14 Juillet – Livre Inter 2017

Le dernier livre de la liste des livres Inter 2017.

Présentation de l’Éditeur (http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/14-juillet)

La prise de la Bastille est l’un des événements les plus célèbres de tous les temps. On nous récite son histoire telle qu’elle fut écrite par les notables, depuis l’Hôtel de ville, du point de vue de ceux qui n’y étaient pas. 14 Juillet raconte l’histoire de ceux qui y étaient. Un livre ardent et épiphanique, où notre fête nationale retrouve sa grandeur tumultueuse.

Et Eric Vuillard est cité parfaitement sur ces mêmes pages :

De la Bastille, il ne reste rien. La démolition du bâtiment commença dès la nuit du 14 juillet 1789. De l’événement, nous avons les récits du temps. Les députations de notables qui se rendirent à la citadelle et les délibérations de l’Hôtel de Ville y prennent une importance démesurée. On nous raconte la prise de la Bastille du point de vue de ceux qui n’y étaient pas ; et qui vont devenir nos représentants. Ils n’y étaient pas et ne souhaitaient d’ailleurs pas que la Bastille tombe. Ils firent même tout pour l’empêcher. Mais ils ont laissé des témoignages. Car ces gens-là savaient écrire. Il fallait donc retrouver les relations des gens ordinaires, s’appuyer sur le récit personnel de leur participation à l’émeute du 14 Juillet. Il fallait éviter tout surplomb, afin de ne pas écrire un 14 Juillet vu du ciel. En m’en tenant aux récits méprisés, écartés, j’ai voulu me fondre dans la foule. Et puisque c’est bien le grand nombre anonyme qui fut victorieux ce jour-là, il fallait également fouiller les archives, celles de la police, où se trouve la mémoire des pauvres gens. L’Histoire nous a laissé un compte et une liste : le compte est de 98 morts parmi les assaillants ; et la liste officielle des vainqueurs de la Bastille comporte 954 noms. Il m’a semblé que la littérature devait redonner vie à l’action, rendre l’événement à la foule et à ces hommes un visage. À une époque où un peuple se cherche, où il apparaît sur certaines places de temps à autre, il n’est peut-être pas inutile de raconter comment le peuple a surgi brusquement, et pour la première fois, sur la scène du monde.

Je pense que ce petit livre est un des mieux écrits de la liste des livres Inter de cette année. Chaque chapitre, et ils vont à pas de charge ces chapitres là….,  a(ura) son passage brillant, étincelant, parlant de simples citoyens, étoiles d’un instant, parties prenants d’un événement plus grand qu’eux …. (c’est comme si – toute proportion gardée –  un écrivain se saisissait de l’élection de E. Macron ou d’Obama, sans parler de Macron ou Obama mais uniquement des petites mains, des distributeurs de tracts, ceux qui ont fait du porte à porte…)….toujours au plus près des « petits gens » ….que E. Vuillard a sorti de l’oubli des registres.

Bien entendu, notamment dans les premières pages de cette docu-fiction, dans le résumé du contexte politico-économique dans lequel est née la révolution, on croise aussi des gens « connus » comme  Jacques Necker (ministre, spéculateur avant l’heure dans le genre de Kerviel) …. – c’est une belle marque de fabrique de Eric Vuillard : parler du passé pour mieux parler d’aujourd’hui (déjà le cas dans le beau livre pas seulement sur Buffalo Bill….. » tristesse-de-la-terre   » )

« Et puis, ce fut Necker de nouveau, afin de rassurer la Bourse, car c’est à la Bourse, déjà, qu’on prenait la température du monde. (…) Il avait commencé sa belle carrière chez Girardot, une banque d’affaires franco-suisse (…) Il ne se tint pas aux directives qu’on lui avait laissées et prit une position hasardeuse – comme ces traders qui, de nos jours, jettent leurs ordres entre les mâchoires du monstre, en espérant que cela passe. Et cela passa. Il réalisa d’un coup un formidable bénéfice de cinq cent mille livres. On le prit aussitôt pour associé. » (p.39)

téléchargement (3)

« Il faut écrire ce qu’on ignore. Au fond, le 14 juillet, on ignore ce qui se produisit. Les récits que nous en avons sont empesés ou lacunaires. C’est depuis la foule sans nom qu’il faut envisager les choses. Et l’on doit raconter ce qui n’est pas écrit. Il faut le supputer du nombre, de ce qu’on sait de la taverne et du trimard, des fonds de poche et du patois des choses, liards froissés, croûtons de pain. » (début du chapitre « La foule »)

Sinon virtuosement, entrelardé par des expressions argotiques à la pelle, il réveille Paris à la vie – et ça bouge, ça crie, ça transpire……  – une très belle invitation à voir l’Histoire avec d’autres yeux…. (même si quelques passages m’ont donné le tournis par l’aspect d »énumération, genre annuaire… )

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« La rue Saint-Antoine éventre la Bastille. On dirait qu’un immense bélier s’apprête à la forcer. De toutes parts, la ville abonde, ruisselle. On se cache des coups de feu ; il y a des gens derrière chaque porte de la rue des Remparts, sous tous les arbres de la grande allée de l’Arsenal, derrière chaque tas de bois de la rue des Marais. La Bastille est enveloppée par l’humanité. Mais ce ne sont pas les hordes débonnaires qui vont au champ de foire et s’en reviennent ; c’est une multitude armée de piques, de broches, de sabres rouillés, de haches, de vieux canifs, de mauvais fusils, de pilums et de tournevis. Les armes étincellent, dans un brouhaha extravagant, confusion de voix et de cris. L’assaut commença de partout et de nulle part, il se fit aussi bien coup de fusil que de caillasse. Les cris jouèrent leur rôle. Les jurons jouèrent leur rôle. Ce fut une grande guerre de gestes et de mots. La foule mouvante, expressive, lançait des pierres et de vieux chapeaux. Ça faisait un horrible tintamarre, jurements. Les soldats, l’ordre qu’ils représentaient, étaient traités de tous les noms : cul-crottés, savates de tripières, pots d’urine, bouches-à-bec, louffes- à-merde, boutanches-à-merde, et toutes les choses-à-merde, et toutes les couleurs-à- merde, merdes rouges, merdes bleues, merdes jaunilles. Et cela fusait avec gouaille. Quand soudain, un nouveau coup de feu partit du haut des tours. Comme le matin, on courut se mettre à l’abri, les visages étaient en sueur. » (page 65/66)

 

 

 

A propos lorenztradfin

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