Deux italiennes

« Sens dessus dessous » (Milena Agus) & « L’amie prodigieuse » (Elena Ferrante)

2 auteures en une entrée de blog, vu que je n’étais pas (si) emballé (que ça).

510y31zq4cl-_sx195_  (traduit par Marianne Faurobert)

Il n’y a pas si longtemps que ça  j’ai parlé très positivement de « Mal de pierre » de cette auteure, roman que j’avais lu suite à une très belle critique de mon amie Simone de « Sens dessus dessous » https://lectriceencampagne.wordpress.com/tag/sens-dessus-dessous/

Je suis malheureusement (?) resté en dehors de ce petit livre (148 pages aérées). Pourtant les pages regorgent de rencontres avec de très beaux personnages d’un microcosme plutôt savoureux, tout en sonnant parfois comme un conte ou un poème.

Présentation par le Nouvel’ Obs :

M. Johnson,…habite au dernier étage d’un immeuble de la ville de Cagliari. Sous ses fenêtres, la Méditerranée s’étale à l’infini, et frappe le visiteur. «Tu as vu cette lumière, comme elle joue sur les portes vitrées, et ces plafonds si hauts !», s’exclame Anna, la sexagénaire de l’entresol, qui monte dès qu’elle peut pour aider le violoniste dans ses tâches quotidiennes. Mère de Natasha, avec qui elle vit dans un logement presque insalubre, Anna sert à Johnson de dame de compagnie, et plus si affinités. Depuis que Mme Johnson a quitté le domicile, il s’est clochardisé, sentimentalement aussi. Anna ne tarde pas à repérer des revues porno cachées dans son repaire. Elle joue le jeu, se met à porter des dessous chics, rêve d’une nouvelle vie avec le grand artiste du dernier étage. En Sardaigne, les conversations dans l’escalier servent de ciment autant qu’elles alimentent les racontars. La vie est un théâtre et les représentations, dans les immeubles, se jouent tous les jours à guichets fermés. On est à la fois acteur et spectateur de sa propre existence – laquelle, avec vue sur la mer, ne pourra qu’être sauvée. 

Il y a donc le Monsieur du dessus (comprenez de l’étage du dessus), M. Johnson (ancien grand violoniste vivant dans le plus bel appartement d’un immeuble – avec vue sur la mer).  Il y a sa femme aussi (qui a déserté le domicile familial pour revenir plus tard). Dans l’appartement du dessous habite Anna avec sa fille Natasha (Anna cache dans les tiroirs de ces armoires « des dessous coquins et des rêves inassouvis » (4e de couv’), elle va faire le ménage chez les Johnson et devenir un peu plus qu’une femme de ménage pour Môssieur.

« ..malgré ses jambes gonflées et son poids, Anna est gracieuse et légère, parce qu’elle sourit à la vie, un sourire toujours doux et confiant. Elle n’est jamais en colère et quand on lui fait du tort, elle pardonne et n’y pense plus…Elle est si fière de son salon qu’elle semble aveugle à l’aspect misérable de l’appartement qu’elle habite, comme à l’aspect misérable de sa vie, toujours au service des autres » (p.48).

Il y a la narratrice-étudiante aussi, poète (et écrivaine en devenir – Alice (au pays de Milena ?)  qui se (re-)trouve entre Anna et Monsieur Johnson (et sa femme). Elle observe, intervient, avec sa corbeille d’interrogations, doutes et espoirs…, et se nourrit des revues pornographiques de M. Johnson (et des dames frigides qui y virent nymphomanes) : « Moi aussi je veux devenir nymphomane. Je me regarde dans le miroir et ce n’est pas mon image que je vois, pâlichonne et maigrelette, je vois la machine de guerre sexuelle que je voudrais être, provocante et mamelue, sans serre-tête, avec une mèche de cheveux sur l’œil et une robe toute en lacets de cuir que l’on peut dénouer pour libérer les parties érotiques du corps. » (p. 64)

C’est doux, truffé de quelques beaux mots sur la vieillesse, la maladie, le sens de la vie, mais ce monde qui montre un misérable qui devient merveilleux a glissé sur moi sans accrocher…sans que la délicatesse des propos et situations va plus loin en moi. C’est une petite musique certainement, un impromptu, mais qui ne m’a touché que par les questions que les destins des personnes vivant dans cet immeuble sarde pose.

Italy - 2011

« Elle me confiait qu’elle aussi, toute vieille sorcière qu’elle était, aurait bien aimé se trouver un fiancé, car notre cœur n ‘aspire qu’à l’amour. Et qu ‘ en y réfléchissant bien,  le meilleur âge pour tomber amoureux, c’était justement la vieillesse. « Pourquoi ? » lui demandai-je. – Parce qu’à votre âge, celui de Natasha et le tien, ça j finit tôt ou tard. – Ça finira entre Natasha et son fiancé ? – Je crois bien que oui. – Et entre Johnson senior et Anna ? – De toi à moi, tu as l’impression qu’Anna apprécie le jazz? – Johnson senior, lui, l’aime, en tout cas. Je ne sais pas si elle apprécie le jazz. Elle adore les chants religieux, les Beatles, les airs d’opérette. J’ai remarqué qu’avant, elle laissait la porte ouverte quand Johnson jouait. Maintenant elle la ferme. Je lui ai demandé pourquoi, et elle m’a répondu qu elle le faisait pour qu’il puisse mieux se concentrer. – Nous savons parfaitement que c’est faux. – Ça finira entre eux aussi ? – Non. Mais c’est parce qu’ils n’auront pas le temps de se lasser l’un de l’autre. Leur fin à eux arrivera bien avant cela. C’est l’unique avantage de la vieillesse. Et je voudrais en profiter moi aussi. Mais pour finir en beauté, je me choisirais un monsieur comme il faut, sensé, un Terrien, bref, quelqu’un de très différent de Levi et pourquoi pas, riche, histoire de reprendre des taxis et de renouveler ma garde-robe. Tous ces bouleversements m’ont donné des envies bizarres, à moi aussi, qui ai toujours été si normale, pourtant. (p.143)

