Une femme, c’est à dire une question, une énigme pure….

Très beau petit livre de Camille Laurens (Celle que vous croyezNi toi, ni moi, Dans ces bras-là)

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Dans ce récit C. Laurens dont la page « Remerciements » nous apprend qu’il constitue un des volets de son doctorat « Pratique et théorie de la création artistique et littéraire » s’est intéressée à la sculpture célèbre dans le monde entier, et plus précisément du rapport entre l’artiste et son modèle, Marie van Goethem, issue d’une famille belge immigrée, rat de l’Opéra de Paris (modèle aussi d’autres artistes). Elle tente entre autres de démontrer  « la divergence des lignes de vie (des 2 qui) se précise encore davantage sur la grande paume du temps. » (p.146)

Fidèle à son écriture ciselée, avec son regard scrutateur obsessionnel, ainsi que sur sur la base d’une impressionnante bibliographie et les Archives de Paris (« l’archive est un gouffre, c’est une spirale à l’attraction de laquelle il est impossible de résister. Chaque détail prend une place démesurée dans l’esprit, tout fait signe comme dans une histoire d’amour, tout est matière à interprétation, à l’obsession. » – p. 135)  l’auteure va plus loin, s’interroge sur le pourquoi de cet statue, relève les influences de l’époque sur la perception de l’oeuvre, les influences sur d’autres artistes aussi, enregistre des similitudes et revendications.

A titre d’exemple (juste trois sur bcp plus) un passage évoque p. 110  M. Monroe chez le producteur-collectionneur William Goetz (1956) – et elle y voit une sorte de filiation entre le rat Marie et Marilyn Monroe (Marie et Marie-lyne)

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… s’ajoute tout un passage sur l’artiste Damien Hirst et son « Virgin Mother »

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ou aussi la posture et revendication de la danseuse Mary Copeland (1ère danseuse étoile non-blanche) issue d’une famille modeste…

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Rappel aussi, à un autre moment, des similitudes du mouvement en léger retrait , une jambe avant …dans un tableau de Degas (Petites filles spartiates provoquant des garçons – vers 1860 donc avant la sculpture)

Trouver, au vu du manque de sources (fiables) sur la vie de Marie, le chemin entre « imaginaire » et « réel » – (elle cite Barthes : « ce que l’écriture demande…[…] c’est de sacrifier un peu de son Imaginaire et d’assurer ainsi à travers sa langue l’assomption d’un peu de réel. » ), c’est cela aussi qui est passionnant dans ce récit. Trouver, sortir du subconscient (et/ou de l’oubli) les convergences entre sa vie à elle et la vie de Marie… . Ainsi aussi le passage ou elle nous décrit la petite Camille Laurens (dont les parents ne veulent plus qu’elle aille au cours de danse), avec un Larrousse Illustrée sur la tête (pour maintenir un bon port de sa tête), le dicco lui tombe de la tête s’ouvre et  « Une autre existence m’est alors apparue, où je vis toujours  » (p.160) 

Les pages sur la réception de la sculpture (en cire et non pas en bronze – elle explique l’importance) par les contemporains, critiques, visiteurs, artistes, la description de la vie des « rats » (danseuses souvent entretenues) sont passionnantes, donnent envie de lire Gauthier, Balzac, Huysmans – et lire bien d’autres analyses aussi fouillées sur des œuvres, artistes… – avec des récits enchâssés multidirectionnels …,  Je me sens un peu plus intelligent maintenant.

Marie est encore reconnaissable sur la sculpture l’Écolière… l’habit fait la femme…. (trouvé sur le site de Line  http://lineblog.canalblog.com/archives/2010/11/04/19512377.html

 

 

A propos lorenztradfin

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2 commentaires pour Une femme, c’est à dire une question, une énigme pure….

  1. Soyer Jacques dit :

    Orsay 2016, 2 images photos pleines de reflets, je repars avec mon trésor.
    Septembre 2017 à la télé à côté de Marie P. , Camille Laurens dit son amour de la petite danseuse de 14 ans, nous laisse un livre qui me fait plus riche aujourd’hui.
    J’entame mon année 80. Au revoir et merci.

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