By the rivers of babylon

Livre lu dans le cadre de la sélection pour le Prix Caillé 2018.  

Je parle ici en mon propre nom et aucunement ni au nom du Jury ni de celui de la SFT.

 

LaSolutionEsquimauAW

Présentation de l’Editeur (Zulma)

Roman traduit de l’anglais (Jamaïque) par Nathalie Carré
Dans la sélection du Prix Les Afriques
Lauréat 2017 du Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde
Lauréat 2017 du OCM Bocas Prize for Caribbean Literature

Augustown, quartier pauvre de Kingston. En cet après-midi d’avril 1982, Kaia rentre de l’école. Ma Taffy l’attend, assise sur sa véranda. La grand-mère n’y voit plus mais elle reconnaît entre toutes l’odeur entêtante, envahissante, de la calamité qui se prépare. Car aujourd’hui, à l’école, M. Saint-Josephs a commis l’irréparable : il a coupé les dreadlocks de Kaia – sacrilège absolu chez les rastafari. Et voilà Ma Taffy qui tremble, elle que pourtant rien n’ébranle, pas même le chef du gang Angola ni les descentes des Babylones, toutes sirènes hurlantes. On dirait bien qu’à Augustown, Jamaïque, le jour de l’autoclapse – catastrophe aux promesses d’apocalypse – est une nouvelle fois en train d’advenir. Alors, pour gagner du temps sur la menace qui gronde, Ma Taffy raconte à Kaia comment elle a assisté, petite fille au milieu d’une foule immense, à la véritable ascension d’Alexander Bedward*, le Prêcheur volant…

By the rivers of Babylon est un roman puissant, magnifique chant de résistance et de libération.

 

En effet, étonnant roman – une sorte de « 100 ans de solitude » – qui se passe dans la vallée imaginaire d’Augusttown (qui semble ressembler à August Town (Jamaïque) « avec laquelle elle partage aussi une histoire parallèle« .

L’histoire parle du « Au-tan-lontan »… mais aussi d’aujourd’hui. Dans une langue souvent poétique, matinée d’ironie (ou au moins un sourire) et une belle oralité nous est conté « un jour d’autoclapse » (ses prémisses – avec des racines dans le 19e siècle – et son dénouement tragique).

Il était une fois… Nous sommes le 12.8.1982. Nous trouvons au point précis de à  17°59’0’’ Nord et 76°47’00’’ Ouest. En dessous de nous, un coin des Caraïbes, même si ce n’est pas ce que vous en avez peut-être vu dans les brochures touristiques…. Sous nos pieds, une morne petite vallée d’une morne petite île. Prêtez attention aux collines et notez combien l’une d’ente elles portes comme une balafre sur le visage… » (p. 15) 

Kaia, le petit-fils de Ma Taffy, la vieille rastafari, rentre de l’école la crinière tondue – il n’a plus ses dreadlocks. C’est Mr Emmanuel Saint-Joseph, le maître d’école un peu dérangé – il lit tous les jours deux pages de « L’Origine des Espèces » de Darwin et deux pages de la Bible  (« mais il ne comprenait pratiquement rien ni de l’un ni de l’autre, mais avançais tout doucement, avec méthode, dans leur lecture, s’imaginant qu’avec chaque nouvelle phrase il devenait meilleur et plus profond » (p. 74) (le chapitre 6 – qui présente rapidement son passé est un régal !) 

Ma Taffy sait d’emblée que cet acte « insensé » a crée une situation explosive – et le roman en petits-pas en avant et en arrière devenant spirale narrative, nous expliquera le pourquoi…. en prenant son temps….

Peuplé de personnages et de lieux, le livre fourmille – il y a donc ce petit-fils, une vieille fille laide, un fabuleux prédicateur, des chefs de gang, un gentleman businessman, une directrice d’école (ah ce face à face de Miss G. et  Madame G.) qui sera lié au petit-fils….

L’histoire de la Jamaïque, ancienne colonie britannique, sera scrutée – ses liens avec le présent mis à nu – et le narrateur/la narratrice « Conscience sans enveloppe corporelle » survole Augustown et raconte : « Et attention, ce n’est pas du réalisme magique. Ni même encore cette même histoire de superstition et de croyances primitives dans les Caraïbes. Non, vous ne vous en tirerez pas si facilement. Cette histoire parle de gens qui existent comme vous et moi, aussi réels que je l’étais avant de devenir une chose flottant dans le ciel, délivrée de son corps. Et vous pouvez aussi vous arrêter sur une question plus urgente : non pas de savoir si vous croyez à cette histoire, mais plutôt si celle-ci parle de gens que vous n’avez jamais envisagé de prendre en considération. » (p. 153) 

Le lecteur est constamment interpellé et happé par la force poétique de l’écriture de K. Miller et son langage coloré d’une multitude d’expressions comme « ti-moun », « tifi », « ti-gars », « femme-grand-quelqu’un », « au-tan-lontan », « pityè »….le roman nous transporte ailleurs….

Une belle découverte.

* https://en.wikipedia.org/wiki/Alexander_Bedward

A propos lorenztradfin

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5 commentaires pour By the rivers of babylon

  1. lebouquinivre dit :

    Très chouette article qui donne envie de s’y plonger! D’ailleurs, j’aime beaucoup le titre!

    Aimé par 1 personne

  2. CultURIEUSE dit :

    Repris par Abba, non? Il y a des choses que j’aime bien dans la culture rasta, plus philosophique que religieuse, dont la musique du great Bob Marley et le végétarisme (pour ne pas faire de son corps un cimetière!). Et …legalize the ganja!

    Aimé par 1 personne

  3. princecranoir dit :

    Immédiatement le titre me renvoie aux images d’un fameux groupe teuton emmené par un Voodoo Child à la voix trafiquée… Sans savoir qu’il existait une version reggae antérieures !
    Un grand merci pour cette découverte littéraire, et cette petite vidéo qui pourra peut-être me faire briller en société un de ces quatre mariages. 🙂

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  4. Ping : By the river of Paris | Coquecigrues et ima-nu-ages

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