Der Zauberberg

Une fois n’est pas coutume, voici un extrait d’un article de Nicolas Weill dans Le Monde (daté 2.11) qui fait l’éloge de la nouvelle traduction (de Claire de Oliveira – la traductrice de Elfriede Jelinek et de Herta Müller entre autres) du grand roman allemand « Der Zauberberg » de Thomas Mann. https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Montagne_magique

Je me suis dit que cela jette une belle lumière sur le dépoussiérage possible d’oeuvres littéraires traduites….

….

Or la traduction de Maurice Betz (1898-1946), germaniste de renom, ami et traducteur de Rilke, était bien trop imprégnée d’un onirisme languissant et désuet à la Maeterlinck pour cela. Il n’eut certes – circonstance atténuante – qu’une année pour achever sa tâche. Claire de Oliveira, enseignante à la Sorbonne, traductrice ­d’Elfriede Jelinek et de Herta Müller y a, elle, consacré cinq ans (la moitié du temps nécessaire à l’écriture du roman lui-même).

La réussite de sa version tient d’abord à la modernisation du texte, sans complaisance ni anachronisme. La « huitaine » de Betz redevient la « semaine » qu’elle est en allemand. Les édulcorations sont évacuées : au terme obscur et rabelaisien « breneux », utilisé par Betz pour rendre l’adjectif « beschissen », elle a préféré le prosaïque « de merde ». De même a-t-elle rétabli les jeux de mots qui procurent toute sa saveur et, oui, toute sa légèreté à la prose mannienne, que Betz avait renoncé à transposer.

Quand ce dernier se contente de mettre dans la bouche de Mme Stöhr – que sa vulgarité conduit à déformer les expressions idiomatiques – un « vous avez pris la fuite avec armes et bagages », Claire de Oliveira, plus conforme à l’original, écrit « vous avez pris la poudre d’escarcelle » (au lieu « d’escampette »). La redoutable infirmière, Mlle von Mylendonk, se voit qualifiée par Betz de « vieille dame noble » alors qu’il est précisé quelques lignes plus bas qu’elle a la quarantaine (« vieille noblesse » chez Claire de Oliveira).

De même rectifie-t-elle les nombreuses imprécisions : un spermatozoïde a chez elle un « flagelle » et non une « nageoire sur l’arrière-train » et un « Meister von Stuhl » retrouve son titre de « véné­rable maître », tiré du vocabulaire de la franc-maçonnerie, quand Betz se contente d’un « maître ex cathedra »… Un ouvrage essentiel nous est ainsi rendu et restauré grâce à la sensibilité d’une spécialiste qui fait vibrer à nouveau la musique de Thomas Mann. Et nul n’aura désormais d’excuse pour ne pas le lire jusqu’au bout.

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PS – Je serai encore « sous l’eau » (une avalanche, que dis-je un tsunami de mots à traduire) jusqu’à la fin novembre.

Ce qui ne m’a pas empêché de passer une belle soirée cette semaine à la MC2  de Grenoble avec le formidable The Divine Comedy (l’irlandais Neil Hannon).

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Neil Hannon arrive d’abord en costume napoléonienne pour quelques chansons de son dernier disque (Foreverland – avec notamment « Napoleon Complex » et « Catherine The Great ») et enchaîne ensuite avec quelques morceaux des disques antérieurs (changement de costume en banquier pour « The complete banker » :

Can anyone lend me ten billion quid?
Why do you look so glum, was it something I did?
So I caused the second great depression, what can I say?
I guess I got a bit carried away
If I say I’m sorry, will you give me the money?

But you know me, the complete banker
In a black Bentley, sweet Samantha right here next to me
Oh, how I hanker for the good old days
When I was free, the complete banker
In my Armani, before the rancour and disharmony
Well money makes the world go round and round
and down the drain

We went to war on the floor of the exchange
To all of us it was just a big game
But God I loved it: making a profit from somebody’s loss
I never knew exactly whose money it was
And I did not care as long as there was

Lots for me, the complete banker
In a black Bentley, sweet Samantha right here next to me
Oh, how I hanker for the good old days
When I was free, the complete banker
In my Armani, before the anger and the inquiries
Well money makes the world go round and round
and down the drain

We’ll learn the lessons, run tests and analyze
We’ll crunch the numbers, ’cause the numbers never lie
Well maybe this recession is a blessing in disguise
We can build a much much bigger bubble the next time
And leave the rest to clean our mess up

Well that’s just me, the complete banker
In a black Bentley, Margaret Thatcher right here next to me
Oh, how I hanker for the good old days
When I was free and a complete banker
I’m a conscience free, malignant cancer on society
And one day you’ll let your guard down
And I’ll come ’round again

et ça continue avec ce pop qui se rapproche du classique (et/ou de Kurt Weill). Comme l’écrit le Petit Bulletin : « Un voyage naïf mais pas niais, pop mais pas mielleux, intimiste mais pas égocentrique ; bref, un voyage absolument indispensable pour tous ceux qui pensaient la pop morte et enterrée depuis des années……Avec lui, ce qui pourrait sonner banal et déjà vu devient grandiose. …..Neil Hannon sait surtout saupoudrer son travail d’une pointe d’humour bien particulière. Un monde sépare l’ironique bossa nova A Desperate Man et la touchante Funny Peculiar….Reste alors sa voix, simple elle aussi, mais tellement chaleureuse et attachante qu’on l’imagine bien conter l’une de ses multiples histoires à quelques enfants à la tombée de la nuit. Certes, il n’a plus l’énergie de ses débuts, mais en a-t-il réellement besoin pour convaincre ? Son empire est d’ores et déjà l’un des plus grands.

J’ai convaincu 4 amis – qui ne le connaissaient pas – d’aller le voir/écouter – et ils étaient enchantés… un petit moment de grâce d’un garçon qui ne semble pas vieillir et dont la voix m’accompagne depuis le déchirant « A lady of a certain age »

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J’y retournerai demain pour le réécouter…

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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3 commentaires pour Der Zauberberg

  1. CultURIEUSE dit :

    Un petit mot sur cette divine comédie?

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  2. Elisa dit :

    Il paraît que traduire c’est trahir mais parfois non. Merci pour la découverte Neillesque, j’adore !

    J'aime

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