L’Histoire qui manque de chameaux

9782081395534

… et pourtant, à l’époque, je n’étais pas emballé par son 1er roman (pourtant Prix du Livre Inter – « Sombre dimanche »)…

Là,  comme dirais ma chère amie T.I. – vive la synchronicité ! – j’ai trouvé le livre chez mon bouquiniste, je voulais lire un livre qui traite des coins sombres de l’Histoire (dans le sillage de « L’Ordre du jour ») et je savais que j’allais voir un film algérien (« En attendant les hirondelles ») – donc tout était réuni pour me pencher sur un bout de l’Histoire française qui, à mon avis d’Outre-Rhinien n’est pas encore complètement digérée… l’Algérie (française ou pas), les Harkis, l’intégration (difficile/impossible ?) des Algériens qui après l’indépendance de l’Algérie sont venus en France (Rivesaltes – ça vous rappelle qqchose ?)…. vaste programme pour un beau moment de lecture..

Le livre a reçu 3 prix – dont dernièrement le Goncourt des Lycéens 2017 (qui ont toujours du flair !)  – et les mérite à mon avis amplement.

Donc, si vous voulez savoir un peu plus sur les « crouille, bicot, l’arbi, fatma, moukère, raton, melon, mohamed, tronc-de-figuier, fellouze….? (p. 313) en France, déracinés, générations de Harki…. ce livre, qui de fait se décompose en trois livres, sera fait pour vous. Et je sens que cette « critique » sera plus long que d’habitude.

A. Zeniter nous conte en 3 « livres » l’épopée de trois générations de Harkis :

Ali est marié à Yema. Il est un proprio d’oliveraies relativement riche en Algérie, et « choisira » d’être du côté des français et non pas du FLN…. et va devoir quitter avec toute sa famille le pays pour la France.

Leur/son fils aîné Hamid qui aura passé une partie son enfance dans un camp à Rivesaltes, aura 4 filles avec une française (bien blanche – belle description de leur rencontre…) et enfouira son passé bien profond dans les oubliettes et ne parlera jamais de son passé…(le trou béant).

Une de ses filles, Naïma, travaillant pour une galerie, sur un artiste algérien, va essayer de combler cette histoire trouée …. et se rendra après de longues recherches sur le net et une mission de son patron (et amant) en Algérie.

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Franchement, une lecture magnifique d’une richesse inouïe, surtout pour quelqu’un comme moi, qui n’y connais pas grande chose de l’Histoire mouvementée de la France et de ses relations avec le Maghreb, même si j’ai appris assez rapidement en arrivant en France que les parents de ma compagne avaient dû quitter leur appart’ à Marseille parce que les propriétaires, pieds-noirs, quittaient l’Algérie….et en avaient besoin.

J’apprends par ailleurs dans ce livre une autre signification de « martien » (= ceux qui ont rejoint le FLN au mois de mars, au moment de la signature des accords (de cessez de feu)) – Les articles de la déclaration générale de 62 sont reproduits (en partie – avec en aparté les réflexions de Naïma qui commence ainsi son plongeon dans l’Histoire de sa famille…- et cette quête – quasi impossible – « Autant chercher les racines du brouillard »…(p. 363) …) est tout sauf ennuyante… .

Naïma va s’affronter aux stéréotypes du « bon » et du « mauvais » Arabe…, voir l’Algérie d’aujourd’hui…(eh ben, cela ne donne pas bcp envie d’y aller) et finalement trouver une sorte d' »apaisement ».

L’idée des « Les containers roulants » de Thomas Mailaender sert dans le livre comme « matérialisation évidente du concept de frontière et des frottements culturels qui en découlent‘ »  (p. 153) – et ces photos que je n’avais pas encore vu….font froid dans le dos puisque elle cela se chevauche avec les images des Harkis qui cherchent refuge auprès de la Nation qui s’est bien servi d’eux et les a laissé tomber….

Parfois un peu de belle musique (nouvelle pour moi, nouvelle pour Naïma aussi)

Le peintre – inventé – sur lequel Naïma va travailler (elle va réunir ses/des œuvres de lui – il vit en France – ) est présenté comme un ami du peintre Issiakhem (qui lui existe – comme témoignent les trois tableaux que je publie là…) – encore une découverte…

« L’Algérie les appellera les rats. Des traîtres. Des chiens. Des terroristes. des apostats. Des bandits. Des impures. la France ne les appellera pas, ou si peu. La France se coud la bouche en entourant de barbelés les camps d’accueil. Peut-être vaut-il mieux qu’on ne les appelle pas. Aucun nom proposé ne peut les désigner. Ils glissent sur eux sans parvenir à en dire quoi que ce soit. Rapatriés. Le pays où ils débarquent, beaucoup ne l’ont jamais vu, comment alors prétendre qu’ils y retournent, qu’ils rentrent à la maison.? Et puis, ce nom ne les différencierait pas des pieds-noirs qui exigent qu’on les sépare de cette masse bronzée et crépue. Français musulmans ?  C’est nier qu’il existe des athées et même quelques chrétiens parmi eux et ça ne dit rien de leur histoire. Harkis…? Curieusement c’est le nom qui leur reste. Et il est étrange de penser qu’un mit, qui, au départ, désigne le mouvement (harka), se fige ici, à la mauvaise place et semble-t-il pour toujours. « (p. 166)

C’est un des multiples paragraphes que j’ai soulignés, marqués dans ce roman ( de 505 pages – typographie grande) et qui offrent aux lecteurs les injustices (au ton mesuré toutefois), des questions de langue et de mots…et ouvrent le champs à de multiples « histoires » et anecdotes…

Je ne sais quelle partie des trois j’ai le plus aimé – la 1ere était un peu empreint d’un halo de conte – presque féerique jusqu’à l’éclatement de la guerre…., la 2e – l’enfance, l’adolescence et l’autonomisation  de Hamid…- c’est peut-être cette partie là qui est inégale – les diverses vignettes n’ont pas toujours le même poids… la 3e la quête de Naïma…

Rappel : Goncourt des Lycéens en plus des deux prix déjà reçu…je ne peux que recommander la lecture.

 

A propos lorenztradfin

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