Opéra hispano-russe

Un thriller mélodramatique et historique de Victor del Arbol qu’un James Gray devrait mettre en images…..dans une excellente traduction de Claude Bleton

9782330043445

4e de couv’

Gonzalo Gil reçoit un message qui bouleverse son existence : sa soeur, de qui il est sans nouvelles depuis de nombreuses années, a mis fin à ses jours dans des circonstances tragiques. Et la police la soupçonne d’avoir auparavant assassiné un mafieux russe pour venger la mort de son jeune fils. Ce qui ne semble alors qu’ un sombre règlement de comptes ouvre une voie tortueuse sur les secrets de l’histoire familiale et de la figure mythique du père, nimbée de non-dits et de silences.
Cet homme idéaliste, parti servir la révolution dans la Russie stalinienne, a connu dans l’enfer de Nazino l’incarnation du mal absolu, avec l’implacable Igor, et de l’amour fou avec l’incandescente Irina. La violence des sentiments qui se font jour dans cette maudite “île aux cannibales” marque à jamais le destin des trois protagonistes et celui de leurs descendants. Révolution communiste, guerre civile espagnole, Seconde Guerre mondiale, c’est toujours du côté de la résistance, de la probité, de l’abnégation que ce parangon de vertu, mort à la fleur de l’âge, a traversé le siècle dernier. Sur fond de pression immobilière et de mafia russe, l’enquête qui s’ouvre aujourd’hui à Barcelone rebat les cartes du passé. La chance tant attendue, pour Gonzalo, d’ébranler la statue du commandeur, de connaître l’homme pour pouvoir enfin aimer le père.
Toutes les vagues de l’océan déferlent dans cette admirable fresque d’un xxe siècle dantesque porteur de toutes les utopies et de toutes les abjections humaines.

Le roman est paru en 2015. C’est A. après une séance de notre Club de Lecture qui me l’a passé – et je la remercie chaleureusement pour ce voyage dans le temps et les profondeurs de la bassesse des Hommes.

Construction diabolique avec des va-et-vient entre Barcelone aujourd’hui (2002) et le passé (Moscou en 1933/34, Tomsk en 1933, Argèles en 1939, Barcelone en 1938 et 1967 …. ) Chaque chapitre  apportant son lot de cruautés, distillant des bribes d’existence, des fragments de souvenirs significatifs ou encore à vifs, de personnages qui sont tous inextricablement liés dans une tragédie grecque de haut volée….

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Prenons Tomsk (ou plutôt l’île de Nazino – l’île des cannibales) où sont arrivés (transférés) en 1933 plus de 6 000 « éléments socialement nuisibles ou sans classe » parmi lesquels Elias, communiste, le père de Gonzalo (ce dernier sera de son côté le « père » d’un fils et d’une fille), … Elias sera un de la petite centaine personnes qui pourra échapper de l’enfer de Nazino avec Irina et sa fille Anna ….(pour arriver à Moscou à 3.700 km de là). Irina périra lors de la fuite ce qu’Anne, qui sera abandonnée aux mains du méchant Igor Stern n’oubliera jamais…. Elias travaillera ensuite pour les russes (les stalinistes) à Barcelone sous les bombes et luttant contre les Franquistes…(ainsi que contre les membres du POUM )….

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et à Argèles (camp de regroupement des réfugiés de la guerre d’Espagne) avant de réintégrer la vie « normale » à Barcelone …

L’histoire de Elias (Irina et Anna) n’est qu’un pan du roman qui mêle cette histoire familiale à l’Histoire (avec un grand H). Gonzalo, son fils, « avocaillon intègre » marié à une femme dont le père est « avocat mafiosant » avec des tentacules de relations « donnant-donnant » qui sont, comme le lecteur le constatera progressivement, inextricablement enracinées dans le passé….. Les recherches autour du suicide de la sœur de Gonzalo et du dernier dossier sur lequel elle avait travaillé constitueront une sorte de puzzle de la vie de son père, permettront de déterrer (parfois pas hasard ou inadvertance) des squelettes dans les armoires, jeter une lumière crue sur les côtés pas très reluisant (et je pèse mes mots) d’Elias (l’étoffe d’un héro et mythe mité)… cela se termine en tragédie grecque, tant pis pour le bonheur de Gonzalo, dont le lecteur perçoit les contours et craint le dynamitage.

Et le lecteur sort sonné des 681 pages (livre de poche), face à cette fresque foisonnante (et souvent émouvante et écœurante) – tableau qui parfois tire un peu trop par les cheveux (même si le labyrinthe des complots enchevêtrés et la noirceur des personnages – les « bons » ET les « méchants » –   sont contrebalancés par une documentation  historique formidable).

 La première goutte qui tombe est celle qui commence à briser la pierre. La  première goutte qui tombe est celle qui commence à être océan.  

Ces vers traversent et ferment le roman – et chacun des protagonistes peut s’y retrouver…. (et les failles de tout un chacun deviennent  des crevasses…).

Pour les fans de romans noirs (avec accents historiques) un MUST.

 

 

A propos lorenztradfin

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2 commentaires pour Opéra hispano-russe

  1. J’ai lu un seul roman de Victor Del Arbol et j’avais bien aimé, mais sans plus ( il avait été couvert d’éloges avant ) . mais tu me tentes

    Aimé par 1 personne

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