Les spectateurs – N. Azoulaï

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pour éviter une accusation de faire l’éloge du vin français – et pour signifier que pour cette lecture il faut garder une tête claire ….

[Par ailleurs – cette semaine nous avons nos petits-enfants en « garde » chez nous – je n’ai donc peu de temps pour le blog (et des lectures) – et n’en parlons pas des traductions (je me suis mis « en vacances » pour que les petiots gardent une belle image de leur « Opa »)]

Livre lu dans le cadre du Prix Livre Inter 2018

Présentation sur le site de P.O.L. :

Dans le salon d’un petit appartement, un enfant de 13 ans, sa petite sœur et ses parents regardent la télévision. Le général de Gaulle, président de la République, y donne une conférence de presse qui les sidère. Celle du 27 novembre 1967. L’enfant comprend en direct qu’on peut avoir à quitter son pays natal, comme ses parents chassés de chez eux quelques années plus tôt. Bouleversé, il veut savoir comment ça s’est passé et questionne ce premier exil. Il leur demande quand et comment on décide de partir, ce qu’on emporte dans ses valises, ce qu’on laisse derrière soi mais, à toutes ses questions, personne ne répond vraiment, comme si on lui cachait quelque chose. Le soir même de la conférence, sa mère se confie à sa voisine Maria, une couturière qui lui confectionne toutes ses robes d’après celles que portaient les stars hollywoodiennes des années 40. Rita Hayworth, Lana Turner, Gene Tierney, des figures qui accompagnent sa vie et qu’elle invoque à tout bout de champ. De l’autre côté du mur, l’enfant reconstitue les menaces, le départ, les adieux, et parvient à recoudre les différents pans d’une histoire qui entrelace l’amour et le secret, l’exil et le cinéma, l’Orient et l’Occident…

Le roman est aussi « fouillé » que cette 4e de couv’….

Un roman fourmillant – du point de vu du garçon – de tissus et de couleurs (la mère se fait faire sur mesure par  Maria des robes qu’elle a vu dans les films des années 40 et 50…), d’interrogations d’un garçon, de son rapport avec sa sœur (qui doit être opéré aux jambes), avec le fils de Maria aussi…

Mais d’allusions politiques aussi… ainsi le livre était l’occasion pour moi de lire la retranscription de la conférence de presse de de Gaulle du 27.11.1967.…. et ses passages sur Israël/Palestine…. qui intéressaient particulièrement la famille du roman (immigrés)

….L’établissement entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque là, l’établissement d’un foyer sioniste en Palestine, et puis après la deuxième guerre mondiale, l’établissement d’un Etat d’Israël soulevait à l’époque un certain nombre d’appréhensions. On pouvait se demander, en effet, et on se demandait, même chez beaucoup de juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allaient pas entraîner d’incessants, d’interminables frictions et conflits. Et certain même redoutait que les juifs, jusqu’alors dispersés, et qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent une fois qu’ils seraient rassemblés dans les sites de son ancienne grandeur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles :  » l’an prochain à Jérusalem « . En dépit du flot, tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qui le provoquaient, qui le suscitaient plus exactement, dans certains pays à certaines époques, un capital considérable d’intérêt et même de sympathie s’était formé en leur faveur et surtout il faut bien le dire dans la chrétienté. Un capital qui était issu de l’immense souvenir du testament, nourri à toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique valeur et que poétisait chez nous la légende du juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subi pendant la deuxième guerre mondiale et grossi depuis qu’il avait retrouvé une patrie, par les travaux, leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats. C’est pourquoi indépendamment des vastes concours en argent, en influence, en propagande que les Israéliens recevaient des milieux juifs, d’Amérique et d’Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement de leur Etat sur le territoire que leur avaient reconnu les puissances, que lui avaient reconnu les puissances, tout en désirant qu’ils parviennent en usant d’un peu de modestie à trouver avec ses voisins un modus vivendi pacifique. ….

N. Azoulaï m’avait pris à la gorge avec son « Titus n’aimait pas Bérénice« , là elle m’a souvent laissé en plan. Pour moi, trop de sujets, une structure narrative qui m’as paru trop du genre « faire compliqué » -, même si sa sensibilité (à fleur de peau dans « Titus »  déjà) fait parfois des merveilles.

Bildergebnis für Gene Tierney + "Leave her to heaven" +  escalier

« Sa mère hésite, il y a des bleus roi, saphir, cobalt, marine, turquoise, ciel, denim, mais azur, je ne sais pas si on parle d’azur en couture, je demanderai à Maria... » (P. 72) pour parler plus tard de Gene Tierney dans (Leave Her to Heaven – Peché mortel) « ….quand elle se met en tête de dénicher un jour d’avril de l’année passée la même nuance de bleu que celui du déshabillé de Gene Tierny, dan sun films qu’elle a vu en 1+946…. En haut des marches d’un escalier du même bleu, explique-telle, intense et clair en même temps, légèrement nacré, elle s’apprête à se lancer pour tuer l’enfant qu’elle porte… »  (p. 75) – (cette scène correspondant au moment ou sa mère est enceint de sa future sœur…)

 

Bildergebnis für imitation of life + Lana Turner  « Imitation of life » (D. Sirk/ Lana Turner) 

Le fait qu’elle parle beaucoup de tissus et des vêtements des stars du cinéma (d’antan) peut certainement être interprété comme le souhait de vouloir, à travers les robes et tissus, maintenir intact un rêve, celui d’une vie passée dans l’insouciance (préservée notamment dans le vert céladon d’un tissu). Intéressant dans ce contexte (et de cette construction intellectuelle) : le mélange de la réalité de ces jours de 1967 avec le cinéma de D. Sirk p.ex. offre une sorte de parallélisme entre la vie de la mère et Maria qui jouent un remake de Imitation of life…..

Il y a la télé qui entre dans le quotidien (d’abord N&B et ensuite en Couleur (mais des couleurs qui – au regret de la mère – n’ont rien à voir à ce qu’on peut voir dans les salles de ciné de l’époque !) – il y a la vie politique qui entre par bribes décousue dans la vie quotidienne…, il y a les rapports entre les « riches » et les « domestiques » (même si Maria n’en est pas vraiment).

« Il attend puis précise que sa mère portait justement une robe pleine d’étoiles, des étoiles blanches brodées, des étoiles de mer incurvées, pailletées, qui scintillaient dans la nuit, que ce même soir, des cris ont retenti qui les chassaient du paradis. Que ces mêmes étoiles sont devenues des agrégats de poussière sur le fourreau noir dans lequel elle a enterré il y a quelques semaines celle qui faisait encore d’elle une étoile justement, Maria Silva. »

Le roman fourmille de très belles descriptions (même trop riches pour un enfant, même collectionneur de mots nouveaux ou inconnus pour lui) quelques scènes bien vu, mais l’ensemble m’a laissé froid … Toutefois je dois avouer que Nathalie A. a une vraie belle plume….

 

A propos lorenztradfin

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