« Kvinnen i mit liv » ou « Digmus Paradigmus » – Livre Inter 2017

« La succession » – Jean-Paul Dubois

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Pour moi, à priori, un autre prétendant au top trois ou cinq de la liste du livre Inter (encore 4 à lire) …. et pourtant, je peux l’avouer maintenant, je n’avais (avant la publication de la liste des livres Inter) aucune envie de lire ce livre et avais toujours choisi d’autres lectures chez mon libraire….. C’est une bien belle claque romanesque.

Quel tisseur ce JP Dubois : il prend la Cesta Punta (basque), Spyridon (ça vous rappelle quelque chose ? Jaenada), Miami, Toulouse, Hemingway, une belle Triumph, une Karmann rafistolée, une belle norvégienne aussi, dénommée Ingvild, Arvo Part (Cantas), le cinéma (ahh la liste des films que Jules aimait – p. 78 !), Olivier Gendebien et sa Ferrari Testa Rossa, un chien sauvé des eaux, un quagga aussi, l’article 99-477, ainsi qu’une flopée d’anecdotes les plus farfelues l’une de l’autre en les mélangeant avec le flux de pensées d’un homme de « 44 ans, la vie sociale d’un guéridon, une vie amoureuse frappée du syndrome de Guillain-Barré, …(pratiquant)… avec application et rigueur un métier estimable mais pour lequel (je) il n’était pas fait » (p. 221) et nous tisse ainsi un grand tapis d’un destin d’homme sur lequel il fait bon marcher, sauter, s’endormir (sans whisky ni  Tramadol) .

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Les premières 100 pages sur les 232 pages je me suis dit : bof, ok, Dubois sait raconter, entraîner le lecteur, mais pour nous emmener ou ? Eh ben, son récit s’est truffé peu à peu d’un ton grave, désabusé, mélancolique qui commence à vous étreindre, émouvoir – jusqu’à la dernière ligne.

Sans vouloir trop dévoiler de l’histoire : sous la tonalité de l’écriture, souvent burlesque et/ou emprunte d’un ton à la Monthy Python et un parcours en surface allegretto du narrateur, s’est tapie une tragédie (grecque) dont un élément essentiel est le fait qu’il est issu d’une lignée de suicidés (comme la famille Hemingway) – les Katrakilis,  et les Gallieni – et essaie de couper les liens d’avec cette lignée.

Le roman s’avère être une danse acrobatique et virtuose au-dessus d’un volcan en combustion lente. Eros paisible vs Thanatos impavide qui rôde (ahh ces petites bêtes grouillantes – les Hespérophanes)

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Si l’on m’avait demandé mon point de vue sur ces questions durant les premières semaines de ce nouveau millénaire, j’aurais répondu que les vers xylophages qui me vrillaient maintenant l’esprit nuit et jour, et qui me grignotaient déjà sans doute dans le placenta, accréditaient plutôt la thèse de la maison de passage mal fagotée, transitionnelle et attrape-nigaud. (p. 224)

Les pages sur le travail du médecin (succédant à son père), sur les maladies et les malades qui viennent en consultation sont dignes du premier Winkler… avec le petit plus du désenchantement.

Malheureusement il y avait tout le reste, le temps perdu à écouter les pères voulant savoir s’ils avaient engendré des surdoués, les mères inquiètes de leur transit, les veufs qui venaient passer un moment, et ce temps – presque une vie – passé à essayer de soigner les cénestopathes, ces malades incernables souffrant de malaises ou de perceptions pénibles qu’aucune lésion anatomique ou cérébrale, aucune analyse, aucun examen ne permettait jamais d’objectiver. Le monde, la ville, les cabinets étaient remplis de cénestopathes. Il n’y avait rien de plus exaspérant et déprimant que d’essayer de soigner quelqu’un qui fabriquait sans cesse son propre mal­heur, sans posséder la fiole appropriée à lui mettre sous le nez. Et puis il y avait les palpations. Cette façon de s’approprier des corps étrangers me mettait mal à l’aise. Les pénétrer. L’instant du latex. Et Chupetôn qui se retournait. Cette image mentale m’était insupportable. Joey avait raison, je n’étais pas fait pour ça. Mon boulot, c’était d’attraper une pelote au vol et de la projeter contre un mur à la vitesse d’une voiture de course pour que, sous la violence de l’impact, elle s’ouvre en deux, et libère son cœur de buis, prisonnier depuis trop de temps. (p. 166) 

Un roman tristement joyeux ou joyeusement triste !

On rit et on pleure de tout cela, une fois encore, sans savoir si l’auteur invente ou s’inspire de la fantaisie du réel et l’on apprécie hautement l’exercice de funambule entre légèreté, cocasserie et gravité. Le roman pourtant semble grignoté par la nuit, plus sombre que les précédents, profondément mélancolique. Décidément marqué par le masque de Scotch rougi qui brûle en son centre. — Michel Abescat/ Telerama

 

 

 

 

 

 

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