Les 3 M de AK – Mythologie, Mémoire et Métaphores

Après une semaine dolipranée et chahutée par une avalanche de mots à traduire – un petit retour à une exposition qui lm’a fait forte impression (j’en suis sorti remué et « instruit ».  https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cXbjLAg/rzyenbE#undefined

Anselm Kiefer au Centre Pompidou.

Anselm Kiefer né en 1945 à Donaueschingen (Allemagne), vivant (et travaillant) depuis les années 1990 en France se trouve au centre d’une grande rétrospective au Centre Pompidou. Mon amie blogueuse Martine en a déjà parlé fort bien il y a quelques semaines. https://culturieuse.wordpress.com/2016/01/11/anselm-kiefer-1945-%C2%A7-lola-bensky-de-lily-brett/

(Photos sauf indication contraire ont été prises par moi-même)

C’est avec une salle consacrée aux symboles héroïques (début des années 70), tableaux dans lesquels très souvent un petit personnage – soit avec le salut hitlérien ou une branche en feu – sont soit « écrasé » par des paysages vides ou encerclé d’arbres d’une forêt (comme p.ex. Mann im Wald) que débute l’exposition mammouth des œuvres de ce grand allemand.

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Heroisches Sinnbild III (1970 – 71) (95 x 149 x 8,2) qui fait à mon avis (aussi) référence à la peinture de C.D. Friedrich – Mönch am Meer – un peintre qui l’a marqué)

Mönch am Meer   (trouvé sur le net)

…. et on suit l’évolution de l’oeuvre jusqu’aux tableaux immenses comme p.ex. Paul Celan – Aschenblume – Fleur de cendre (2006 – 330 x 760 x 40cm !)- huile, émulsion acrylique, shellac et livres brûlés sur toile) :

Superposition de matériaux, représentations fascinantes, repoussantes aussi, séduisantes et toutefois inquiétantes, provocantes, ambiguës…..Épaisseurs comme des stratifications géologiques (et/ou couches – de temps aussi)…..

(extraits de « palette am seil »)

Une des questions qui guident le travail de Anselm Kiefer est : « Quel art peut exister après le nazisme ? Comment peut-on encore faire de l’art après les camps de concentration…? »

Pas étonnant donc que l’impression général est d’une noirceur quasi-pesante.

Ce n’est que vers la fin de l’exposition que l’artiste change de palette vers des couleurs plus lumineuses

Mythologie, mémoire, métaphores sont les mots leitmotiv de cette exposition à mon sens.

Picture7 (Margarete – 1981 : 280 x 400 mm) photo tirée de : http://paintbig.blogspot.fr/2007/11/kiefer-painted-big.html

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L’utilisation par Kiefer de la paille  (les cheveux d’or de Margarete du poème Fugue de la mort de P. Celan) était fascinant à observer.

Le tableau devant lequel je suis resté le plus longtemps : « Les ordres de la nuit » (1996 – 356 x 463 cm) – il y avait qqchose de magiquement sombre et toutefois d’une belle sérénité.

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« Les tournesols sont devenu un sujet mythologique depuis Van Gogh. Mais il ne faut pas seulement s’arrêter à lui. Pour moi, le tournesol, quand il est mûr et lourd, penché vers le sol, avec les grains devenus très noirs au milieu de sa couronne, eh bien j’y vois le firmament, avec le étoiles. Ce n’est d’ailleurs pas chose nouvelle. Robert Fludd a établi une conjonction précise entre les étoiles et le plantes. selon lui, il n’y a pas une seule plante sans une étoile qui lui corresponde dans le ciel. De sorte que les plantes sont influencées, guidées par le étoiles. C’est une très belle idée. Toutes les choses sont reliées entre elles, sur la terre, mais aussi dans le cosmos. » (A. Kiefer interviewé par Bernard Comment, artpress)

Un extrait du livre « Le Livre des Nuits » (Sylvie Germain – Editions Gallimard, 1985. page 324. – lu  sur le blog  https://leslecturesdasphodele.wordpress.com/2016/03/23/extrait-du-livre-des-nuits-de-sylvie-germain-2-fin-et-blabla/   va comme une belle et lourde voilure à ce tableau :

« Sachsenhausen. Sachsenhausen. Il subissait l’épreuve de la nuit absolue, – la Nuit  où tout a disparu. La Nuit de l’aboli et il était assigné à une pure insomnie, à une présence folle saturée d’absence. Il ne pouvait pas ne pas être là – nulle part à veiller heure par heure – dans le jamais, l’impossible. Il ne pouvait pas ne pas voir, voir cela même qui ne se laisse pas voir,  voir le néant même de tout voir. Il voyait la Nuit, encre tout à la fois opaque et translucide, encre d’avant toute écriture, ou bien d’après. Nuit-d’encre noire où plus rien ne s’écrit, ne se dit, ne se lit. Nuit-d’encre illettrée où plus rien ne se passe. « 

Une exposition qui ne rend pas joyeuse mais dont l’écho résonne encore aujourd’hui, quelques semaines après cette visite : Indispensable.

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour Les 3 M de AK – Mythologie, Mémoire et Métaphores

  1. Bel article, beau complément à celui de Martine, je trouve…

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Anselm Kiefer (1945) § « Lola Bensky  de Lily Brett | «CultURIEUSE

  3. Elisa dit :

    Je viens également de visiter cette exposition et j’en suis également sortie chavirée. L’oeuvre est d’une telle puissance qu’il arrive à nous montrer la vie, la mort et le sublime dans les décombres. Merci pour l’article qui me fait revivre ces émotions 🙂

    Aimé par 1 personne

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