Trois saisons d’orage – Livre Inter 2017

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Roman dramatique en trois actes de Cecile Coulon chez Viviane Hamy, comme un croisement entre Racine (pour l’unité de lieux et le(s) drame(s) – toutefois sans alexandrins), Nature writing (pour la nature omniprésente et en même temps deus ex machinae), et Simenon (pour le drame amoureux, les tourments des individus et les non-dits…)

Drôle d’Ovni pour moi de cette auteure dont j’ai lu en 2012 Le roi n’a pas sommeil (déjà sous le signe du Livre Inter). Je n’avais pas trop aimé ce « roi », mais reste sous le charme du nouveau-né.

Histoire « simple », linéaire, raconté dans un style de conte quasi intemporel (il n’y a que très peu d’indications temporelles : juste la guerre, les événements de 68 (sublimées par une petite phrase) en 37 chapitres avec des titres prémonitoires « Souffrir », « Dans les flammes », « Quitter la ville », « La fille du médecin »…. (et il ne faut pas trop chercher non-plus le « réalisme » (la ville si proche et si loin ?, les médecins spécialistes qui s’installent d’un coup dans ce village…)  – on s’en fout, non ? On veut y croire.

Les Protagonistes principaux: Le médecin André qui va préférer installer son cabinet dans un village près de carrières (ah ces noms ….: Les Fontaines/ Les Trois-Gueules) dans une belle bâtisse. Il va y vivre seul mais sera rejoint bientôt par son fils Bénédict (un enfant né d’une seule nuit avec une femme – Elise – qui restera en ville, ne pouvant supporter être loin de la ville) qu’il élèvera seul.

Élise. La pauvre Élise. Elle avait amené Benedict à son père, vingt-six ans plus tôt, et il ne Savait jamais quitté. Elle était la grand-mère de la ville, celle qu’on voit peu, deux ou trois fois par an. Petit à petit, on oublierait de l’appeler, de lui envoyer des cartes de vœux, des photos de l’enfant. Alors elle serait déçue, en colère, et ça n’aurait rien à voir avec leur amour. Les Trois-Gueules étaient à l’œuvre, enveloppant leurs habitants de brume et de chaleur. Ils oubliaient, doucement, comme on glisse dans un bain brûlant, ils oubliaient qu’il y avait un monde de l’autre côté, et qu’un jour ils avaient, eux aussi, fait partie de ce monde. Mais une fois passé les entrées des carrières où fumaient des fourmis blanches, une fois remonté jusqu’au plateau des Fontaines, cela n’avait plus d’importance. Tout changeait subitement, le temps se figeait, les lieux qu’ils avaient habités paraissaient si sombres, si étriqués. Les Trois-Gueules, secret bien gardé, secret gigantesque, écrasaient les vies d’avant… (p. 68)

Bénédict deviendra également médecin et reprendra le cabinet. Il épousera Agnès, une belle femme indomptable.

Benedict n’était pas très grand ; à ses côtés, Agnès paraissait immense, très fine, presque déséquilibrée, sur ses jambes habituées à marcher, à courir. Les premiers temps, quand elle était arrivée en ville, elle ne pensait qu’à faire l’amour, le désir la suivait partout, comme un animal domestique. Alors elle avait apaisé la faim, elle avait mordu d’autres peaux, dormi dans d’autres lits. Dans sa banlieue, elle avait cru que ce désir ne passerait jamais ; après quelques mois c’était devenu tellement banal qu’elle s’en était presque lassée. Le sexe ne l’avait pas déçue, simplement contentée. Comme on apprécie une glace en plein été, un chocolat chaud au coin du feu. Ça lui avait suffi. Puis d’autres choses prirent de l’importance : les amis, le travail, les restaurants, le parc, le cinéma, les flirts. Être séduite était sans doute plus agréable que de passer à l’acte. (p.63)

Ils auront une fille Bérangère, la brillante…

Et puis/il y avait Bérangère. Elle était drôle, intelligente. Elle avait un front large, une bouche et des cheveux fins. Ils s’étaient rencontrés sous un préau et, depuis, ils ne se quittaient plus. Valère n’imaginait pas sa vie sans elle; il était tombé amoureux très vite, de sa façon d’être à l’aise avec n’importe qui, de cette manière de traverser la rue, de dire bonjour, très naturellement, parce qu’elle était la hile de Benedict et la petite-fille d’André. On avait respecté, béni Bérangère avant même qu’elle vienne au monde. La vie continuait, elle persistait. Malgré les forces qui planaient au-dessus des Trois-Gueules, mal­gré les cris gutturaux des oiseaux qui jaillissaient du torrent, les femmes accouchaient d’enfants robustes, et Bérangère, cette fille du pays, qui n’avait rien vu d’autre que la plaine devant la terrasse de son immense Cabane, Bérangère était tout ce que Les Fontaines attendaient qu’elle soit. (p. 92)

qui, elle,  va tomber amoureuse d’un des fils d’un paysan : Valère.

… »leurs ressources étaient immenses: il avait le sang des Fontaines, connaissait les paysans, et serait bientôt, avec ses frères malheureusement, le propriétaire d’une ferme, la plus grande des Trois-Gueules. … ». (p. 135)

Autres acteurs : le maire, le prêtre Clément et surtout le village (avec ses propres règles, qui n’accepte pas toutes les personnes arrivées de la ville et qui pourtant va grossir et s’approcher de la ville), la carrière (et ses « fourmis blancs ») ainsi que, enfin, la nature (belle, mystérieuse, impitoyable).

Je ne vais pas « spoiler » le déroulé du récit qui va se transformer vers la page 98 (« Les choses sérieuses ») en drame « sensuel » grec avec l’issue inévitable et « annoncée » (par les indices dont Cécile Coulon parsème les pages – c’est par ailleurs peut-être le seul reproche que je ferai au livre : d’une certaine manière on sait comment ça se termine(era)).

Toutefois, Cécile Coulon « parle » une langue empruntée des contes, parfois presque archaïque, et – sorry, je me répète – sensuelle, qui touche.

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Un très beau livre-saga.

Rien de superflue, juste les mots-cailloux qui avancent, « envoûtant » le lecteur dans cette tragédie du terroir et de la ville. On se laisse happer. Pour moi, un sérieux candidat au Prix du Livre Inter 2017.

PS : Ce qui précède n’est en rien partagé par mes amis lecteurs du Shadow-Cabinet ! Je semble être le seul qui défendrait se livre. Dans nos discussions – lors de nos échanges de livres – ça fuse des « Harlekin ! », « raté », « Rédaction de troisième (sic !) » « pas lu jusqu’à la fin » ….

 

 

 

 

 

A propos lorenztradfin

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5 commentaires pour Trois saisons d’orage – Livre Inter 2017

  1. Hey ! tentant, une fois encore !

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  2. lorenztradfin dit :

    Oui, je pense celui-là il te plairait.

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  3. Ping : Livre Inter 2017 – La liste des livres à lire | Coquecigrues et ima-nu-ages

  4. lorenztradfin dit :

    ….. Y en a de lecteurs qui n’ont pas du tout aimé ! Discuté toutàleurre avec F. qui a descendu le livre….

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