Babylone

« Babylone » est le dernier-né de Yasmina Reza, couronné du Prix Renaudot (2016)

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J’ai lu presque tous les écrits de Y. Reza depuis ses débuts (après avoir vu à sa création à Paris de « Conversations après un enterrement » il y a bien longtemps).

Avec « Babylone » elle nous propose un roman qu’elle pourrait – avec quelques ciseaux et réécritures – rapidement transformer en pièce de théâtre. Pour moi, cette oeuvre est un magnifique exercice de style un peu vain (parfois vache et parfois froid).

« J’ai avalé un Xanax et je suis allé me faire belle avec un nouveau traitement anti-âge conseillé par Gwyneth Paltrow. Je désapprouve intellectuellement le terme anti-âge que je trouve culpabilisant et débile mais une autre partie de mon cerveau épouse la phraséologie médicamenteuse.  » (p. 33)

C’est Elizabeth (une petite soixantaine et travaillant à l’Institut Pasteur) – « Certains jours, quand je me réveille, mon âge me saute à la gueule. Notre jeunesse est morte. Nous ne serons plus jamais jeunes. C’est ce jamais plus qui est vertigineux. » (p. 121) – qui nous relate tout avec un esprit aiguisé pour déceler la petitesse des gens, les hypocrisies et faux-semblants de ses contemporains (les amis, sa sœur Jeanne et tous les autres). Elle est mariée à Pierre (prof de math’).

« J’ai pensé, et pourquoi aucun mec tatoué avec un fouet ne survient dans ma vie? Je me suis sentie finie, hors jeu, bonne à animer des soirées banlieusardes avec de la famille et des gens archirebattus. Je m’en veux de penser ça. Je suis bien avec mon mari. Pierre st gai, facile à vivre. Pas bavard, je n’aime pas les hommes bavards. Il est à ma disposition sans être un mou et un asservi. Il est tendre. J’aime sa peau. On se connait par cœur. Je lui reproche son amour trop inconditionnel. Il ne me met pas en danger. Il ne me magnifie pas. Il m’aime même laide ce qui n’est pas du tout rassurant. (p. 49)

Les voisins de l’étage du dessus Jean-Lino (Manoscrivi) et Lydie (et leur chat Edouardo) forment le quatuor (quintette) autour duquel se nouera le drame-huis clos. Elizabeth & Pierre organisent une fête de printemps chez eux (ça n’arrive pas souvent), avec des « amis » et les voisins du dessus, l’appartement  devient la scène de la « confrontation » de mondes différents (de classe, de vision du monde) … et les abîmes et fissures sont parfois (h)énormes.

La langue souvent « familière » qu’utilise Yasmina Reza fait mouche et aurait bien sa place dans une pièce de théâtre – je trouvais que le roman est truffé de petit bonmots (d’auteur) qu’une actrice dégustera avec plaisir (j’y verrai bien Isabelle Huppert dans le rôle de Elizabeth) : « La femme doit être gaie. Contrairement à l’homme qui a droit au spleen et à la mélancolie. A partir d’un certain âge une femme est condamnée à la bonne humeur. Quand tu fais la gueule à vingt ans c’est sexy, quand tu la fais à soixante c’est chiant ».

Après la fête – en pleine nuit –  le roman fait un virage de 180° et vire au drame avec un coup de sonnette (p. 77) : Jean-Lino aura assassiné sa femme. Feydeau et le vaudeville s’invitent un peu, et Simenon aussi jusqu’à l’arrivée de la police. La fin, sous une chape de l’indifférence du monde, laisse un gout amère….  (par ailleurs si Claude Miller vivait encore … il aurait bien mis en images ce huis-clos  – genre « Garde-à-vue »)

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Enfin, le roman débute avec la description de la photo ci-dessus ‘ »Awake »-  tirée de  la grande série « The Americans » de Robert Frank  – comme la photo ci-dessous – …et très souvent, Y. Reza tisse des photos et leur description ou le ressenti face à ces photos dans son texte qui devient ainsi plus dense encore sans toutefois me toucher.

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Cela se lit bien facilement, parfois avec délectation, mais j’ai eu du mal à avoir une véritable empathie avec un des personnages.

Très belle critique de Chistine Bini dans « La règle du jeu »

http://laregledujeu.org/2016/09/20/29850/babylone-de-yasmina-reza-lart-des-breves-de-soiree/

 

 

A propos lorenztradfin

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4 commentaires pour Babylone

  1. CultURIEUSE dit :

    Ah je vais lire ça. Je me vois dedans!
    Tu as tout lu, même le Sarkozy?

    J'aime

  2. Laure Micmelo dit :

    Le côté pièce de théâtre m’attire, le côté vain de la lecture et l’absence d’empathie pour les personnages, beaucoup moins …

    Aimé par 1 personne

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