Patria

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Ce livre coup de cœur je l’ai lu à la suite d’une recommandation de mon amie-collègue S.H. et je lui adresse un très grand merci !

Présentation de l’Editeur (Actes Sud pour la version française traduite magnifiquement par Claude Bleton) – 4e de couv’ :

Lâchée à l’entrée du cimetière par le bus de la ligne 9, Bittori remonte la travée centrale, haletant sous un épais manteau noir, bien trop chaud pour la saison. Afficher des couleurs serait manquer de respect envers les morts. Parvenue devant la pierre tombale, la voilà prête à annoncer au Txato, son mari défunt, les deux grandes nouvelles du jour : les natio­nalistes de l’ETA ont décidé de ne plus tuer, et elle de rentrer au village, près de San Sebastián, où a vécu sa famille et où son époux a été assassiné pour avoir tardé à acquitter l’im­pôt révolutionnaire. Ce même village où habite toujours Miren, l’âme sœur d’autrefois, de l’époque où le fils aîné de celle-ci, activiste incarcéré, n’avait pas encore de sang sur les mains – y compris, peut-être, le sang du Txato. Or le retour de la vieille femme va ébranler l’équilibre de la bourgade, mise en coupe réglée par l’organisation terroriste.
Des années de plomb du post-franquisme jusqu’à la fin de la lutte armée, Patria s’attache au quotidien de deux familles séparées par le conflit fratricide, pour examiner une criminalité à hauteur d’homme, tendre un implacable miroir à ceux qui la pratiquent et à ceux qui la subissent.
L’ETA vient de déposer les armes mais pour tous une nouvelle guerre commence : celle du pardon et de l’oubli.
Ce roman a enflammé la société espagnole et a valu à son auteur les plus prestigieuses récompenses. En cours de publication dans le monde entier, Patria fait événement par sa puissance d’évocation et sa mise en question des fanatismes politiques.

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J’ai souvent pensé à cette baie de Donastasia / San Sébastian  (La Concha) on s’y promène souvent dans ce livre – en 2012 j’y étais… pour être honnête sans avoir bcp pensé aux Basques et la basquitude.

« Pas de gagnants, seulement des perdants« … ainsi on pourrait résumer les 610 pages de ce roman (+ qqs pages de glossaire de termes basques – genre: « txakurrada = chien, au sens collectif. Surnom appliqué à l’ensemble de la police ou « belarri » = oreille) … mais on pourrait aussi dire  « La honte des victimes » ou « Comment devenir un Etarra » ou « La haine des victimes » ou….

125 chapitres qui par cercles « concentriques »  cernent toujours plus les événements et offrent chaque fois une nouvelle perspective, une information qui densifie les divers protagonistes qui, au début, sont assez schématiques.

Tout commence au cimetière – un qui est peut-être comme celui-ci que j’ai trouvé sur le net, un peu loin du village…

cimetière basque

Txato, un homme d’une grande bonté, a à la force de ses mains créé une entreprise, a embauché du monde du village (imaginaire par ailleurs), refuse de payer l’argent que l’ETA lui demande (la taxe révolutionnaire) – et sera, comme tant d’autres, assassiné. Sa femme, Biturri, va régulièrement sur sa tombe et « parle » (du présent et du passé) à son défunt mari. Biturri a quitté le village après l’assassinat avec ses deux enfants Xabier et Nerea et vit désormais à quelques encablures à San Sébastian/Donastia. L’annonce du cessez-le-feu par l’ETA, la pousse de revenir au village, ou elle essaie de faire la lumière sur ce qui s’est passé à l’époque et décide de retrouver sa maison dans le village et de parler aux gens du village.

Ce retour sera interprété par bon nombre de villageois comme un affront (les villageois avaient tourné le dos à la famille de Biturri au moment de la « fatwa » de l’ETA) et prend ce retour comme un doigt accusateur d’une victime.

Miren, la plus grande amie de Biturri – avant que l’ETA devient violente – prend cela très mal. Son mari, Joxian (le copain de vélo de Txato) subit. Ils ont trois enfants Arantxa, Joxe Mari ((lui est un membre actif de l’ETA, soupçonné par ailleurs par Biturri d’avoir tué son mari qui s’était occupé comme un père de Joxe Mari). Joxe se trouve maintenant incarcéré à 500 km du pays basque, quand le roman débute). Enfin il y a Gorka, le 3e enfant de Miren, poète/journaliste-radio, homosexuel et non politisé (donc anti ETA) mais amoureux de  la langue et culture basque. Le tableau est donc complet pour une fresque ample.

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Le roman avance par petits pas, trois pas en avant, deux pas en arrière, change de niveaux temporel à chaque chapitre, parfois au sein d’un chapitre, avec des narrateurs/penseurs changeants… Puzzle ou mosaïque qui permet peu à peu à dresser le portrait de tous les protagonistes, de retracer leurs évolutions, de donner les rasions de tout un chacun.

Ainsi le lecteur retrace la vie et l’évolution de tous les membres des deux familles – cela peut parfois être un peu trop « schématique » mais ce côté roman-photo est dilué par un style heurté : parfois juste les débuts d’une phrase (pour économiser le reste que le lecteur se construit sans problème), parfois avec des choix de mots séparés par un slash pour souligner la multitude et diversité des pensées, parfois aussi avec un changement du « nous/on » au « je »

« A la fin de la journée, Joxian rentre chez lui. Jour après jour, je suis de plus en plus fatigué. Les années ne passent pas pour rien. Il répétait/ruminait des lieux communs dans les rues désertes. Les tours du matin étaient moins fatigants. On sort du travail.….  » (p. 220)

Construction impressionnante, puisque aucun rouage de la machine à broyer l’humain n’est oublié : l’ETA, les diverses manières d’être basque, d’être apolitique, d’être pris dans le filet d’une pensée aveuglante (j’ai souvent pensé au Djihadisme qui procède de la même manière pour recruter…, les regrets, les excuses ((im-)possibles, la vie après l’ostracisme, la solitude des prisonniers, la violence de la police tout en dressant un tableau de la société espagnol (1er mariage homosexuel, avortement… )

Le roman aurait certainement été encore lus fort avec 50 pages de moins (pas toutes les superspositions ou recoupements des fils narratives ouvrent chaque fois une nouvelle perspective) mais sommes toutes un très très beau moment de lecture.

Lisez aussi la très belle critique chez « en attendant nadeau »

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2018/03/13/hache-serpent-aramburu/

30.11.2020 

Je viens d’apprendre qu’il existe une version TV (série sur Canal+) de ce roman. Ce qui ne m’étonne guère – tous les ingrédients pour une série captivante sont là. Pas vu, puisque pas abonné de la chaine cryptée – mais ça vaut certainement la peine d’y jeter un coup d’œil. 

A propos lorenztradfin

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4 commentaires pour Patria

  1. lebouquinivre dit :

    C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup !

    Aimé par 1 personne

  2. Elisa dit :

    Je ne suis pas une passionnée du conflit basque mais ta chronique donne vraiment envie, merciiii 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Ping : Prix Shadow International | Coquecigrues et ima-nu-ages

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