Trois jours et une vie

Le nouveau roman de Pierre Lemaître – qui nous offre, après son goncourisé « Au revoir la haut » (roman « historique ») et une série de romans noirs/ thrillers – un roman entre thriller et épopée humaine dramatique et désenchantée.

Mise en page 1

Antoine, un enfant de 12 ans va tuer le petit Rémi (un acte non-prémédité qui empoisonnera toute sa vie) et le cacher… . Un village entier et la police vont chercher le petit  – et seul Antoine sait ou il se trouve… Est-ce que quelqu’un va découvrir la vérité ? Quand et comment ?  Arès ces trois jours, rien ne sera plus jamais comme avant dans la vie d’Antoine que nous suivons  après les trois jours (un peu avant les faits et les deux jours après) et plus tard aussi – quelques années plus tard…. ou Pierre Lemaître nous retrace dans un récit limpide et efficace la direction que prendra la vie d’Antoine (à jamais sous le joug de la culpabilité et empreint d’une petitesse égoïste et irresponsable….)

Le lecteur est ballotté entre le souhait de voir  Antoine appréhendé et le désir peu orthodoxe de le voir échapper des filets de la justice.

La « vie » du titre préfigure la prison dans laquelle Antoine va s’enfermer….

Je suis tout à fait d’accord avec l’excellent blogueur Nyctalopes quant à la description du contexte social de la population due la petite ville imaginaire dans laquelle le drame arrive :

http://www.nyctalopes.com/?s=Lema%C3%AFtre

« …..Mais la plus grande réussite de « trois jours et toute une vie », c’est d’offrir un beau portrait de la population de cette petite ville au moment d’un drame qui touche toute la communauté. Au centre bien sûr Antoine et sa mère, puis la famille accablée, puis le maire et patron de l’usine, puis l’ensemble de la population réagissant au drame en tentant une solidarité qu’une catastrophe naturelle fera vite exploser. On voit les hiérarchies communales, les rumeurs, les inimitiés, les jalousies, les hypocrisies, les accusations, le rôle encore important de rassembleur de l’église… toute une vie provinciale qui est décrite de façon juste, sans remarques, sans jugements même si en lisant bien la partie consacrée à la messe, on y note des sommets d’hypocrisie, de bons sentiments à gerber du côté clergé comme du côté pratiquants….. »

Voici un extrait de cette peinture : 
Mme Courtin était née ici, c’est ici qu’elle avait grandi et vécu, dans la ville étriquée où chacun est observé par celui qu’il observe, dans laquelle l’opinion d’a utrui est un poids écrasant. Mme Courtin faisait, en toutes choses, ce qui devait se faire, simplement parce que c’était ce que, autour d’elle, tout le monde faisait.Elle tenait à sa réputation comme elle tenait à sa maison et peut-être même comme elle tenait à sa vie car elle serait sans doute morte d’une faillite de sa respectabilité. La messe de minuit n’était, pour Antoine, qu’une obligation parmi toutes celles auxquelles il sacrifiait toute l’année pour que sa mère reste, à ses propres yeux une femme fréquentable. 

L’activité religieuse était assez saisonnière. La plupart des fidèles revenait à la messe lorsque que l’agriculture était en difficulté, quand les prix du bovin entraient en récession ou que les usines de la région préparaient des plans de licenciement. L’église proposait une prestation, on se comportait comme des consommateurs. Même les grands événements cycliques comme Noël, Pâques, ou l’Assomption n’échappaient pas à cette règle utilitaire. C’était la manière, pour les adhérents, d’acquitter l’abonnement leur permettant, dans l’année, de recourir aux services à la demande.

On lit les quelques 300 pages très très rapidement. Le roman avance plutôt doucement, à des km lumières des trépidants polars qu’il sait écrire et loin aussi du fresque qui lui a valu le Goncourt. Style simple d’apparence, mais toujours hyper-précis. Ce n’est pas une lecture indispensable mais une belle petite réflexion sur le poids de la culpabilité vu avec les yeux d’un petit garçon vivant seul avec sa mère… et parfait complément dans une période riche en heures de traduction.

Une critique-analyse (parfois vraiment trop intellectualisant) du livre :

https://blogs.mediapart.fr/bernard-gensane/blog/020316/le-nouveau-roman-de-pierre-lemaitre

qui a fait réagir un lecteur qui commente ainsi : »Nul doute que Pierre Lemaitre ne se reconnaîtra pas dans ce fatras de qualificatifs, qui découragent vraiment de lire ce roman. »

A propos lorenztradfin

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5 commentaires pour Trois jours et une vie

  1. Yv dit :

    Je n’avais pas trop aimé un ou deux de ses polars, j’ai lu son Goncourt en BD, mais je ne sais pas si je relirai l’un de ses romans

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  2. lorenztradfin dit :

    La critique du « Monde » écrit aujourd’hui que ce livre est décevant. J’ai juste apprécié parce que bcp de travail actuellement et besoin de « easy reading » mais il manque certainement de consistance.

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  3. Je n’ai encore rien lu de Lemaître ( y compris son Goncourt ) , mon côté « je fuis la foule » ( ! ) 😉
    A garder je pense, quand il sera en poche pour les jours où on tend vers la facilité !

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