Croire au merveilleux

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Photo tirée de : https://agathethebook.com/ qui fait également le récit de sa lecture (merci!)

Je m’étais dit après « Plonger » du même auteur que je ne lirais plus de livre de Christophe Ono-Dit-Biot – eh ben, à la fin de notre dernier Club de lecture A. me tend ce livre en me disant qu’il devrait me plaire….

En effet, ce roman introspectif de deuil m’a plu davantage que « Plonger » – et pourtant c’est une sorte de suite – deux ans après la mort de Paz, sa compagne, César est toujours en quête d’envie de vivre, brisé par la disparition, juste tenu par le fil de son fils au bas monde d’ici. Il pense « même » à se suicider.

Point de départ pour un voyage géographique et littéraire entre éros et thanatos. César-Ulysse fera de drôles de rencontres (ahh Nana et sa sœur) sur son chemin vers Ithaque… fera le tour de grottes sous-marines, et se plonge dans l’alcool ou la littérature grecque (à la rencontre des sirènes, Orphée, Ulysse, Eurydice…).

« J’aime les mots, leur sens ancien, les passerelles que ça crée. L’impression d’un ordre, d’une cohérence, d’un enracinement, le seul qui tienne dans ce monde de folie. Où les mots ne veulent plus rien dire. Où la vérité ne compte plus. Où la nuance est morte. »

D’ailleurs, je dirais même que ce n’est pas un roman mais un conte initiatique érudit.

“Qui apprendrait  désormais que “l’homme est un animal doué de logos”, et que ce logos, c’est à dire sa façon non seulement d’articuler, mais de s’articuler face au monde, était ce qui le séparait de l’animal ? Qui aurait la chance de se voir enseigner que le plus important est de sculpter sa capacité à s’étonner (thaumazeïn), commencement de la sagesse, de se forger un esprit critique mais aussi un imaginaire en franchissant, comme je l’avais fait, sur la croupe de Pégase, à la barre de la nef Argo ou en tétant les mamelles de la Louve, les grandes portes des mythes ? Ça aidait quand même à vivre, tout ça, non ? A s’ouvrir à l’autre. Comme Ulysse après son naufrage, face à Nausicaa (mon passage préféré), et qui lui dit : “Je te supplie, ô reine, es-tu déesse ou mortelle ?” Voir un dieu en l’autre, et pas seulement un étranger.”

C’est peut-être ça que j’ai aimé davantage que le « guide du routard » de « Plonger » ; ce mélange de merveilleux, de mystères, avec un zeste de voyages sur la Côte amalfitaine (que j’aimerai bien un jour découvrir), agrémenté de réflexions sur la société d’aujourd’hui, couplé avec la tristesse qu’un homme (une femme)  peut ressentir quand seul(e) dans sa chambre il/elle entend des couples faire l’amour (plus ou moins bruyamment dans la chambre à côté ou sur la plage… (ces passages étaient bien rendus à mon goût (et souvenir)).

Grottes

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Cappacio Paestum ses temples et son plongeur (Il tuffatore) 

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Un peu de sensualité aussi agrémente la lecture fluide et alerte.

« Une lave gonflait dans ma tête, un grand soleil y bondissait. J’avais l’impression toute-puissante d’avoir pris des proportions inhabituelles. Elle bascula. Elle se renversa sur le dos, écarta les jambes et me présenta son corps fendu, le visage toujours dans l’ombre. J’ai une pensée pour ma morte, qui éclata comme une bulle sous le déluge de signaux qui affolaient mes neurotransmetteurs. La culpabilité essayait de mordre, en pure perte. Je me mouvais dans un corps doré et infini, je nageais dans des fluides brûlants et doux. Je n’entendais plus rien que de longs soupirs, au loin, comme de magnifiques chants oubliés. Je n’étais plus moi. J’ai fermé les yeux, […] »

Il y a un « twist » dans le roman qu’il ne faudra pas déflorer mais il rend d’autant plus attachant ce texte riche de double sens et empreint du désir de transmettre (le père au fils, de celui qui sait (ou a lu – les textes anciens) à celui qui est une page blanche.

Main dans la main avec l’érudition vont une tendresse triste et une sensualité débordante qui gomment le caractère « pour happy few » que le roman peut charrier.

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Je remercie A. donc de m’avoir passé ce livre voyage.

A propos lorenztradfin

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