Le Buson & Nous étions cinq

Deux livres lus dans le cadre du jury du Prix Caillé 2018 (premier tour de piste des livres proposés par les Editeurs). L’opinion ci-dessous est un avis personnel et ne représente pas celui de mes co-membres de jury. Par ailleurs, je ne parlerai pas de la qualité de la traduction qui sera jugée par le jury dans son ensemble)

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 Roman de Poláček Karel (Bylo nás pět) traduit du tchèque par Martin Daneš

C’est le petit Petr Bajza ou Péťa Bajza (dans la traduction appelé : Pierre Bajza), 10 ans qui raconte les petites « aventures » qu’il vit avec ses copains. Pierre est le fils de l’épicier d’une petite ville. La 1ere de couv’ l’illustre un peu : c’est un peu « Le petit Nicolas » (mais tchèque et dans les années ’40 – écrit dans une période d’avènement des nazis. Il faut savoir que Poláček Karel est juif (donc persécuté par les nazis ) et qu’il a écrit le « roman » (c’est une suite d' »aventures » et surtout un très long rêve) – roman par ailleurs encore lu aujourd’hui dans les écoles, en 1943 (!) en attendant sa convocation pour un camp de concentration (Terezin/Theresienstadt)

« …ce roman a été écrit dans des conditions particulièrement difficiles […]. C’est son dernier manuscrit qui a été publié à titre posthume en 1946. ….il l’a écrit en 1943 lorsqu’il attendait sa convocation pour un camp. Il était un homme intelligent et je pense qu’il était conscient de ce qui l’attendait. Ce n’est pas un hasard qu’il écrive une ode à la vie. Un livre joyeux qui décrit sa propre enfance dans la ville de Rychnov, même si la ville n’est jamais nommée dans le livre. En fait, il retourne dans son enfance qui était aussi une période joyeuse pour lui. «  (avant-propos de Martin Daneš )

On sourit parfois en lisant les petites vignettes saupoudrés d’expressions drolatiques (Pierre fait bcp de « fôtes » d’orthographes et mélange les expressions ou essaie de parler comme un adulte sans y parvenir… « on se rigole », « un verre qui fait mal » (= loupe),  « mentir comme un soutien-gorge », « à la retraire » (sic!) ….)

Le grand Hayao Miyazaki cite ce livre parmi les 50 livres (de la littérature mondiale) qu’il fait avoir lu !

Un peu lassant comme lecture (les « aventures » font du « surplace », pas de véritable courbe ascendant vers quelque chose au-delà de la description d’une enfance), mais procurant des sourires.

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4e de couv’

On raconte que Maguelonne était la fille d’un roi de Naples, et qu’au lieu d’être arrivée tel ou tel jour dans cette ville, elle serait plutôt restée coincée là. Tout le monde jurait qu’ils avaient été à l’école ensemble, qui à Deitingen, qui à Recherswil, et quelqu’un ajouta : « Attends – et elle était napolitaine ! » Mettons que Casanova ait souvent discuté avec elle sans pour autant lui conter fleurette, que ce soit justement avec elle qu’il ait voulu parler philosophie grecque foutaises. Mais le père Nüssli, lui, racontait toujours l’histoire qui suit. C’était dans la Grand-Rue : petit garçon, il donnait la main à son père, ce fameux jour où on avait fait défiler les nouvelles prostituées en calèche. Il les revoit qui agitaient la main, se souvient de tous ceux qui – pur hasard – les regardaient passer. Nul ne voulait savoir ce qu’il en était vraiment, et personne ne leur faisait signe en retour. On raconte qu’ils étaient allés les chercher à la nouvelle gare de Soleure pour ensuite les mener en calèche au bordel de la gare de l’Ouest, qui aurait fermé ses portes autour de 1910. Le Buson ou les nouvelles amours de Maguelonne, suivi de quelques autres contes de policiers et d’ivrognes, rassemble huit fables modernes qui donnent à entendre, pour la première fois en français, un Peter Bichsel au sommet de son art, oscillant entre le fantastique et l’inquiétant – voire le cruel. Huit histoires drolatiques stylisées par l’oralité de la langue, huit variations virtuoses sur l’art du conteur.

Résumé des Editions d’en bas 

Le Buson – Opérette soleuroise. Inspiré de la légende de Pierre de Provence et de la belle Maguelonne, ce tableau noir et grinçant fourmille de personnages tristement comiques, coincés entre les âges. Peter Bichsel y enchevêtre en filigrane une critique de cette société-vitrine qu’est pour lui la Soleure d’aujourd’hui.

Début de carrière. Qui est Salomon Adalbert Meier ? L’enquête progresse à l’aveuglette, des pans entiers de la vie de Meier passent de l’ombre à la lumière, et son image se révèle tantôt harmonieuse, tantôt délirante. Jusqu’où ira ce personnage ?

L’art du chemin de fer. À travers la rencontre impromptue de deux voyageurs grotesques et apitoyants, le narrateur sonde le malaise – et l’onirisme – qui peut naître d’une cohabitation forcée lors d’un trajet ferroviaire.

Robinson. Le jour où il se réveille à neuf heures (trop tard pour aller au bureau), un homme remarque que les oiseaux pépient. Dès lors, il n’ira plus travailler : victime d’une étrange amnésie, il passera ses journées à essayer de se souvenir de ce qu’il a fait la veille, craignant d’avoir commis l’irréparable.

L’attente à Baden-Baden. Un Suisse est installé depuis belle lurette comme employé d’hôtel dans une petite ville allemande. Voilà qu’un deuxième Suisse s’incruste, dérobant peu à peu ses privilèges au « vrai » Suisse de l’étape – le tout dans une atmosphère de serre chaude.

Ces phrases. L’histoire d’un quidam qui en rencontre un autre dans un obscur bistrot. Ivre, celui-ci lui confie : « Les hommes, ce n’est pas qu’ils meurent, c’est qu’on les assassine. » Lequel des deux a vraiment prononcé cette phrase ?

Grammaire d’un départ. C’est un petit traité de notre perception temporelle d’un départ qui se profile ici. Décomposant méticuleusement tous les modes de la narration traditionnelle, le conteur se leurre : n’essaie-t-il pas de repousser autant que possible le départ de quelqu’un ?

[C’est cette « fable » que j’ai préférée – Bichsel joue à la perfection avec les « si » et les possibilités de raconter un départ….]

Déclaration à l’élève de Prey. Une fresque bigarrée où se tissent les rapports d’un élève et de son défunt professeur, soi-disant érudit. En toile de fond, c’est une réflexion ébouriffante sur le savoir « pragmatique » des intellectuels face aux affabulations des raconteurs d’histoires. Le chef-d’œuvre méconnu de Peter Bichsel.

Ce petit livre est d’une lecture assez facile mais ouvre parfois des interstices d’une profondeur abyssale, tant Bichsel manie la plume pour nous faire douter de la « réalité narrée », soulevant des questionnements et une poussière de doutes quasi kafkaïens.

A propos lorenztradfin

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