Lettres pour le monde sauvage

Les Editions Gallmeister ont encore frappé – voici un beau recueil de textes de Wallace Stegner traduit par Anatole Pons.

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J’ai lu ce livre dans le contexte du jury du Prix Caillé de la Traduction décerné depuis 1981 par la Société française des traducteurs (SFT) (www.sft.fr) avec le concours de l’École Supérieure d’Interprètes et de Traducteurs (ESIT). Ce prix récompense chaque année un traducteur d’édition en début de carrière. Nous sommes dans la phase présélection, avant de poursuivre, je tiens donc d’emblée à prévenir : L’article qui suit n’engage que moi !

12 textes écrits entre 1947  et 1992 (entre autres : « Letter, Much Too late – Lettre, bien trop tard », « Crossing into Eden – Au jardin d’Eden », « Finding the Place: A migrant Childhood – Trouver sa place : une enfance de migrant » ou encore « Living Dry » L’aridité comme mode de vie » ou « The gift of wilderness » (c’est un extrait) – Des bienfaits du monde sauvage ») tirés de différentes publications.

Comme souvent dans le cas de recueils …ils ne vous interpellent jamais tous avec la même force… toutefois tous ces écrits, et parfois chaque phrase ont été couchés sur la page blanche pour rendre hommage au grand Ouest américain, le grand espace, son  côté sauvage, son aridité aussi.

Moi qui n’était (à part à NY) encore jamais aux Etats-Unis, baigné dans mon adolescence par les films de western et lisant depuis quelques années chez Gallmeister les auteurs que sont Edward Abbey, Ron Carlson, Craig Johnson, Glendon Swarthout ou encore Bruce Machart, je lu ce livre et ces remarques parfois mélancoliques, parfois écrits en mode furieux et/ou en lanceur d’alerte triste comme une invitation de mieux comprendre ce monde ou un Donald Trump joue le conquistador d’une autre Frontière que celle dont parlait « Frederick Jackson Turner  dans sa conférence de 1893 intitulée « L’importance de la Frontière dans l’histoire des Etas-Unis » » (p. 143)

Parmi les textes traitant surtout de la Nature – avec un grand « N », j’étais particulièrement « bluffé » par son texte « Au jardin d’Eden » dans lequel W. Stegner décrit (en 1989 (!) une randonnée qu’il a fait en 1923 dans le Granddaddy Lakes Basin *, un coin paradisiaque .. il en donne quasiment l’adresse (sans GPS), puisque « aucun visiteur, quel que soit son pouvoir de nuisance, ne peut atteindre ce qui vit dans ma tête, aussi vif et pur que si je l’avais quitté la semaine dernière. » (page 35)

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*http://www.edarnell.com/Trails/page119.html

Les randonneurs étaient tristes que leur guide ne leur permettait pas s’arrêter près d’un des lacs (ils étaient déjà k.o.) pour les emmener un peu plus haut. Une fois arrivés, la stupéfaction heureuse : « Cet endroit a tout – tous les essentiels, tous les à-côtés imaginables. Il a le terrain plat, l’herbe grasse, le bois, l’accès facile à l’eau, qui font le confort d(‘un campement. Il a l’abri et l’ombre, les vues panoramiques, l’ouverture, la brise légère, qui élèvent le confort au luxe. Il n’y a pas de moustiques en haut de cette falaise; il y a des arbres dont la forme épouse le dos et où l’on peut s’asseoir pour lire; la terre est de ce grain grossier qui ne produit pas de poussière et qui, dans le cas peu probable d’une chute de pluie, ne produirait pas non plus de boue. Chaque arbre offre des branches à la bonne hauteur pour y accrocher des choses; il y a suffisamment de troncs d’arbres abattus pour improviser des tables et des bancs de cuisine. Et l’air, à trois mille mètres, frappe le fond des poumons comme de l’éther. » (page 31)

Le texte « Lettre, bien trop tard » est en fait une belle lettre écrite à sa mère : « Dans trois mois, j’aurai quatre-vingt ans, trente de plus que toi à ta mort, vint ans de plus que mon père à la sienne, cinquante-sept ans de plus que mon frère à la sienne. J’ai eu les gènes et de la chance. …. sauf quand je dois faire mes lacets, je n’ai pas l’impression d’avoir quatre-vingts ans… » (p. 7) C’est ainsi que le texte commence avant de parler d’elle et de sa vie (et donc de la sienne aussi…) Émouvant, même si d’autres (grands) écrivains ont écrit des lettres semblables.

« L’aridité comme mode d’emploi » nous parle de la difficile politique de gestion d’eau et des particularités de cet Ouest et ses huit Etats que sont l’Arizona, le Colorado, l’Idaho, le Montana, le Nevada, le Nouveau-Mexique, l’Utah et le Wyoming….

Je pourrais écrire de tous les textes… chacun a quelque chose, sa petite musique.

Le livre se lit par petits bouts (texte par texte) et me donne envie de voyager – et savoir écrire comme ce grand bonhomme. La traduction y est certainement aussi pour quelque chose, mais je me réserve (encore) le droit d’en parler vu que le jury du Prix Caillé est – comme je l’ai évoqué en haut – encore en train de constituer sa sélection 2016.

Et pour finir un avis de Simone qui n’est pas non plus restée insensible à ces textes :

https://lectriceencampagne.wordpress.com/2016/05/09/lettres-pour-le-monde-sauvage-wallace-stegner-gallmeister-traduit-par-anatole-pons/

 

 

 

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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7 commentaires pour Lettres pour le monde sauvage

  1. Ah ! il est sur ma table, on me l’a prêté et je ne l’ai pas encore ouvert, je m’apprêtais à le rendre…Je crois que je vais le garder encore, alors !

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  2. CultURIEUSE dit :

    Oh un nouveau nature writer! J’aimerais y goûter…

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    • lorenztradfin dit :

      pas si nouveau que ça…. (60 romans et essais… ! mort en 1993…)

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      • CultURIEUSE dit :

        Hahaha, énorme production! Bizarre que je n’en aie jamais entendu parler par d’autres écrivains.

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      • lorenztradfin dit :

        …moi non plus pour être honnête … Libération écrit : …. »en France, jusqu’à présent, ce n’est pas comme écologiste ni comme champion du «nature writing» que nous connaissions Wallace Stegner (1909-1993), mais comme chantre intransigeant du passé. Après Angle d’équilibre, prix Pulitzer, histoire d’une jeune femme, aïeule de l’écrivain, au temps du Far West, les éditions Phébus ont publié de lui un très beau roman d’apprentissage écrit en 1943, la Bonne Grosse Montagne en sucre (2002), titre ratiboisé lors du passage en collection de poche (la Montagne en sucre, Points). La montagne en question représente le rêve américain. Argent, fortune : le rêve du père de Wallace Stegner, un aventurier maladroit. Le jeune Wallace nourrissait d’autres ambitions : «Moi, je voulais partir à la recherche de la civilisation dont j’avais été privé.» La culture, l’université, les livres allaient être son capital spirituel, lors de «cette vie d’après que tu n’as pas connue», écrit-il dans la poignante «Lettre, bien trop tard», adressée à sa mère, alors qu’il va avoir 80 ans….. »

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      • CultURIEUSE dit :

        Ah mais c’est très intéressant, ça. Merci Bernhard.

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  3. Elisa dit :

    extraits émouvants qui donnent envie d’aller plus loin aussi loin que cette nature sublime qu’il décrit. Merci pour la découverte 😃

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