product_9782070466122_195x320  (traduit par Elsa Damien)

C’est un peu aussi ce qui m’est arrivé avec le premier des livres de Elena Ferrante , dont vient de sortir – en français – le 3e tome d’une fresque qui se déroule à Naples « Celle qui fuit et celle qui reste », après « Le nouveau nom ».

J’ai lu dans le blog de Simone que Daniel Pennac offrirait ce livre à ses amis. Je peux comprendre et ne comprends pourtant pas tout à fait. Voici un extrait du blog de la livrophage:

Voici deux gamines nées dans les quartiers misérables de Naples, à la fin des années 50, début des années 60. L’une, Elena, est fille du portier de la mairie, l’autre a un père pauvre cordonnier. C’est l’histoire de la naissance d’une amitié, l’histoire d’un lien exceptionnel entre deux fillettes, puis adolescentes. Toutes deux sont d’une intelligence qui ne demande qu’à s’épanouir et une institutrice consciencieuse va les y aider. Il y a Elena, plutôt douce et un peu timide, et Lila, dont les yeux parfois se mutent en deux fentes d’où fuse un éclair sombre; teigneuse, hardie,  elle est en fait toujours en colère. 

…Ce livre est plus qu’une peinture sociale de cette époque, dans cette ville, dans ce quartier, un livre sur l’amour et l’amitié, ces liens qui se créent par des attirances confuses, un livre sur les femmes aussi, et enfin un livre sur l’ascension sociale, ses vertus et ses conséquences.

https://lectriceencampagne.wordpress.com/2016/04/22/lamie-prodigieuse-elena-ferrante-folio-traduit-par-elsa-damien/

La toile de fond de la ville de Naples – que la critique souligne souvent – est, à mon avis, assez tenue dans ce 1er tome. Le livre aurait pu se passer dans pleines de villes (Milan ou Rome p.ex.). De plus, je trouve qu’il n’y a pas mal de passages (430 pages dans la version folio quand même – donc 4x plus que dans le livre qui est nettement plus concis et « ramassé » de Milena Angus) presque banals, décoratives pour un scénario d’une  saga télénovela nostalgique (à succès) qui a besoin de petites scènes pour remplir son quota de 52 minutes.

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Toutefois, par-ci par-là, il y a des paragraphes très forts et sensibles (et certainement bien traduits) sur l’amitié (naissante) ou les émois et sentiments, sur les questions que de jeunes adolescent(e)s se posent, sur la découverte du champs des possibles à travers la lecture, l’enseignement, les différences sociales, et l’envie de s’élever par un ascenseur social.

Je me suis peut-être juste fait une idée trop grande/ haute de cette fresque que la critique ET le grand nombre de lecteur de par le monde encense. Certes, je dois avouer que c’est une sorte de « page-turner », un roman de plage de la côte amalfitaine (tzzz, c’est vrai j’aimerai la voir et fouler son sol),  mais j’ai parfois décroché et trouvais qu’il y avait de redondances (avec des scènes dont je n’en ai pas toujours saisi l’importance dans le cheminement des personnages)

915139b0-8396-4e2d-982c-e046f1650d9f (plage à Ischia)

Un avis que partage k79 aussi ici:

https://leslivresdek79.wordpress.com/2017/02/11/292-elena-ferrante-lamie-prodigieuse/#more-2721

 

 

 

 

 

A propos lorenztradfin

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9 commentaires pour Deux italiennes

  1. killing79 dit :

    Ça fait toujours plaisir d’être du même avis!
    Bel article en accord avec mon sentiment.

    Aimé par 1 personne

  2. Ah ben mon ami, on ne peut pas être toujours d’accord ! 😉 Je reste pour moi toujours sous le charme de ces deux romans. Serait-ce parce que je suis une femme ? C’est possible !

    Aimé par 1 personne

  3. Asphodèle dit :

    Pour Milena Agus, j’ai déjà dit ce que j’en pensais dans Mal de pierres qui m’avait plu mais…car il y a toujours un mais avec cette auteure pourtant humble, sympathique etc. Il manque quelque chose. Je pense (ce n’est que mon avis) que ses romans relèvent davantage de la nouvelle , elle écrit bien certes mais… à suivre ! Elena Ferrante c’est différent. Je n’ai pas encore commencé la saga mais je vais le faire quand le 4ème tome sera paru. Il ne faut pas trop chipoter avec les sagas, tant qu’il n’y a pas de temps mort, que nous sommes embarqués, c’est le principal ! Pour l’écriture, je te donnerai mon avis quand je l’aurais lu ! 😆

    Aimé par 1 personne

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