Le grand Paris – Livre Inter 2017

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Présentation de l’éditeur (et 4e de couv’)

Enfant de l’Ouest parisien, Alexandre Belgrand a grandi à l’ombre des tours de la Défense, au bord de la voie royale qui conduit du Louvre à la Grande Arche et qui sert de frise chronologique à l’histoire de France. Héritier autoproclamé de ce majestueux récit, il rejoint une école de commerce, certain d’intégrer à sa sortie l’élite de la nation.
L’un de ses professeurs l’initiera alors à l’histoire secrète de la capitale, avant de le faire entrer au service de l’homme fort de la droite – «le Prince» – en passe de remporter la prochaine présidentielle. Il lui aura fallu, auparavant, parfaire sa formation d’urbaniste au milieu du désert algérien, d’où il assistera, impuissant, au soulèvement des quartiers de l’Est parisien à l’automne 2005.
Au soir du 6 mai 2007, il est au Fouquet’s, dans le tout premier cercle, prêt à intégrer le cabinet du Prince. Suivront, pour Alexandre, deux années d’alcoolisation heureuse, de travail acharné et d’amitiés nocturnes au cœur du triangle d’or parisien. Il écrira l’un des discours les plus remarqués du Prince, prélude au lancement d’une grande consultation architecturale sur l’avenir de Paris ; c’est lui encore qui imaginera de doter la nouvelle métropole d’un grand métro automatique, le Grand Paris Express. Il aura alors l’orgueil de se croire indestructible.
Sa disgrâce, imprévue et brutale, le conduira jusqu’à l’Est maudit de la grande métropole. C’est là que, dans sa quête de plus en plus mystique d’une ville réconciliée, il devra s’enfoncer, accomplissant son destin d’urbaniste jusqu’à son ultime conversion, ainsi qu’il le lui avait été prédit au milieu du désert : «Nous autres, urbanistes, nous parlons aux dieux plutôt qu’aux hommes.»

David Caviglioli (Nouvel Obs) avait classé le livre de Aurélien Bellanger parmi les livres « surhumains« , non pas pour cause de la performance quasi-prodigieuse de son écriture mais parce qu’il « flotte au-dessus des hommes….et les regarde de haut, comme le passager d’un avion qui voit la ville s’éloigner à travers le hublot, et qui découvre que son existence est un phénomène minuscule, encapsulé dans un réseau urbain qui détermine les destins et trajectoires. »

Les 476 pages,  racontées par Alexandre Belgrand (notons le A. et le B. de Aurélien Bellanger), jeune urbaniste, traitent outre son enfance, son « éducation », son entrée en service du Prince (= Nicolas Sarkozy au moment de sa campagne de 2007…) ou il fera partie du premier cercle des conseillers son urbanisme, surtout Paris, et encore une fois Paris et sa banlieue, l’urbanisme, les émeutes de 2005, le Fouquet’s, l’exercice du pouvoir (sous toutes les formes), le départ dans le 93 (pardon neuf-trois) et la lente imprégnation de notre vie quotidienne par la question de l’islam.

C’est le début du roman qui m’a plus le plus, quand Alexandre “enfant des Hauts-de-Seine triomphants, enfant du 92 destiné à perpétuer, en tant qu’ingénieur, architecte ou cadre dirigeant d’une multinationale, la domination occidentale du monde”, va quitter l’Essec pour suivre un prof obnubilé par un projet fou : lutter contre la décadence française en réinventant Paris, épicentre historique et spirituel de la Grande Nation, en le pensant à l’échelle qui est la sienne, le bassin parisien – soit un tiers du territoire. C’est la vision du Grand Paris. (enlargeyourparis.fr)…. après je me suis peu à peu noyé, perdu, juste parfois « sauvé » par des paragraphes d’une fulgurance exceptionnelle.

