Cry Father

Quand on en a goûté … on devient accro.

J’ai lu, quasiment d’une traite ce 2e roman de Benjamin Whitmer (et son « Evasion » attend déjà sur ma PAL)

Sous la plume de Jacques Mailhos (excellente) la prose noir-noir de B. Whitmer vous frappe et ne vous lâche pas.

Résumé/ 4e de couv’ de chez Gallmeister

Depuis qu’il a perdu son fils, Patterson Wells parcourt les zones sinistrées de l’Amérique pour en déblayer les décombres. Le reste du temps, il se réfugie dans sa cabane perdue près de Denver. Là, il boit et tente d’oublier le poids des souvenirs ou la bagarre de la veille dans un bar. Mais ses rêves de sérénité vont se volatiliser lorsqu’il fera la rencontre du fils de son meilleur ami, Junior, un dealer avec un penchant certain pour la bagarre. Les deux hommes vont se prendre d’amitié l’un pour l’autre et être peu à peu entraînés dans une spirale de violence.

Patterson Wells est comme son « pendant » dans « Pike » un écorché vif. Seulement cette fois-ci il ne se voit pas chargé d’une (petite) fille,  mais doit vivre avec le fantôme de son fils décédé suite à une faute de diagnostique d’un médecin et fait le choix de s’approcher (un peu trop) du fils de son meilleur ami. Pour chasser sa douleur due à la perte de son fils, il travaille comme « saisonnier » dans l’élagage … suivant les tornades et autres tempêtes (Katrina, Louisiane…) qui frappent les States avec à leur traîne les destructions de paysages (pas si loin des destructions qu’il s’inflige avec la coke, l’alcool….) … De temps en temps il écrit des lettres à son fils, une sorte de « mémoire »-journal de bord monologuant, parsemé de « trous noirs », dans lesquels on apprend que son père à lui s’est suicidé, ou aussi comment il a rencontré son ex, Laney…., qui elle veut que Patterson se joigne à elle pour engager un procès contre le médecin : « Ta mère sait me fatiguer jusqu’à ce que je lui promette les choses. Elle n’a juste jamais trouvé comment s’y prendre pour me faire tenir parole. »  (p. 167)

Nous nous trouvons dans une région archétypique des States, le Colorado.

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A côté des chevaux, des montagnes… la ville n’est pas loin – Denver… denver-skyline

et avec la ville, les laissés pour compte, les chômeurs, les drogués….Le décors : les dépotoirs, casses, garages, pubs et hôtels borgnes, zones industrielles contaminées, air de jeu des toxicomanes, dealers de meth’, Hells Angels et autres théoriciens du complot – sous un ciel sans fin …..

Whitmer crée une ambiance de tragédie grecque, ça fourmille de morts, de sang mais – comme par miracle – il nous assomme pas avec cette « étude de milieu ». Il est plutôt du genre de nous emballer avec un peu de douceur, de belles descriptions, de dialogues courtes comme chez les grands des short-stories (en exprimant tout par les silences entre les lignes…) pour mieux nous surprendre par une explosion de violence… Comme « Pike » ce n’est pas un roman à l’eau de rose, c’est plutôt du Whisky et pas d’une seule bouteille….

Par ailleurs, il n’y a pas de véritable fil conducteur du récit, c’est un tapis plombé sans perspective aucune sur lequel nous marchons…. ou plutôt une des ces routes rectilignes que prennent les protagonistes pour rouler-rouler-rouler …. On sent la tension monter au fil des pages, on sait que ça éclatera et que la violence se fera crescendo…

SLV-Flickr-Jesse0Varner

malgré les femmes – malgré notamment l’ex-femme de Patterson W. (Laney) qui reste un ange-gardien… et se réjouit de chaque moment que Patterson arrive à sortir de sa noirceur… comme quand il fait de la luge de sable -dans les dunes ci-dessous – avec l’enfant que Laney a eu d’un homme de passage…

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On pense à Jim Harrison croisé d’un Jim Thompson, avec des dialogues empruntés d’un Tarantino (ahh la discussion quasi surréaliste sur les Centres Commerciaux ….) et une description quasi documentaire-accusateur d’un Claus Drexel des laissés pour compte, de l’abandon, de la déchéance….

Ah oui, l’Éditeur allemand du roman lui a donné le titre « Nach mir die Nacht » (après moi la nuit) …. un titre qui donne bien la couleur !

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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5 commentaires pour Cry Father

  1. Oui oui et oui ! J’aime ton formidable article comme j’aime ce terrible Benjamin

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Évasion | Coquecigrues et ima-nu-ages

  3. Ping : Les invisibles | Coquecigrues et ima-nu-ages

  4. wivine300 dit :

    C’est « La livrophage » qui m’emmène ici, j’ai tenu ce livre dans mes mais et j’ai faillit l’acheter il y a quelques jours, j’y retourne demain et je l’achète!

    Aimé par 1 personne

  5. Ping : Cauchemar américain vs rêve américain | Coquecigrues et ima-nu-ages

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