V.I.P.

 

9782246812876-001-X

La « Gratitude » (autrement dit « les remerciements » ) de Laurent Chalumeau à la fin de son exquis roman « V.I.P. » dit déjà tout  sur ses « influences » : « Et puis, cette fois de mécano à mécano, un grand merci à Garnier, DOA et Despentes »

En effet, il y a un peu de Virginie Despentes dans ce roman, pourtant l’humour de L.C. est à des km-lumières de l’auteure de Subutex …

Premier roman que je lis de cet auteur (déjà plus de 13 romans ! à son actif) – eh ben, quelle surprise. Çà dépote – et c’est inspiré « du monde réel » – mais en même temps cela fait se marrer (Chalumeau était un des auteurs des sketchs d’Antoine de Caunes chez la chaîne désormais bollorienne Canal+) avec une intrigue au départ genre film Pleins pouvoirs (Clint Eastwood)…ou d’un film de Brian de Palma. Je m’explique :

Prenons un photographe paparazzi, Patrice Corso (pour la presse genre « Closer »). On l’informe qu’une actrice attendrait son nouvel amant. Notre cher paparazzi va s’installer dans un immeuble en face de celui de l’actrice, et va (vouloir) voir/filmer le rdv, mais une fois installé son matériel a) deux cambrioleurs font les tiroirs de l’appart, b) l’actrice arrive et les deux lascars c) vont vouloir abuser d’elle (on s’y croit dans les descriptions) d) arrive le gardien de corps de l’amant et e) ensuite l’amant lui-même – personne d’autre que le Président de la République, casque de moto à la main !  Et ce Président-là qui ne ressemble bien évidemment en rien à celui auquel vous avez pensé va zigouiller TOUT LE MONDE et se barrer. Il s’en suivra un nettoyage via une désinformation dans la presse et qqs autres morts.

« L’idée du premier chapitre de mon livre m’est venue quelques mois après la parution de certaines photos, mais la passerelle s’arrête là, ça n’est pas un roman à clef« , nous explique Laurent Chalumeau dans un entretien.

Donc reprenons, notre cher paparazzi a filmé & photographié le carnage – la question se posera : « j’oublie ce que j’ai vu ? » ou « Je la divulgue ? » …. son choix sera déterminé par le traitement médiatique de l’affaire qui tournera pas du tout comme on s’y attend. Il y’aura donc encore des morts et seul le travail formidable ou plutôt l’éthique inébranlable de deux femmes (la juge d’instruction Evelyne Gezenhoff et Doro qui va bientôt passer le concours pour devenir Technicienne de police scientifique, le garde juste au-dessus du sien  va être une lumière dans le monde obscur.

Je ne vais pas spoiler l’intrigue donc je ne fais que vous inviter à lire cette rafraîchissante prose (loin, loin des Codes du Petit Robert et/ou de la prose d’un Del Amo)

Un petit extrait pour illustrer le style très Elmor Leonardien, un peu Pulp, un peu trash, mais toujours prêt à parler le langage très politicard des conseillers de la Présidence, le parler juridico-policier (les faits et que les faits) – c’est sur ces changement de tons que j’ai ressenti la parenté d’avec la Despentes.  Si vous n’aimez pas, ne lisez pas ce livre, mais si oui, vous allez vous régaler parce que ce n’est que l’apéritif avant la présentation d’une galerie de personnages bigger than life, loufoques et pourtant ancré dans une réalité pas cholie-cholie.

« Patrice déteste à mort cette sale pétasse qui lui a fait plusieurs procès et les a tous gagnés, les juges de la 17e chambre du TGI de Paris chaque fois condamnant non seulement la revue – Voici, Closer ou surtout Vip, son nouveau gros client. Mais aussi, “conjointement”, lui, Patrice, en tant qu’auteur des photos de l’autre petite saleté topless sur un yacht ou nue intégral au bord de sa piscine dans le Sud. Patrice, à force, en fait une affaire perso entre elle et lui.

Bon. Partiellement vengé récemment. Les photos d’elle l’autre fois à la soirée Vuitton, descendant de voiture au point dépose du red carpet. Mais, “alerte oops majeure” : en se glissant sur la banquette, la minirobe qui remonte et rien en dessous, dis donc. Sauf, cette fois-ci, ma fille, bonne chance pour le procès : lieu public, circonstance officielle, donc oublie ! C’est DTC, et puis profond, en plus. Facebook, Twitter, les gros sites de bashing et la télé, les humoristes trolls. Elle a pris cher, la garce. Mais pas encore assez. Gérant plutôt bien derrière, cette pute, limite à retourner le truc à son avantage, assumant le cul nu en mode rebelle déjante Kate Moss ou Rihanna, plutôt que teupu médiatique prête à tout pour le buzz style Nabilla-Kardashe. Donc au final, sa life pas encore assez pourrie au goût de Patrice. Pas complètement à terre comme il aimerait qu’elle soit.

L’idée, c’est que, tout en leur gueulant dessus, elle s’est dit, après tout, peut-être, le truc, c’est d’envisager ça comme un rôle. Un peu hardcore, c’est sûr. Mais un rôle. Un de ces plans chelous comme ceux où tu te retrouves avec un metteur en scène du type Kechiche ou Lars von Trier, qui exige du “non simulé”, soi-disant pour “capter la vérité” et te fait tourner à poil et te toucher en gros plan. C’est pas vulgaire, c’est artistique – d’ailleurs, tu sais quoi ? Pour être sûr, on la refait. Mais comment donc. Donc voilà : elle n’a qu’à se dire que ça, le viol qui se profile, c’est du Kechiche von Trier. Une scène pénible. Et les deux, là, des acteurs, eux aussi. Des partenaires désagréables. Elle a déjà été obligée d’en embrasser plein. que ça suffise à rendre le truc supportable mais bon, elle essaye. Par exemple, déjà, obtenir qu’ils se lavent avant.

Elle dit, “Vous faisiez des commentaires sur la salle de bain. Ça vous dit pas de l’essayer ? La douche, vous disiez, vous n’en aviez jamais vu d’aussi grande. On tient à trois, je suis sûre.”

En plus, l’ablution collective, c’est encore une façon de gagner du temps. Il va bien finir par arriver. Son SMS remonte à une demi-heure avant l’intrusion des deux. Donc combien de temps ? Une heure et demie, maintenant. Au moins. » (p. 16/17) 

A propos lorenztradfin

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