Une vulgaire histoire d’escroquerie

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7e roman de Tanguy Viel (Les Editions de Minuit)

Un court roman (174 pages) qui laisse la gorge sèche et le lecteur assez bouleversé de cette logorrhée (toutefois pas soûlante) d’un homme (Martial Kermeur) seul face à un juge jusqu’à un twist d’une humanité forte.

Contrairement aux autres livres de Tanguy V. (tel que « L’Absolue perfection du crime », « Paris-Brest » ou aussi « La disparition de Jim Sullivan » https://wordpress.com/post/lorenztradfin.wordpress.com/5693 ), l’auteur nous raconte dans son dernier né, avec une voix mélancolique, une histoire et n’en dévie jamais comme l’aurait fait un Echenoz p.ex ou comme il l’a fait dans le très cinématographique « …Jim Sullivan »). …

L’Obs (5.1.2017)  parle ainsi de l’histoire:

C’est l’histoire d’un pauvre – ou plutôt d’un demi-pauvre, car on est toujours le riche de quelqu’un d’autre – qui révèle à un promoteur avoir touché un paquet d’indemnités. C’est à Brest, comme dans presque tous les romans de Tanguy Viel : on est à l’aube de l’an 2000. L’arsenal a fermé, le pauvre a retrouvé un emploi de gardien, dans une sorte de château dominant « la rade », et qui appartient à la commune. Il y a la mer pour se noyer et une famille à protéger. Sauf que la famille a perdu sa femme, il ne reste plus que des hommes, embarqués les uns avec les autres : le narrateur, son fils et, à défaut de mère, un maire, qui porte le même prénom que le père, Martial, ce qui nous emmène un peu au-delà du drame intime, vers le politique : « Tout ça parce que moi, le socialiste de 1981, j’avais investi tout mon fric dans un projet immobilier. » Mais on a beau s’appeler Martial, il y a des guerres perdues d’avance.

Le promoteur sera véreux, le fils fera un connerie (et se trouvera en prison), Martial va tuer le promoteur (et se trouvera devant le juge), le juge jugera.

« Toute cette histoire, a repris le juge, c’est d’abord la vôtre. Oui. Bien sûr. La mienne. Mais alors laissez-moi la raconter comme je veux, qu’elle soit comme une rivière sauvage qui sort quelquefois de son lit, parce que je n’ai pas comme vous l’attirail du savoir ni des lois, et parce qu’en la racontant à ma manière, je ne sais pas, ça me fait quelque chose de doux au cœur, comme si je flottais ou quelque chose comme ça, peut-être comme si rien n’était jamais arrivé ou même, ou surtout, comme si là, tant que je parle, tant que je n’ai pas fini de parler, alors oui, voilà, ici même devant vous il ne peut rien m’arriver, comme si pour la première fois je suspendais la cascade de catastrophes qui a l’air de m’être tombée dessus sans relâche, comme des dominos que j’aurais installés moi-même patiemment pendant des années, et qui s’affaisseraient les uns sur les autres sans crier gare. » (p.59/60)

Bateau

Martial la raconte au juge (qui intervient peu), à son rythme, à sa manière, dans sa langue (qui pour moi c’est parfois un peu trop bien léché et/ou littéraire pour être vraie ou d' »un demi-pauvre » comme Martial….mais c’est quasi-enivrant de l’entendre parler comme le ressac de la mer, la mélancolie désabusée et poisseuse en plus, conscient du poids des années « qui s’affaisseraient les uns sur les autres sans crier gare« .

Un très beau roman court et dense qui parle parfaitement de notre époque et des désillusions (non seulement de l’après 1981). L’explication du titre arrive quasiment à la dernière page – qui illumine la nuit sombre du récit !

Une critique d’un blogueur que je suis sur Google+

 http://sansconnivence.blogspot.fr/2017/03/article-353-du-code-penal-de-tanguy-viel.html:

Tout le monde l’a dit, écrit, clamé, « Article 353 du code pénal » se hisse sans problème dans le palmarès des meilleurs romans de cette rentrée 2017. Je ne dirai pas le contraire. Cette confession devant un juge d’instruction d’un brave breton qui a poussé un autre breton à la mer possède tous les ingrédients de l’oeuvre que l’on oublie pas. C’est un assassin qui passe aux aveux et son monologue, juste entrecoupé de toutes petites relances de la part du juge, décrit par le menu les faits qui l’ont amené à ce geste ultime. 
Sous la plume inspirée de Tanguy Viel, cette banale histoire de crime devient une description au scalpel de nombreux faits de société. De la chute d’une petite bourgade brumeuse de bord de mer qui, aveuglée par d’hypothétiques bénéfiques touristiques va sombrer dans la tristesse poisseuse des chantiers abandonnés jusqu’à cette chape de plomb qui empêche tout ouvrier à pouvoir vivre un tant soit peu un rêve comme un atavisme qui n’a jamais pu s’effacer, toute la toile de fond du roman est empreinte de cette poisse sociétale. Et c’est dans ce maillage sociétal que le récit s’ancre et prend de l’ampleur avec le style si précis et si imagé de l’auteur. Il dissèque au plus près les tourments de son personnage et presque comme dans un roman policier dévoile peu à peu l’histoire, avec ses rebondissements mais aussi certains moments plus littéraires et hautement symboliques. 
Toutefois, et malgré la grande qualité de ce roman, je mettrai un petit bémol quant à l’intrigue qui par moment m’a semblé un tout petit peu tirée par les cheveux. Pour ne pas trop déflorer l’histoire, je n’ai pas tellement été convaincu par le manque de rebellion collective face aux agissements de celui qui a été assassiné ( le droit existe et nous protège quand même encore un peu ). 
Mais à part cette toute petite réserve, il reste évident que ce nouveau Tanguy Viel est l’une des pépites de ce début d’année 2017, virtuose et inspiré et avec final redoutable qui éclaire magnifiquement le livre et la réflexion du lecteur. 
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(Bretagne 2014)

Par ailleurs ma chère Louise Tanner, qui travaille (entre autres) pour la revue Eklektika me signale sa critique du livre (je peux l’avouer ici même que c’est elle qui m’avait signalé il y a très très longtemps « Paris-Brest ») – sa critique se trouve au milieu du texte du lien :

 

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour Une vulgaire histoire d’escroquerie

  1. Yv dit :

    acheté mais pas encore lu…

    Aimé par 1 personne

  2. Elisa dit :

    Intriguant… merci pour le partage 🙂

    Aimé par 1 personne

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