colère!! ») ….

C’est dense, cinématographique, saisissant, stroboscopique aussi….(1 minute 30 de traversée d’une traîne rouge sous le stroboscope)  et avec son heure de durée nettement plus court que la pièce de William S…. et réduit à son ossature de scènes et ellipses d’une intensité/densité qui remue.

https://www.theatregerardphilipe.com/cdn/sites/default/files/pdf/dossier_-_la_rose_et_hache.pdf

40 ans séparent les 2 photos…..  et l’acteur reste hallucinant….

Article de Le Monde en date du 3 juin 1980 – et malgré les 38 années passées cela vaut encore aujourd’hui:

La jambe de Richard III (Ariel Garcia-Valdès) est prisonnière d’un appareil orthopédique, mais ses gestes sont une danse. Il n’est pas bossu, son corps est celui d’un athlète, mais avec son rang de perles au cou, son boa, ses pendants d’oreilles, ses paupières peintes, il fait penser à une tenancière de saloon. Sa mère, la duchesse d’York, ressemble à un insecte noir dont la voix gutturale s’échappe d’une face blanche aux yeux obliques, celle de Georges Lavaudant. La reine Élisabeth et Lady Anne sont une même blonde (Dany Kogan) en robe rouge étincelante, un même vampire angoissé. Quant au barbu couronné (Diden Berramdane) il est successivement le roi Edouard, Buckingham, Richmond… Reflets de feu happés par la nuit, figures lucifériennes chuchotant dans des micros-cravate des confessions tonitruantes entre une chanson d’Adriano Celentano et les sonorités exotiques d’un chant africain, ce sont les personnages de la Rose et la Hache.

D’après le Richard III de Shakespeare, le texte de Carmelo Bene :  » Parodie ou tragédie ? On ne peut pas séparer les deux termes, écrit-il, c’est la même chose. Apollon et Dionysos cohabitent, s’additionnent…  » Le texte est de Carmelo Bene, et le spectacle porte la marque de Georges Lavaudant. Il fait partie des  » travaux pratiques  » auxquels se livrent les comédiens du Centre dramatique des Alpes parallèlement aux grandes productions comme Puntila ou les Cannibales (qui doivent venir en automne au Théâtre de la Ville). Les  » travaux pratiques  » sont préparés en trois semaines, montés avec des décors réduits et des costumes du répertoire – ici, ceux d’Hamlet dans la version de Daniel Mesguich – ils servent à  » approfondir une recherche sur le jeu, le son, la lumière, la mise en perspective d’un texte « .

Le travail sur le son se borne ici au trafiquage des voix et des musiques, à des effets de lointain, des déplacements, des contrepoints d’ironie, des distorsions d’ambiance : une synthèse des décors sonores habituels à Lavaudant. Et lui, dont les éclairages sont toujours splendides, devient réellement magicien : on reconnaît sa manière et il la dépasse, c’est au sens littéral, prodigieux : des fuseaux bleus ou rouges font apparaître une table de banquet surchargée d’argenterie, comme une île naviguant dans la nuit du cosmos.

Les visages se détachent des corps, sont découpés d’ombre, un cortège de pantins désarticulés, accrochés à une interminable traîne pourpre sont balancés dans les éclairs pâles d’un tromboscope aux mouvements atténués, comme par jour de tempête. Le mur de miroirs sombres semble insensiblement s’incurver, des dessins abstraits, miniature sur fond de noir, révèlent peu à peu les profils penchés l’un vers l’autre et pour toujours séparés de Richard et de lady Anne…

Le spectacle pourrait n’être qu’un défilé de tableaux superbes, une poignée de diamants froids jetés sur scène, si l’élégance, la sensualité du travail de Lavaudant ne rejoignaient la fureur cinglante de Carmelo Bene, les rires arrogants de son désespoir, sa façon de prendre le théâtre comme révélateur, amplificateur des courants souterrains qui le déchirent.

Dans ce bout à bout de séquences, les acteurs semblent plus désinvoltes, plus libres que dans une mise en scène très composée et, en particulier, Ariel Garcia-Valdès : il déchaîne une extravagance multicolore d’enfant surdoué qui se moque et fait peur, il est un monstre de charme, Richard III.

