Juste la fin du monde

Il parait que c’est la dernière fois que Xavier Dolan présentera un film sur la Croisette. Trop de critique incendiaire, dit-il… ça ne le fera pas changer d’avis, mais la mienne, de critique, elle est plutôt …..bonne.

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A l’origine du film : une pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce (que j’ai pu voir – veinard – à Paris dans les années 2000 à Paris – Théâtre de la Colline (à deux stations de Metro de chez moi – ah la belle époque)…. Xavier Dolan s’est emparé de la pièce, a coupé dans les monologues du fils (joué par Gaspard Ulliel) qui rentre après une longue absence (une bonne dizaine d’années) dans sa famille. Il en garde juste un prologue en voix-off dès le début du film. Le reste du temps ce personnage central qui va tout « dérégler » (ou réveiller) dans cette cellule familiale (sa mère – Nathalie Baye, sa sœur – Lea Seydox, son frère – Vincent Cassel et la femme de celui-ci – Marion Cotillard) va rester presque muet (l’homme aux phrases à 3 mots).

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Le film est oppressant, renferme les personnages à l’intérieur de la maison familiale (les couleurs des murs/tapisseries sont sombres, un sentiment d’étouffement nous prend – et même un repas dans le jardin a l’air d’être filmé dans un espace restreint).

Le fils rentre à la maison pour annoncer à sa famille qu’il va mourir bientôt….Suspense pour ceux qui n’ont jamais vu la pièce :  quand-est-qu’il va le dire et comment ? Dolan film ce « suspense » avec des gros plans, chaque fois que le fils va ouvrir sa bouche on pense que…. pourtant il restera la plupart du temps l’homme aux trois mots…. ce sont les autres qui parlent, qui déversent leur frustrations et ressentiments.

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Xavier Dolan nous offre un film qui n’est pas aussi tendu que « Tom à la ferme », ni aussi fou que « Lawrence Anyways », on a un peu plus de mal à avoir une empathie pour un personnage, le dispositif des face-à-face entre les divers protagonistes parait même parfois un peu trop « mécanique » et « freiné » par le quasi-surjeu de Nathalie Baye p.ex. ou de Vincent Cassel.

Mais Dolan a une énergie, une manière de filmer qui  vous emporte. La critique a été très positif pour le jeu de Marion Cotillard, la femme du frère, femme mi-soumise, un peu niais sur les bords, mais plus fine psychologue que les autres… et il me faut dire que j’étais (je ne suis pas un fan d’elle) surpris par son jeu, bcp plus en retenue que Nathalie Baye qui en fait, pour moi, des tonnes, avec cependant deux trois scènes d’une justesse à faire pleurer.

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Je peux comprendre que ce film agace certains,  mais il ne peut pas laisser insensible grâce au texte de Lagarce et cette manière forte, précise et sensible de démontrer, faire vivre la complexité des rapports entre frères et sœur, le positionnement de tout un chacun dans l’organisme qu’est le groupe familial. Xavier Dolan rajoute à ce langage un regard parfois cruel mais toujours aimant sur tout cet amas de besoin d’amour et de reconnaissance.

Moi je pense qu’il ne faut pas le rater ce film.

A propos lorenztradfin

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8 commentaires pour Juste la fin du monde

  1. CultURIEUSE dit :

    Tout à fait d’accord, film à voir. Aussi pour MCotillard, je n’adhère pas trop, mais là, elle est parfaite. Est-ce que c’est parce que le rôle fait qu’elle doit être agaçante?

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  2. Ah ! J’attendais que tu en parles. Je l’ai vu il y a 15 jours. Mon avis c’est que Dolan est un vrai cinéaste. L’image, la bande-son, la façon de traiter un sujet finalement assez commun et de faire jouer bien des comédiens que je n’aime pas trop, tout y est. Cotillard, j’ai du mal ( il faudrait juste qu’on ne l’entende pas hors caméra, je pense ), mais là, je reconnais que ça lui va bien ( mais scènes de bafouillage un poil trop longues, c’est un détail ), le beau gosse est un beau gosse, Léa Seydou est parfaite, Cassel est dans un rôle habituel pour lui, la brutasse frustrée qui se met à pleurer et j’ai quand même un gros faible pour Nathalie Baye qui ose tout, foldingue et au fond, le personnage le plus « fin » psychologiquement ( ce n’est que mon point de vue, mais elle sait aimer ). Certes elle en fait des brouettes, mais au moins elle cause, en fait elle remplit le vide. Tous m’ont agacée comme c’est rien de le dire, ils se taisent, ils ne savent pas causer, on a envie de les secouer, mais en fait celui qui crée ça c’est Urriel, il les bride sans vraiment le vouloir, parce qu’il n’est jamais avec eux, il est juste à côté, bref, une famille psychotique, névrotique, au choix ou les deux. Avec des comédiens qui n’ont aps eu à se forcer trop pour être naturels ( malgré tout, il fait de la peine, ce pauvre Cassel ) Et tu vas rire, tout ça pour dire que j’ai bien aimé ce film quand même, parce qu’il arrive à faire réfléchir, à énerver, à provoquer des réactions, quoi…, mais qu’étonnamment, je n’ai pas pleuré, moi qui ai la larme à l’œil pour moins que ça ! Je pense comme toi qu’il faut le voir, et qu’il ne mérite pas les volées de bois vert qu’il a encaissées

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    • lorenztradfin dit :

      eh ben – t’as écris un très beau texte « en b » là (brutasse, bafouillages, brouettes) – et surtout bien vu le brideur …. et d’acc’ pour Nathalie Baye (ou plutôt son personnage …) Merci pour ce commentaire

      Aimé par 1 personne

      • ça m’a fait plaisir d’en parler, en « b », lettre qui cogne. Dolan, ou on l’encense, ou on le casse, je préfère le milieu. Il est un vrai cinéaste pour toutes les raisons énumérées, mais aussi un jeune chien fou qui s’ébroue, et éclabousse, ça me plait, ça. Après, il a encore beaucoup à dire, je pense, peut-être comme beaucoup, toujours la même chose sur des tons différents, des angles différents…et il sera j’espère comme le bon vin ( Bourgogne, Bordeaux, Beaujolais – si, si il y en a de très grands – , des crus en B ! )

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  3. lorenztradfin dit :

    ah ça se déguste comme un bon Bonnezeau

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  4. Elisa dit :

    Dolan, cinéaste encore jeune et qui n’a pas peur de se frotter aux sujets les plus dérangeants. Rien que pour ça, il mérite une volée de bois vert. Non mais, pour qui se prend-il à déranger l’intelligentsia planétaire ? Pour quelqu’un qui a quelque chose à dire et qui ose… Alors même si ce n’est pas parfait, même si je sais que je vais pleurer, grincer des dents, et pleurer encore, je suis contente de savoir que le film existe et j’irai le voir. Merci pour le billet 🙂

    Aimé par 1 personne

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