Aurélien Bellanger est un féru de Wikipedia on dirait, et se trouve ainsi pas loin de M. Houellebecq et son érudition, en rajoutant un peu d’humour (rire jaune souvent). Celui qui lit Bellanger apprend des choses sur le situationnisme, ses dérives, sa psycho-géographie, un peu de Foucault ? ou un aimez-vous Kant, Le Corbusier ou Debord ? Oui, Bellanger nous ouvre un grand dédale (voir aussi ses photos sur son compte tweet)…..après avoir commencé quasi-linéairement.

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Juste deux extraits sortis quasiment par hasard pour donner une idée de l’écriture

Par-delà mes études minutieuses, par-delà les rapports que je lisais, les cartes que je compulsais, les architectes et les sociologues que j’interrogeais, le Grand Paris Express, lentement, prenait forme, comme une bête sauvage en gestation, une hydre, quelque chose que je portais en moi et dont j’ignorais mais la chose était-elle encore en mon pouvoir — si je devais le faire naître ou l’anéantir. J’avais entre les mains le destin de Babel, la mâchoire endiamantée du progrès, la machine capable de rendre enfin la ville endormie aux cycles dévastateurs des rituels païens de l’économie-monde. J’opérais directement au niveau des temps géologiques, j’accomplissais une œuvre qui dépassait toute durée connue pour atteindre à la structure de l’espèce, à sa mise en danger, à sa projection sur la surface hyperbolique d’une ville conçue moins pour lui servir d’habitat que pour lui permettre d’accéder à un stade critique, terminal — l’extase religieuse de l’espace. Les villes modernes étaient les dernières et les plus grandes des hérésies qu’on ait vues : la religion mise à nu comme une infrastructure.  (p. 300) 

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Elle avait suivi, je crois, deux ou trois cours d’ethnologie, sans doute la vulgarisation des travaux algériens de Bourdieu, et elle prétendait connaître les sociétés maghrébines, des mariages entre cousins à l’enfermement rituel des femmes, des codes d’honneur implacables aux obsessions médiévales pour les hymens intacts, voire pour les clitoris excisés. Elle avait également lu le Coran, du moins ses pages qui prêtaient le plus à polémique, elle l’avait lu aussi littéralement que pouvait le lire quelqu’un de malveillant et d’instruit en tout, sauf en matière religieuse –  aussi littéralement en tout cas que pouvait le lire un fondamentaliste. Elle Savait lu et elle y avait trouvé des choses effrayantes sur les femmes et sur les infidèles. Elle avait même entrepris un soir de m’expliquer le concept de «dhimmitude » — ni plus ni moins la réduction des chrétiens en esclavage, esclavage qui prendrait évidemment pour la femme la forme d’un esclavage sexuel. (p. 403)

Pour finir un extrait de la critique de Marianne.net – je suis d’accord et dois avouer que je me suis perdu dans ce dédale, tout en étant impressionné :

« Tout ne sera que dédales de disgrâces, trahisons, orgueils et préjugés. Et c’est précisément dans ces nœuds de vipère que, par-dessus une trame de politique-fiction, Bellanger compose pour de bon le roman-chaos du temps présent : que devient la mission d’un urbaniste quand les politiques n’ont plus l’usage du monde ? Que signifie alors bâtir une civilisation ? Imaginant jusqu’à la conversion (lisez pour voir…) de son protagoniste, il invoque les forces telluriques de l’Histoire, y oppose l’impasse politicienne qui s’est refermée sous «les ruines emmêlées et fumantes du 21 avril 2002 et du 11 septembre 2001». Limpide et cynique en sa première partie, le roman devient possédé et déroutant en progressant : une fiction moderne et pamphlétaire. » (Marianne.net)

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Un peu de musique dans tout ça ? La chanson de NTM figurerait selon Bellanger un tournant pour la jeunesse du 93 (« champ pétrolifère largement inexploité. Il y avait là une population jeune, cosmopolite , arriviste…..Les banlieusards ne rêvaient plus depuis longtemps d’une révolution quelconque mais seulement d’ascension sociale. » (p. 388)

Laisse pas traîner ton fils – NTM  (page 388/89)

Je peux comprendre que des lecteurs aiment (à la folie) mais pour moi il y a un trop plein qui a tué l’admiration dans l’œuf.

 

A propos lorenztradfin

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