 

https://abonnes.lemonde.fr/archives/article/1980/06/03/la-rose-et-la-hache-les-lumieres-de-lucifer_3071838_1819218.html?

téléchargement

Extrait de la « fameuse » scène de « séduction » de Lady Anne par Richard III :

RICHARD

Pourquoi craches-tu sur moi ?

LADY ANNE

— Je voudrais que ce fût pour toi du poison mortel !

RICHARD

— Jamais poison n’est venu de si doux endroit.

LADY ANNE

— Jamais poison ne dégoutta sur un plus hideux crapaud. — Hors de ma vue ! tu blesses mes yeux.

RICHARD

— Tes yeux charmants ont blessé les miens.

LADY ANNE

— Que ne sont-ils des basilics pour te frapper à mort !

RICHARD

— Je le voudrais, afin de mourir tout d’un coup ; — car maintenant ils me tuent d’une mort vivifiante. — Tes yeux ont tiré des miens des pleurs amers — et terni mes regards de leur enfantine ondée. — Jamais je n’avais versé une larme de pitié, — pas même quand mon père York et Édouard sanglotaient — en entendant les cris douloureux de Rutland — frappé à coups d’épée par le noir Clifford ; — pas même lorsque ton vaillant père faisait, comme un enfant, — le triste récit de la mort de mon père, — s’interrompant vingt fois pour soupirer et gémir, — et que tous les auditeurs avaient les joues mouillées — comme des arbres inondés de pluie ! À ces tristes moments, — mes yeux virils refoulaient une humble larme. — Eh bien, ce que ces douleurs n’avaient pu faire, — ta beauté l’a fait : elle m’a aveuglé de pleurs (46). — Jamais je n’avais supplié ami ni ennemi, — jamais ma langue n’avait pu apprendre un doux mot caressant. — Mais maintenant ta beauté est le domaine que je souhaite ! — Mon cœur si fier sollicite, et presse ma langue de parler.

Elle le regarde avec dédain.

— Ah ! n’enseigne pas un tel dédain à ta lèvre : car elle a été faite — pour le baiser, ma dame, et non pour le mépris. — Si ton cœur rancuneux ne peut pardonner, — tiens, je te prête cette épée effilée ; — si tu veux la plonger dans cette poitrine loyale — et en faire partir l’âme qui t’adore, — j’offre mon sein nu au coup mortel — et je te demande la mort humblement, à genoux.

Il découvre sa poitrine. Anne dirige l’épée contre lui, puis la laisse tomber.

— Non ! ne t’arrête pas ; car j’ai tué le roi Henry… — Mais c’est ta beauté qui m’y a provoqué ! — Allons, dépêche-toi : c’est moi qui ai poignardé le jeune Édouard !…

Anne relève l’épée vers lui.

— Mais c’est ta face divine qui m’a poussé !

Elle laisse tomber l’épée.

— Relève cette épée ou relève-moi !

LADY ANNE

— Debout, hypocrite ! Quoique je souhaite ta mort, — je ne veux pas être ton bourreau.

RICHARD

— Alors dis-moi de me tuer moi-même, et je le ferai.

LADY ANNE

— Je te l’ai déjà dit.

RICHARD

C’était dans ta fureur. — Répète-le moi ; et aussitôt — cette main qui, par amour pour toi, a tué ton amant, — tuera, par amour pour toi, un plus tendre amant ; — tu seras complice de ce double meurtre.

LADY ANNE

— Que je voudrais connaître ton cœur !

RICHARD

Il est représenté par — ma langue.

LADY ANNE

L’un et l’autre sont faux, j’en ai peur.

RICHARD

Alors jamais homme — n’a été vrai.

LADY ANNE

Allons, allons, remettez votre épée.

RICHARD

— Dites donc que la paix est faite.

(version traduite par Victor Hugo)

la version anglaise ici :

https://www.opensourceshakespeare.org/views/plays/characters/charlines.php?CharID=LadyAnne&WorkID=richard3&cues=1

 

 

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A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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2 commentaires pour La rose et la hache

  1. princecranoir dit :

    Tu rajoutes un nain, des loups et c’est Game of Thrones!

    Aimé par 1 personne

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