En attendant Bojangles

La surprise éditoriale de 2016 ?

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« En attendant Bojangles » de Oliver Bourdeaut (chez Finitude http://www.finitude.fr/ )  – Prix du Roman des étudiants France-Culture/Telerama et Grand Prix RTL/Lire 2016 – lu dans le train Grenoble-Paris-Grenoble…

Un premier roman couvert d’une pluie de louanges par la presse, les libraires et le public : drôle, attachant, tendre, arrachant les larmes, fait rire, rêver et pleurer à la fin, sourire aux lèvres, imaginaire poétique….  (= quelques expressions tirées de la page web de l’éditeur)…. Hum, c’est rare que je cite Le Figaro – mais là un article glané dans le net tombe bien :

« …..Avec déjà 80.000 exemplaires vendus en librairie selon son heureux éditeur (Finitude), le premier et bref roman d’Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles est le succès éditorial français de cet hiver. Flanqué d’une magnifique couverture, écrit dans une langue classique et très maîtrisée, il narre un amour fou contemporain entre un homme et une femme du point de vue de leur enfant, trop heureux d’avoir pour parents deux fêtards inconditionnels qui ont décidé de profiter de la vie plutôt que de travailler, payer leurs impôts, s’occuper du lendemain et s’intéresser aux autres. Sans oublier la présence à demeure d’un animal de compagnie plutôt rare dans les appartements parisiens: une splendide grue (baptisée Mademoiselle). Un monde merveilleux, un peu irréel, qu’obscurcit une réalité dramatique: madame est folle. Totalement, irrémédiablement, définitivement folle.   » (5.3.2016  http://www.lefigaro.fr/livres/2016/03/05/03005-20160305ARTFIG00026-le-clash-culture-pourquoi-tout-le-monde-lit-il-olivier-bourdeaut.php )

C’est un petit bijou qui brille en effet (156 pages très faciles à lire), mais qui est peut-être aussi un peu trop clinquant et/ou lisse …. Il m’a un peu déconcerté pendant les premières 50 pages avec ses personnages loufoques (père, mère, fils, la grue Mademoiselle Superfétatoire ainsi que quelques personnages périphériques dont l »Ordure » – sénateur et ami de la famille) et leur vie tellement à contre-courant de la pensée « normalisée » (de plus, je ne suis pas habitué à lire des romans « légers » et me demandais pendant ces 50 pages ou tout ce « cirque » m’emmènera). De plus (ou surtout), tout est raconté du point de vue du garçon d’une bonne dizaine d’années (ce qui m’a gêné : il parle un peu trop bien à mon goût en belles images et trop faussement naïves; et se trompe souvent dans l’utilisation d’expressions courantes – procédé narratif qui a été déjà utilisé par Boris Vian). Heureusement, ses pensées et récits de petites scènes quotidiennes sont, de temps à autres, suivis d’extraits du journal (et futur livre du père), extraits (« rectificatifs ») qui permettent au lecteur de voir derrière la façade de la rigolade et de la vie décousue, nous donnent une vue d' »adulte ». Et ces extraits (en italiques dans le texte) confirment ce qu’on croyait déjà avoir comprise dans l’émerveillement du garçon : ici nous avons affaire à un couple qui vit un amour plus grand que nature après un coup de foudre pétaradant….

« Après l’histoire des garages, mon père n’avait plus besoin de se lever pour nous faire manger, alors il se mit à écrire des livres. Tout le temps, beaucoup. Il restait assis à son grand bureau devant son papier, il écrivait, riait en écrivant, écrivait ce qui le faisait rire, remplissait sa pipe, le cendrier, la pièce de fumée, et d’encre son papier. Les seules choses qui se vidaient, c’était les tasses de café et les bouteilles de liquides mélangés. Mais la réponse des éditeurs était toujours la même : « C’est bien écrit, drôle, mais ça n’a ni queue, ni tête. »  Pour le consoler de ces refus, ma mère disait :
— A-t-on déjà vu un livre avec une queue et une tête, ça saurait ! Ça nous faisait beaucoup rire. » (p. 12) 

Peu à peu le récit glisse vers le tragique et triste sans verser dans le pathos (la folie de la mère se déclare d’une manière qu’on ne peut plus ignorer – elle devient une « déménagéé du ciboulot » :

« Les médecins nous avaient expliqué qu’il fallait la protéger d’elle-même pour protéger les autres. Papa m’avait dit qu’il n’y avait que les médecins de la tête pour sortir des phrases pareilles. Maman était installée au deuxième étage de la clinique, celui des déménagés du ciboulot. Pour la plupart, le déménagement était en cours, leur esprit partait petit à petit, alors ils attendaient calmement la fin du nettoyage, en mangeant des médicaments. Dans le couloir, il y avait beaucoup de gens qui semblaient pleins et normaux à l’extérieur, mais qui en fait étaient presque vides à l’intérieur. » (p.73)

En effet, on se balade d’un sourire (d’autres rient peut-être) vers une certaine mélancolie, pour retrouver le sourire peu après… Un exemple, vers la fin : un moment tragique, qui a peut-être fait pleurer les Madeleines, l’auteur nous souffle un peu d’air chaud humoristique avec la description (c’est le garçon qui parle) d’un prêtre avec « une seule mèche de cheveux qu’il avait roulée tout autour de son crâne pour paraître moins vieux. Sa mèche était tellement longue qu’elle partait du milieu de son front et faisait tout le tour, pour finir coincée derrière une oreille….Mais avec le vent, sa mèche se détachait tout le temps, elle s’envolait dans tous les sens, il essayait de la rattraper pour la ramener derrière son oreille, du coup il n’était plus du tout concentré. Il priait, s’arrêtait pour chercher sa mèche dans l’air avec la main, recommençait à prier avec un air distrait et sa mèche à nouveau s’envolait. Ses prières étaient hachées et son crâne aéré, on n’y comprenait plus rien. Papa se pencha vers l’Ordure et moi pour nous dire que son antenne de cheveux lui permettait de rester en contact permanent avec Dieu, et qu’avec le vent, il n’arrivait plus à capter le message divin…. » (p. 133-134)

Le titre du livre est lié à une chanson de Nina Simone sur laquelle les parents aiment danser – et qui, en effet, est bien choisie pour encadrer le livre, douce-amère, triste et gai en même temps – comme le texte.

« I knew a man Bojangles

And he danced for you
In worn out shoes
With silver hair, a ragged shirt
And baggy pants, the old soft shoe
He jumped so high, he jumped so high
Then he lightly touched down

 Mr. Bojangles, Mr. Bojangles
Mr. Bojangles, dance ! »
Dommage qu’on « tombe » page 135 sur une vilaine « fôte » : « Je me demandais bien où il pouvait allait puiser toutes ces histoires. »
Pour clore – parfaite lecture pour un voyage en train, certainement aussi comme un petit cadeau pascale …. une musique  qui résonne, mais qui ne laissera pas une trace profonde en moi. Je me souviendrai certainement du ton, de ce mélange de mélancolie teintée de gaieté et féerie hors du temps (le seul indice temporel : l’introduction du contrôle technique des voitures – selon mes recherches en 1992 – voir les « garages » du père…)… et je suis sur et certain qu’on verra ce livre mis en images au cinoche dans deux ans…  Je garderai l’auteur à l’œil.

A propos lorenztradfin

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6 commentaires pour En attendant Bojangles

  1. Inévitable, celui-ci, semble-t-il. Envie !

    Aimé par 1 personne

  2. Yv dit :

    Ah, j’ai hésité, j’aurais peut-être dû le prendre… bon je le lirai plus tard

    J'aime

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