Vernon Subutex (3)

Eh ben, la trilogie de Virginie Déspentes est fini. Démarré il y a trois ans, je n’étais certainement pas le seul qui attendait ce troisième tome de cette « grande sociologue de notre temps. »

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Et je n’étais pas déçu (je l’étais un peu après avoir fini le 2e ne sachant pas ou elle nous emmènera).

On sort de ce livre, qui vous happe et ne vous lâche plus, assez secoué, tellement il constitue un portrait de notre époque qui n’est pas tout rose… . Tout y est incisif, parfois cynique et surtout, surtout, sans langue de bois, jamais politiquement correct… et parfaitement addictif…. (Je comprends qu’un journaliste parlait de « Saison 1, 2, 3….  » – on s’attache au personnes, les portraits s’épaississent, on veut voir comment cette communauté de personnes de tous bords évolue, avance, hésite, trébuche….

« Mais ce n’est qu’une fois parvenu sur le quai qu’il identifie ce qui le dérange, depuis leur arrivée. L’odeur. Paris est un cloaque olfactif – mélange de pourriture d’air vicié d’odeurs corporelles de parfums de senteurs de fer et de machine de saleté et de produits chimiques. Vernon prend conscience qu’il est en apnée. Depuis des mois il respire partout où ils sont, chaque nouveau spot a son odeur, le rendant particulier et unique. Ici, pour la première fois depuis longtemps, il refuse de sentir où il est. »

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Peut-être un (pardon – 2) léger(s) petit(s) hic(s) (après presque 2 ans d’attente) : il fallait que je me re-familiarise avec les personnages, il y en a une pleïade [heureusement il y a un petit lexique-rappel qui restitue les personnages…] et comme bon nombre de lecteurs/lectrices, j’étais décontenancé par les dernières pages – une dystopie (?) / saut dans l’avenir  (« cucuterie millénariste ? » ), un peu comme si V.D. ne savait pas comment terminer…

Le Monde (Le Magazine) de Samedi 29 juillet fait un grand article sur La Despentes « Anatomie d’un phénomène » (par Laurent Telo – qui a fait le tour de proches d’elle (c’est drôle et critique – un vrai plaisir)

« Un style bousculé à la Philippe Djian, mais tout y est beaucoup plus vrai. La plume de Djian était bleue comme l’enfer, le verbe de Despentes sera rouge comme ses tripes. « (Florent Massot)

Je ne rajoute rien à la myriade d’écrits sur ce livre, y’en a tellement de gens qui savent mieux analyser, je laisse donc juste parler deux autres extraits dans la veine – y’en a qui sont autrement plus durs et serre-gorges (je vous les épargne) :

« A cours des années 90, la première génération de vrais couillons gavés de sucre depuis le berceau était devenue une horde de dégénérés. Était apparue la figure du parent trépané qui vient voir le prof en disant si mon fils travaille mal c’est que le prof a démérité. Qu’est-ce que tu veux répondre à ça ? Un gosse qui ramène une sale note et à qui on dit mon cœur ça doit être la faute de ton maître est un gosse difficile à canaliser. Elle avait demandé à être mutée en ZEP. Elle avait dit c’est pour la prime mais au fond c’est parce qu’elle ne pouvait plus supporter maman Chantal et papa Charles-Edouard, ni leurs engeances en forme de cloaque qu’il fallait traiter comme la huitième merveille du monde alors que le gamin ne serait jamais en mesure d’apprendre quoi que ce soit concernant le passé simple. »

« C’est le monde maintenant. Il est devenu comme ça. Dès qu’on entend une sirène de pompier, on ouvre son fil d’actualité juste pour vérifier qu’il ne se passe rien de grave. Léonard est soulagé, lorsqu’il ouvre Twitter, de voir que les gens ne sont pas en train de parler d’un truc atroce qui vient juste d’arriver. On vit avec l’idée qu’il peut se passer quelque chose de grave. On prend les transports en commun, on se met en terrasse pour fumer une clope, on va voir un concert. On va danser. Et on sait désormais que parfois, on ne reviendra jamais chez soi. »

 

 

 

A propos lorenztradfin

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