La fonte des glaces

La dans le cadre du Prix du Livre Inter 2018  (belle discussion autour de bons vins)

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Louis est le fils d’un comptable et né en Afrique:

(… »peut-être aurait-elle préféré un mari un peu plus enjoué, mais elle comprenait que la pression des chiffres puisse modifier l’étoffe d’un homme, l’amidonner et contraindre ses gestes les plus intimes et même les plus amoureux, allant jusqu’à les soumettre à un strict planning hebdomadaire. L’arithmétique ne cédait du terrain que les veilles de week-end et les samedis soir, quoique pouvant subir des défaites en semaine, car la jeune femme s’y entendait assez bien pour réorienter son mari vers des territoires ou l’impératif comptable s’effaçait devant le devoir conjugal. Toutefois, du point de vue statistique, Louis était un enfant du week-end » (p. 15)

Après la mort de son père (écrasé par un éléphant – drôlissime), le duo mère-fils rentre en France, Louis deviendra charcutier, épousera la fille d’un maître de stage, reprendra sa boutique (les qqs pages – trop courtes – décrivant le bonheur des époux sous l’influence et/ou sur des carrelages et le froid de la salle frigo sont pétillantes) et se retrouve seul après la mort de cette dernière – et entre en retraite comme d’autres au couvent. La description de sa déprime post-retraite est tristement-joyeux :

« Ses journées, ses soirées et ses nuits se succédaient dans une continuité que pourrait modéliser le cylindre mollement sinueux d’une pâte dentifrice au sortir du tube. Pour le dire clairement, Louis déprimait. Fidèle à sa nature placide, il déprimait discrètementSon moral descendait une pente douce, au dénivelé d’autant plus pernicieux qu’il était infime. Il manquait à ses journées un schéma directeur de type belote, lotos, excursions de groupe et autres occupations agrégeant les retraités sociables. Il avait un certain nombre de connaissances mais pas d’amis, pas de famille, personne avec qui partager un rituel hors commerce, ne serait-ce qu’une partie de pétanque ou de dominos. N’ayant ni la main verte ni le goût du bricolage, il fut confronté à l’infernale gymnastique des aiguilles de sa montre qui prenaient tout leur temps pour arriver au grand écart de midi trente, heure officielle du déjeuner, puis à celui de dix-huit heures ; il mettait alors la table bien qu’il soit encore un peu tôt, comme pour appâter le moment du souper. Il faisait de son mieux pour arrondir les angles de ces aiguilles qui tricotaient des fins de journées bien trop grandes pour lui, tissaient d’interminables dimanches dans lesquels il flottait.. » (P. 45)

Autour de la page 50, le roman prend une virée – c’est que Louis va « tomber amoureux » d’un manchot empereur (ne dites surtout pas « pingouin » !) trouvé dans un vide-grenier.

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Louis, jusque là pas aventureux pour un sou, va s’intéresser au sort des manchots empereur (la description de ses excursions dans la médiathèque de Toulon est – également – un régal). Il va découvrir la « fonte des glaces », construire dans son grenier une (sorte de) « banquise », rajoutera, grâce à des achats sur internet, 11 compagnons autour de son 1er manchot (la Dream Team)…. et se mettre à la quête du grand froid…. ce qui offrira au lecteur (qui tourne les pages avidement) un voyage à l’Antarctique « qui se jette au cou de Louis que son grenier-banquise avait habitué à un froid moins démonstratif » (p. 115.) Ivaluardjuk, un inuit, sera son guide….

 » Il a fait ce qu’il fallait pour être là, dans la patrie du manchot empereur, après s’être posé maintes questions d’ordre pratique mais aucune sur la nécessité profonde de ce voyage au bout du froid. Just do it, aurait-il pu dire. Il s’était transporté de Toulon en Antarctique en plusieurs étapes physiques mais d’un seul jet mental, comme il offrait jadis un bouquet de persil aux clients sans y penser, parce que c’était la chose à faire.  »

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Une suite de micro-événements feront que Louis ratera son vol du retour, croise une journaliste-activiste (Alice) et déclenchera un mouvement (mondial) qui dépassera l’entendement… pamphlet contre les marketeurs, l’homme-déchet…. avec un accent de dystopie….

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Alice et Louis regardent des iceberg passer…..avant de faire un voyage sur un chalutier (de chasseurs d’iceberg) …

D’une logique imparable, c’est pourtant sur ce tout dernier tronçon de la vie de Louis, de plus en plus dodelinant, que j’ai perdu un peu ce personnage attendrissant et loufoque comme sorti d’un roman nordique….(genre Arto Paasilinna ou Jonasson…)

Un roman très, très agréable à lire. Un récit comme on aimerait en lire plus souvent, qui vous attrape par les cheveux. Il vous étonnera, il vous apprendra des choses, fera rire plus d’une fois – Joël Bacqué est doué pour rendre les choses les plus infimes de la vie vivantes (et drôles). Ce qui aurait pu virer en une « simple » émanation de WWF/Greenpeace (défense de la nature et des animaux en général – sous l’étendard du mancho empereur) se voit adouci voire contrecarré notamment par une attaque en règle contre les canidés (p. 100 – 101 – tordant à souhait !) …

Une belle lecture, qui, de plus, vous apprend pas mal de choses (et pas seulement sur les manchots – il incite « même » à la réflexion) et nous fera – enfin – assister à une « parade nuptiale » dont la vidéo imaginée par Joël Bacqué n’existe malheureusement pas sur youtube !

 

 

 

 

A propos lorenztradfin

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5 commentaires pour La fonte des glaces

  1. lebouquinivre dit :

    Coucou! J’adore te lire! Tu es toujours une source de découverte, merci beaucoup ! Ce livre peut tout à fait me plaire avec son périple et son côté « nature »! Belle journée 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. ah ah ah ! Tu m’a tentée avec cet article on the rocks ! et le Pouilly Fuissé aussi (sur FB )

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  3. lorenztradfin dit :

    … il est encore jeune le Pouilly F…..- et je n’aurai pas dû le mettre sur glace…

    Aimé par 1 personne

  4. Ping : Marée basse ou La volupté de nager | Coquecigrues et ima-nu-ages

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