Myriam se disperse

Pour me « reposer » un peu, du train d’enfer (bcp. de traductions – je m’excuse pour la présence plus dispersée) – j’ai lu le dernier Philippe Djian, dont le roman « Oh » est depuis peu sur nos écrans (sous le titre « Elle » de P. Verhoeven, avec I. Huppert dans le rôle de la femme – critique à suivre un jour, quand je trouve le temps).

Dans ce dernier opus, P. Djian fait une nouvelle fois parler une femme – Myriam (dans les 18 ans en début du roman,  dans la bonne trentaine  à la fin des 198 pages).

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Drôle de roman, court, rapide, sans graisse ni chapitres et plein d’ellipses. Le lecteur se laisse embarques à ce voyage  – ou pas.

Moi je suis resté un peu en dehors de cet histoire d’émancipation d’une jeune femme que nous ne connaîtrons jamais vraiment…tout en admirant la capacité de Djian de se glisser dans la peau d’une femme (même si on le savait après « Oh »).

« Je l’ai donc laissé faire. ….coucher avec Erri n’était pas désagréable et mon ventre pouvait tressaillir, mes bouts de seins s’engorger, mais rien à voir avec cette sorte d’extase que j’avais connu avec Yann….autant comparer un voyage en autocar avec un vol en jet privé….Mais j’avais une telle envie d’oublier ce qui s’était passé, un tel besoin de penser à autre chose. Au-dessus de moi, le ciel prenait l’apparence de la nacre. Il existait des mousses d’une densité si parfaite aujourd’hui, des matelas si formidables pour le dos, pour l’abandon, qu’ils confinaient au supplice. Je m’ai laissé retirer ma culotte. Pour ça il savait s’y prendre, c’était sa spécialité… » (p. 122-123)

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce livre c’est la lente description d’un fille-femme qui semble se laisser faire (et avoir) par son entourage qui dirait-on lui dictent les voies à prendre, mais en fait et mine de rien elle fait son école de la vie, apprend, se métamorphose (au niveau physique et intellectuel)… et cela, par des phrases courtes, précises comme un scalpel et surtout-surtout des ellipses qui font avancer le récit de manière vertigineuse à travers des vallées de la drogue, de l’alcool, d’une maternité, des amants.

Le titre du livre est tiré d’un poème de Arthur Rimbaud (que je ne connaissais pas – mon enfance germanique je la tire comme joker d’excuse) , qui lui donne un peu la couleur du récit de Djian (comme la météo par ailleurs – déluges, grisailles….):

Les corbeaux

Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angelus se sont tus…
Sur la nature défleurie
Faites s’abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.

Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous !

Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d’avant-hier,
Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !

Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu’au fond du bois enchaîne,
Dans l’herbe d’où l’on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.

Pas entièrement convaincu du livre, mais intellectuellement revigorant – on dirait même une sorte de re-lecture moderne de « Une vie » de Maupassant. « Chapô bas » pour P. Djian qui semble bien connaître les femmes et les milieux de la prod’.

 

A propos lorenztradfin

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6 commentaires pour Myriam se disperse

  1. Contrairement à notre amie Culturieuse, je ne suis pas grande amatrice de Djian. Ce sont plutôt ses thèmes qui ne m’intéressent pas plus que ça, ou sa façon de les traiter, je ne sais pas. Mais j’aime bien l’écouter par contre. Et alors, Confiteor ? Ne me dis pas que tu l’as lâché en route !
    Merci pour Rimbaud…

    Aimé par 1 personne

    • lorenztradfin dit :

      Oui-non… Le Djian je l’aimême lu avant de commencer Confiteor…. toutefois je l’ai mis de côté parce qu’il fallait que je lise deux livres pour le jury du prix Caillé (pour pouvoir fin juin décider de la 1ere séléction….) ça plus une somme de travail énorme…. je continuerait pendant mes vacances (dans 10 jours !) – je suis page 339…

      Aimé par 1 personne

  2. CultURIEUSE dit :

    Djian, pour moi, c’est tout un parcours. Il m’a ouvert des horizons depuis plus de 30 ans. Avoir suivi ses recherches stylistiques, lu ses mentors, découvert ses coups de coeur. C’est aussi l’écouter parler de littérature, d’art. Je ne lis personne comme je le lis. Avec agacement, admiration, étonnement, rage. Ses thèmes sont accessoires. Le fond n’est rien, la forme est tout. Il est à part.
    Cette Myriam semble vraiment bizarre, naïve, limite simplette. Elle montre cependant de l’intelligence lorsqu’elle sort de la passivité. N’est-elle pas un modèle pour notre monde d’adaptation obligatoire aux normes sociales? Une personne qui apprend par elle-même, une enfant sauvage contemporaine?
    Il y a un truc spécial, presque magique, à lire Djian. Un peu comme le douanier Rousseau. Ça semble si limpide, si clair. Il y a pourtant toujours une petite bête. Qui monte ou qui gratte. Une que l’on ne sent pas tout de suite. Qui peut passer inaperçue ou qui peut être dangereuse, c’est selon.
    Les livres de Djian restent des énigmes. Rien à faire, je ne lutte pas, je dévore…

    Aimé par 1 personne

  3. Yv dit :

    Qu’est-ce que je n’aime pas Djian ! Chaque essai fut raté et nettement, je ne parviens pas à m’intéresser à ses situations, à ses personnages… Et en plus, je ne le trouve pas passionnant à écouter…

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