Deux fois Francesca

Suite à la recommandation de deux amies j’ai lu deux romans de Francesca Melandri paru en 2012 et 2015.

« Eva dort » (Eva dorme)  de Francesca Melandri traduit de l’italien par Danièle Valin (« Eva durme »)

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Ce roman de Francesca Melandri mélange petite et grand histoire (italienne/européenne) et la géographie italienne, dans un voyage que la Eva du titre va emmener du Nord d’Italie (Dolomites – Haut-Adige) vers le Sud et du début du siècle (1919 jusqu’à nos jours), à la recherche du temps perdu …. et un père qui aurait pu être parfait si la société – et sa famille à lui l’aurait permis.

Va-et-vient entre présent (Eva fait le voyage vers son père en train (1.397 km – les chapitres du « présent » et ce voyage portent le kilométrage – et se remémore sa famille, sa mère Gerda (ces chapitres du passé sont titré avec l’année correspondante).

En tant qu’allemand cette plongée dans le passé européen est passionnant (ce ballottement de la province  du Tyrol du Sud entre l’Autriche, les Allemands, l’Italien – toujours du mauvais côté, oppression de la minorité « allemande », l’italienisation forcée, recensement ethnique, l’intégration après la guerre, le terrorisme, la résistance (qui se rappelle encore qu’il y avait des attentats à la bombe entre 1950 et 61… et qu’il fallait attendre 1972 pour que le Sud-Tyrol obtienne un statut d’autonomie territoriale ?)

« La plupart des Tyroliens du Sud de langue allemande pensent que vous autres, habitants du Haut-Adige de langue italienne, vous êtes tous des fascistes…. ..je suis né et je vis à Bolzano (pour rappel : Bozen) seul endroit du territoire national ou les Italiens se sentent bien italiens, et non pas siciliens, napolitains, piémontais pou de Vénétie… » (p. 308)

De par le va-et-vient entre présent et passé le lecteur ne s’endort pas, et surtout on apprend pleine de choses ne serait-ce que les noms des différents morceaux de viande  (en italien & allemand (p. 253) et surtout surtout la douleur de la séparation par la langue…

« Les rapports entre nous, enfants Daitsch, et les enfants italiens étaient simples : ils n’existaient pas. Eux étaient les Walschen, justement ; nous des « chleuhs » ou tout au plus des « pilons » en hommage à ces pylones que nos terroristes aimaient tant faire sauter….(p. 305).

Un double-portrait de femme (Eva – la business-woman et son amant marié & Gerda, sa mère dont l’histoire est tout simplement passionnante (et émouvante) – les dernières pages sont fortes !

1540-1

Rendue curieux après la lecture de la belle dormante et attiré par la photo de l’îlot devant Stromboli je me suis dit why not… j’enchaîne avec ce roman également traduit par Danièle Valin.

Luisa (mère de 5 enfants, fermière) va voir son mari à la prison qui se trouve sur cette île…. Paolo (prof de philo qui a arrêté d’enseigner) va voir son fils devenu terroriste  (et se trouvant dans la partie haute sécurité)…… ».. Et vous, vous avez rendu visite à qui ici ? lui demanda-t-elle. — À mon fils.  » Elle acquiesça comme si elle s’attendait à la réponse.  » Un fils. C’est moche. » […] Un fils. C’est moche. En effet, il n’y avait vraiment rien d’autre à dire.  »

Les deux vont donc se rencontrer, rester une nuit ensemble sur l’île, forcé d’y rester pour cause de grande tempête (pas de navette) sous la surveillance Pierfrancesco (le Directeur a peur que les deux puissent organiser une évasion de leur proches…).

Roman plus doux,plus lents, plus subtil que « Eva » – ancré dans les années noires de l’Armée rouge (page 219 F.M. indique qu’elle a mené « les témoignages de nombreuses personnes : anciens gardiens de prison, anciens terroristes, anciens détenus de prisons de haute-sécurité, magistrats, parents des victimes de la violence politique. » … et parfois j’ai eu l’impression  justement de lire une sorte de compendium sur l’épaule des trois protagonistes (ils disent/ressentent le substrat de tous ces entretiens, ce qui ne m’a pas permis d’apprécier (à leur juste valeur ? -et deviennent (pour moi) d’un coup un peu trop des métaphores et pas des être des chair et de sang) les tourments et réflexions de tout un chacun.

J’ai nettement préféré le premier des deux livres.

Une présentation des deux livres par un

https://pagesitaliennes.wordpress.com/tag/francesca-melandri/

A propos lorenztradfin

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Un commentaire pour Deux fois Francesca

  1. Athalie dit :

    Bonjour, je retiens « Eva dort » pour une prochaine lecture de cette auteure, mais là je me plonge dans des polars ….

    J'aime

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