Les traducteurs (humains) sur la sellette

robert-franck

Une fois n’est pas coutume : ci dessous un article tiré d’une double page sur la Traduction dans le Monde daté du 28.11. ( Cahier « Science & Médecine » )

Les traducteurs humains sur la sellette

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 27.11.2017 à 16h18 • Mis à jour le 27.11.2017 à 17h53 | Par David Larousserie
(/journaliste/david-larousserie/)

Les premières victimes des machines pourraient être les traducteurs à bas coût, non professionnels et installés dans les pays pauvres.

Les traducteurs humains seront-ils les prochaines victimes de la numérisation, remplacés par des logiciels, plus rapides, plus efficaces et moins coûteux, grâce à une révolution technologique déployée en 2016 ? La question, lancinante ces derniers temps pour bon nombre d’autres métiers, n’a pas de réponse simple. « Cette année, pour nos 70 ans, nous avons retrouvé dans nos archives des témoignages remontant aux années 1970 évoquant la crainte de la profession d’être remplacée par des machines », rappelle Björn Bratteby, président de la Société française des traducteurs (SFT), pour souligner que l’inquiétude ne date pas d’aujourd’hui. En outre, les erreurs des machines de l’époque
n’ont pas disparu, notamment lorsqu’il faut respecter un style, connaître un contexte ou être doté de bon sens pour les éviter. « On répare des injustices »

Le spécialiste rappelle aussi l’évidence que la technologie a toujours modifié les  manières de travailler : « Il y a vingt-cinq ans, des collègues dictaient encore leur traduction, qui était transcrite par une dactylo, puis renvoyée au traducteur… » Selon une étude de 2015 de la SFT, qui recense un peu plus de 13 000 traducteurs en France, 22 % des répondants n’utilisaient aucun logiciel d’aide à la traduction (contre 35 % en 2008). « Ces outils aident à corriger des “inégalités” entre langues et entre traducteurs. Nous manquions de systèmes efficaces pour certaines langues. Désormais il y en a, par exemple, sur les langues hongroise, estonienne, finnoise… On répare des injustices en quelque sorte », note Andreas Eisele, de la direction générale de la traduction de la Commission européenne. Il participe aux projets de traduction machine, dont le département fournit en systèmes automatiques la Commission, la Cour de justice ou le Parlement européen. Il constate aussi que des systèmes informatiques sont passés « d’inutiles » à « utilisables » par l’homme, grâce à ces nouvelles technologies.
Lire aussi :   La traduction dopée par l’intelligence artificielle (/sciences/article/2017/11/27/latraduction-dopee-par-l-intelligence-artificielle_5221041_1650684.html)

Les premières victimes des machines pourraient être les traducteurs à bas coût, non professionnels et installés dans les pays pauvres, souvent anglophones, car ces logiciels sont parfois meilleurs qu’eux et moins chers. Cependant ces outils peuvent être aussi bien une aide qu’un frein pour le traducteur humain. « On a tendance à faire moins attention lorsque l’on voit que la machine produit de bons résultats. Ce risque d’endormissement peut conduire à des erreurs », explique Björn Bratteby. « Cette plus
grande fluidité constatée risque de cacher des erreurs et cela peut être dommageable et même produire des contresens », insiste Andreas Eisele. En outre, selon Björn Bratteby, « lorsque l’on voit une proposition, fournie par une machine, c’est dur de la sortir de son esprit, même si on sent qu’elle n’est pas juste. Du coup, cela peut ralentir le travail ». Pression tarifaire Quoi qu’il en soit, la rupture technologique précédente, c’est-à-dire la traduction statistique automatique popularisée par Google à partir de 2007, n’a pas altéré le marché. Selon Common Sense Advisory, une société de conseil spécialisée dans ce secteur, celui-ci se porte même plutôt bien avec une hausse de 5,5 % prévue pour 2017, pour un chiffre d’affaires estimé à environ 43 milliards de dollars (36,5 milliards d’euros). « La technologie n’entame pas cette croissance, elle l’alimente », constate Björn Bratteby, qui reconnaît tout de même une pression tarifaire sur les professionnels, source de certaines tensions. Selon l’étude de la SFT, près de 60 % des sondés
facturaient moins de 300 euros la journée en 2015 (contre 39 % en 2008).

En fait, des logiciels rendent possibles des choses jusqu’alors impossibles comme la traduction de gros volumes de commentaires sur les sites marchands ou les réseaux sociaux, ou celle de langues rares ou considérées comme mineures. Dans certains cas, cela rejaillit sur les professionnels : des acteurs du Web peuvent alors voir leur trafic augmenter grâce à ces traductions de mauvaise qualité et investir ensuite pour des présentations meilleures, réalisées ou contrôlées par des humains.

Lire aussi :   Traduction automatique : les réseaux de neurones à l’essai
(/sciences/article/2017/11/27/traduction-automatique-les-reseaux-de-neurones-a-l-essai_5221045_1650684.html)

A propos lorenztradfin

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4 commentaires pour Les traducteurs (humains) sur la sellette

  1. CultURIEUSE dit :

    Et toi, as-tu remarqué une concurrence robotique? Un stress dû à la rapidité des traductions automatiques ? Une baisse des commandes de traduction?

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  2. lorenztradfin dit :

    ….non pas du côté des robots purs (qui continuent de rêver de moutons électriques) …mais la TAO (traduction assistée à l’ordi) généralisée accélère les processus (parfois un vrai gain de temps pour nous/et le client) mais rajoute à la pression à la baisse des prix…Et la structure de ma clientèle a changé….

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  3. Je fais une très grosse différence entre les traductions et j’en suis hyper sensible. Pour moi, Jacqueline Odin (pour l’Irlandais) et Catherine Eyjolsson (pour l’Islandais) sont de vraies perles littéraires et son indispensables aux œuvres qu’elles traduisent.

    Aimé par 1 personne

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