La « blasphémateuse » et les miracles ou Reine et le Viking

Femme à la mobylette

On pourrait aussi dire : Lamartine & sa Reine …. puisque en appendice à ce « conte » autour d’une femme à la dérive (mère célibataire de trois enfants, pas de boulot, avant de travailler au black comme thanatopracticienne (elle aura du mal a retenir ce mot !), l’ex-mari parti avec une autre et en train de vouloir récupérer les enfants…) on apprend dans un « journal de voyage » en appendice au « conte » que Lamartine aurait discuté avec une couturière descendue d’Aix à Marseil­le le remercier pour ses poèmes qui la consolaient mieux que toute littérature pouvait le faire puisque elle recèlent des « échos aux mouvements intérieurs de ses pensées ou de son cœur« , tandis que les romans (de l’époque) étaient, selon elle, à des kilomètres lumières de sa/la réalité, de manière à ce que des gens comme elle ne pouvaient pas y trouver intérêt…. ce qui a interpellé Lamartine – et donc Jean Luc Seigle aussi…

Ainsi, ce dernier nous livre un « conte » quasi poétique, avec des phrases (très) courtes, empreints de naïveté mystique… dans lequel une mobylette devient « sauveur », dans lequel une femme se donne à un camionneur (sur un parking -air-de-repos) – sans contre-partie financière… puisque ce chauffeur se révèle être un grand artiste qui a laissé tomber l’art, mais qui « se réveille » face à cette femme rubens-esque ….

Rembrandt_Harmensz._van_Rijn_016

Le tableau ci-dessus (Bethsabée au bain tenant la lettre de David – de Rembrandt) joue un petit rôle….(Un jour le « Viking » dit à Reine  : « Je suis Rembrandt et tu es Hendrijke » (p. 144)  – nda. : Hendrijke Stoffel était le modèle de plusieurs tableaux majeurs du peintre.

Deux cents pages (chapitres : La nuit impossible, Les mains inutiles, Le premier miracle, Le deuxième miracle, Le retour du réel) dans lesquelles la réalité (noire et dure) se mêle d’un peu de fantaisie (miraculeuse) et même de quasi-mysticisme.

Reine est orpheline (d’une mère « droguée ») et a été élevée par sa grand-mère communiste, qui est la passeuse (héritière) d’une longue lignée d’ouvrières fortes et solitaires, que les hommes ont abandonné. Reine trouve son salut dans une mobylette bleue, découverte (un miracle !) dans le tas de ferraille laissé par son ex dans son jardin. Grâce à l’engin, elle trouve du travail et retrouve le goût à la vie (dans la nuit impossible les pensées étaient noir-noires).

« Elle a même appris à aimer la pluie, une fois bien encapuchonnée sous son imperméable en plastique transparent qui recouvre aussi une grande partie de la mobylette. Malgré les difficultés qu’elle a rencontrées pour rendre les coutures étanches, elle se l’est confectionné dans un rideau de douche épais et transparent, imprimé de grosses pivoines rouges. ….. Et ça, toute cette beauté, elle le doit à la lenteur de sa mobylette. » (p. 82) 

Et même davantage que la vie, il y aura, comme je disais plus haute, un homme qui la révèle à elle-même et qu’elle aimera sur l’aire de repos de la route.

Avec le retour du réel cela ne se terminera pas bien, on s’en doutait dès les premières lignes noirs-noires…

Je n’étais, cœur de pierre, pas convaincu. J’ai bien vu ce que JL Seigle voulait bien dire, mais pour comprendre, ressentir ce qu’une femme de peu d’instruction peut ressentir je préfère des récits du genre de « Quai de Ouistreham » (Florence Aubenas). JL Seigle mets des mots dans la bouche de Reine qui sonnent parfois trop poétiquement pour être vraie et poussent l’ensemble dans un conte noir et tristement épouvantable qui ne m’a malheureusement pas touché. On sent certes bien la violence de la vie, la tendresse (si proche de la détresse) et l’abandon aussi (de la part de la société)… mais…..

Vu la couleur mystique et teintée catho qui par stries parcourt le petit livre (pleines de considérations sur l’art aussi) JL Seigle transforme Reine presque en une « Sainte », mais n’arrive pas à ce que cette « apparition » opère en moi une quelconque envie de conversion.

Dommage (pour moi) ! Merci quand-même à C. qui m’a prêté le livre

 

Liens vers des blogeurs qui ont aimé (au hasard des clics…) :

https://vagabondageautourdesoi.com/2017/09/29/la-femme-a-la-mobylette-jl-seigne/

https://aufildeslivresblogetchroniques.wordpress.com/2017/09/19/femme-a-la-mobylette-jean-luc-seigle-rentree-litteraire-2017/

https://leslecturesdantigone.wordpress.com/2017/12/09/femme-a-la-mobylette-jean-luc-seigle/

 

 

A propos lorenztradfin

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Un commentaire pour La « blasphémateuse » et les miracles ou Reine et le Viking

  1. Alors je te conseillerais volontiers « La couleur du lait » ( chronique sur mon blog ) de Nell Leyshon chez Phébus

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