C’est moi

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4e de couverture (chez Minuit) 

Depuis son licenciement, Tristan et moi on vivait côte à côte plus qu’ensemble. Les jours se suivaient et se ressemblaient, les livres s’entassaient par terre et le canapé, qui fait office de lit, à quoi bon le replier ?
On n’avait pas besoin d’une photographie – ni de Charlin, pour couronner le tout.

Tristan, qui « cherchait vaguement du travail », tandis que la narratrice (sa « compagne ») travaille dans une boite de marketing, végète – souvent en pyjama, dans leur logement commun en désordre, au milieu des livres empilés par terre, souvent avachi sur le canapé-lit qui n’était plus replié (elle dors même parfois dans la baignoire…). Charlin (Charles Valentin), le copain de Tristan passe (au goût de Mazelle trop souvent) chez eux pour y rester (souvent) pour la nuit. Elle voit avec horreur le jour de son anniversaire que Tristan accroche une (très grande) photo (« assez réussie ») d’elle au-dessus de la cheminée, nue, avec un chapeau en train de sourire et fumer…. Confrontée à elle-même ainsi aux yeux de « tout le monde » ainsi que agacée,  amèrement désenchantée et

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désœuvrée de ces journées qui « se suivaient et se ressemblaient »… la Miss (on ne connaîtra jamais son nom à elle) prendra une décision qui fera virer le roman qui commence comme un récit de Beckett (citation en exergue du livre : « Fais-moi penser d’apporter une corde demain » ) vers un roman noir (policier – presque sans agents).

111 pages autour d’événements « infimes » et « intimes » … racontés par une jeune femme « perdue » et poussée par ce qui s’approche d’une quête existentielle.

« Ce titre, que je dois à Henri Causse chez Minuit, m’inspire plus de légèreté, à vrai dire. En tout cas, s’il m’a séduite, c’est parce qu’outre l’allusion évidente et décisive qu’il fait à un aveu, on peut le comprendre à la fois comme vecteur ou symbole de l’affirmation de soi, affirmation qui, effectivement, chez la narratrice, passe moins par l’acceptation de sa propre image que par l’organisation méthodique, volontaire, presque absolutiste, d’un plan qu’elle entend mener à bien et qui va impliquer toutes ses forces intellectuelles, mentales et physiques, mais aussi, de façon beaucoup plus légère, ludique voire enfantine, comme un simple geste lancé en direction de soi-même, à la manière dont elle se croise dans la glace sans s’étudier, dont elle s’adresse « un bref sourire, un clin d’œil ou un vague signe de la main » sans arrière-pensée, sans atermoiement, presque avec amusement, dans le plaisir pur, simple, de se reconnaître soi-même, en-deçà de ou par-delà tout jugement. »

https://diacritik.com/2018/01/03/marion-guillot-javais-la-certitude-que-pour-ce-livre-il-me-fallait-un-mort-le-grand-entretien/

Cela se lit facilement (malgré des phrases très longues) et est bourré de références à Oster, Toussaint (auteurs du cosmos de chez Les Editions de Minuit) ainsi qu’à Kurosawa…..  Je verrai bien ce petit bijou, tendu à souhait par une langue ciselée, sur scène – genre « Monologue de la femme à la corde » :

C’était samedi, mais, bien sûr, on ne ferait pas l’amour ce soir-là ; si je me sentais le courage de repasser une nuit dans la baignoire (après tout je ne travaillais pas le lendemain), Tristan et moi, on ferait même chambre à part. Parce que je n’avais pas assez bu ou que j’étais incapable d’admettre que je ne supportais plus de le voir passer ses journées à ne rien faire, vautré sur ou dans le canapé-lit – dans ou sur, le canapé, le lit, tout ça revenait à peu près au même -, j’avais écarté le projet – le très vague projet, à peine une idée, mais il faut reconnaître qu’un instant, soutenue par le plan de travail, ça m’avait traversé l’esprit – de fracasser la tête de Tristan contre le rebord de la baignoire, ou du lavabo peu importe : ce qui m’importait à ce moment-là, et d’une certaine manière heureusement que j’en oubliais d’imaginer le reste (le bruit du choc de Tristan contre la faïence, les poignées de cheveux au sol et son visage décomposé : tout ça, évidemment, c’était intolérable, impossible à imaginer), la seule chose donc qui m’importait, c’est la perspective, même vague, que quelque chose change, bouge ou disparaisse brutalement, qu’il y ait du bruit et de l’action, et pourquoi pas du sang partout, sur les meubles et le carrelage de la cuisine, de longues traînées de sang chaud jusque dans le salon, parallèles aux lattes du parquet qui seraient venues, tant qu’on y était, éclater aux murs puis ricocher sur la photo, sur mon corps et la mer que, dessus, on devinait au loin. Disons même que ça me semblait beau, un peu de rouge sur l’image monochrome, aussi beau qu’un Kurozawa qui, même pour ses films en noir et blanc, repeignait un par un les pétales de camélias, plus beau, plus paisible aussi que de faire l’amour, avec celui qui m’avait trahie jusque dans mon intimité, livrée, pour ainsi dire vendue à Charlin qui, contre un peu de fric – et tant pis si on en manquait : on s’arrangerait, on s’était toujours arrangé avec le fric -, était toujours prêt à rendre service et qui, dans les effluves de clémentine, sirotait un autre verre en souriant à travers la cloison de la cuisine, sans décoller la main, ses gros doigts, de sa poche boursouflée de billets. (p 58/59)

 

 

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour C’est moi

  1. CultURIEUSE dit :

    Pas mal, mais pas Molly Bloom, tout de même!

    Aimé par 1 personne

  2. lorenztradfin dit :

    oulà…loin loin de Molly…. !

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  3. Alain Barbetorte dit :

    Belle photo ! Le bouquin est pas mal non plus, je crois

    Aimé par 1 personne

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