Iran (2) -Chahdortt Djavann

Ahh, ces chemins tortueux qui mènent d’un livre à un autre… Je venais de terminer « La Désorientale » de Négar Djavadi et tombais – lors d’une de mes recherches ouvertes dans le www sur une critique-pamphlet d’une grande force concernant un autre « roman » franco-iranien :

voilees-livre

https://blogs.mediapart.fr/melanie-talcott/blog/070516/les-putes-voilees-niront-jamais-au-paradis-un-roman-de-chahdortt-djavann

Extrait du pamphlet : …..La formule récurrente, celle qui est vide de sens mais prend le lecteur dans sa nacelle, est celle-ci : « livre coup de poing, cru, choquant ». J’ai même entendu cette autre dans la bouche de François Busnel, quand vous êtes passée à La Grande Librairie : un livre « qui bouscule pas mal de préjugés sur la sexualité et l’Islam. » Elle m’a fait sourire… jaune. Quels préjugés ? Dans les pays où la Charia fait loi, où, si tu respires de travers, tu risques ta peau, où on fout des voiles sur tout ce qui n’a pas un appendice entre les jambes, il s’attendait à quoi ? A trouver un univers d’érotisme torride sous la burqa ? Ça rimait à quoi, cet étonnement de premier communiant ? A quoi lui sert de lire tant de livres et d’avoir parcouru le monde si en une phrase, il nous peaufine une surprise subtilement naïve envers la Charia, cette règle portée au rouge extrémiste d’une masculinité triomphante, qui fouette, bat, viole, torture, lapide, pend, assassine ses mères, ses filles, ses sœurs et ses épouses ?…

En effet, derrière le titre provocateur, un peu racoleur …. le lecteur trouve un texte coup de poing dans une langue cash…. qui me confirme mes préjugés sur la sexualité dans l’islam (et dans les pays arabisantes), mais rappelle également que parfois (on a juste à regarder quelques films pornographiques un peu « hard ») on peut avoir des comportements aussi haineux u sans égards dans notre société à nous.

« Je vais nommer ces prostituées, assassinées dans l’anonymat, leur donner la parole (…). Je vais me glisser dans leur peau, dans leur tête, m’identifier à elles : vivantes, mutines, insolentes, séduisantes, fantasques, sensuelles, provocantes, surprenantes. Foutrement irrespectueuses. Politiquement incorrectes. Iconoclastes. Courageuses. Héroïnes au destin tragique. (….) Des écorchées vives d’une société hypocrite, corrompue, et surtout criminelle jusque dans sa pudibonderie. Une société qui réprime, étouffe, pend, lapide, torture, assassine sous le voile. Je ne chercherai à les décrire ni comme des anges, ni comme des putains, ni comme de pures victimes. Mais comme des femmes. (p. 36) 

81496772

Voici, raconté comme jamais (pour moi au moins), la brutalité des rapports humains, l’humiliation des femmes, leur (quasi-)esclavage aussi (p.ex. quand elle travaillent de femme de ménage – la pipe quotidienne à Monsieur semble être de mise et incluse dans le contrat de travail), le viol et parfois, pour les prostituées (avérées ou pas), la mort donnée par un client moyennement content et/ou trop frustré, et cela au nom de la salubrité publique et de la morale religieuse (vive les mollahs qui gagnent des sous pour les mariages qui peuvent aller de qqs minutes à une heure/à la journée, les CDD du mariage : sigheh).

Et lire,  après les « coups de bite », « fornications sans tendresse …la plupart des hommes éjalculent en nous comme ils pissent aux chiottes, sans respect, on prend l’uppercut ainsi :

« ….Peut-être…. si je voulais encore quelque chose, ce serait un gros câlin.  Un vrai. Personne ne m’a jamais pris dans ses bras. Ca doit être très difficile de prendre quelqu’un dans ses bras. » (p. 159)

« Portraits » en creux de deux filles-amies en enfance et leur « évolution » (Zahra et Soudabeh) – entrecoupés ensuite par les « récits-monologues » d’une dizaine de prostitués (à la fin de leurs « témoignages »- reconstitués, inventés, crées par l’auteure – chaque fois trois/quatre lignes du genre :

« Née à Shiraz le 18 novembre 1969. Elle se faisait appeler Hava, Ève en persan. Elle fut dénoncée par un de ses voisins qui avait découvert son métier et à qui elle avait refusé ses services. Après trois mois d’emprisonnement et deux cents coups de fouet, elle a été pendue le 19 septembre 2014. (p. 193)

paradis4

Livre qui m’a remué – parfois je me suis dit, elle en fait trop, l’accumulation étouffe le propos, peut-être oui, peut-être non…mais c’est fort  et pas lisible d’une traite (moi j’ai dû faire des pauses).

L’opinion tranchante de  http://noid.ch/

…Violent, cru, une écorcherie à la limite du supportable. Le témoignage de la non valeur d’une femme dans une société islamiste. Une viande à baiser pour des porcs tout-puissants et intouchables. Infect.  Je ne m’en remets pas…..

« Mon sexe humilié se vengeait la nuit. Mon sexe humilié régnait sur tout mon corps, me terrorisait par sa violence, par la puissance de son désir. La nuit, mon sexe me rendait son esclave. Il voulait des caresses incessantes. La nuit, je n’étais que mon sexe que je ne connaissais pas. Mon sexe qui brûlait. Qui réclamait. Qui voulait. Qui ne se calmait pas. Mon sexe avait faim, je ne savais de quoi. » (p. 67) – Leila étranglée avec un chador.

Un autre blog pour étayer:

https://letourdunombril.com/2016/08/04/les-putes-voilees-niront-jamais-au-paradis-chardortt-djavann/

Portraits de prostituées à qui Djavann donne la parole dans une fiction qui a la force d’un documentaire. Parole crue, sans détour. Le sexe est le sexe, on ne détourne pas la tête. On lit, on regarde on écoute. Fellation, sodomie, tchador, lapidation, pendaison. Tout y passe. Dans l’ordre ou le désordre. Evidemment, les esprits chagrins critiqueront la forme, voire le propos. Chardortt Djavann refuse la nuance et aucun homme ne peut trouver grâce à ses yeux. Les hommes sont des porcs. Tous. Les femmes sont des victimes. Toutes. Peut-être que la force du trait desservira l’écrivaine, certains, sans doute hurleront à la caricature voire à la calomnie. C’est dangereux de débattre de l’Islam et de ses préceptes comme le fait Djavann. C’est courageux aussi. L’état de sidération dans lequel le 7 janvier 2015 nous a plongés, nous interdit, semble-t-il, de porter un regard critique sur la façon dont une religion considère la place des femmes au sein de sa société. Ça aussi c’est choquant.

554

Entretien avec Sieur Busnuel :

Et finalement – presque comme contre-point ci-dessous un lien vers le travail d’une photographe Christine de Middel qui photographie des hommes, clients de prostituées, qu’elle rémunère pour les photographier dans des maisons de passe miteuses (merci Martine !)

https://www.letemps.ch/culture/2016/12/16/jai-paye-hommes-aller-lhotel

 

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
Cet article, publié dans Livres, est tagué , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Iran (2) -Chahdortt Djavann

  1. CultURIEUSE dit :

    Un témoignage courageux et nécessaire. Merci pour elles!

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s