L’avoir dans la peau

 

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« Les histoires d’amour finissent mal, en général » (Rita Mitsouko) – ou de la guérison oublieuse par l’écriture.

Une jeune femme (écrivaine qui peine à survivre en tant que caissière) va, presque contre son gré, tomber amoureuse d’un homme (beaucoup) plus âgé qui sort d’une relation dont il n’arrive pas à se défaire. Elle est « la bonne personne au mauvais moment en gros » (p. 143).

E. Richard est née en 1985 – elle a donc 30 ans – et elle nous décrit une histoire « banale » qui a lieu de nos jours et avec les codes d’aujourd’hui (il y a Meetic, des séries comme « Hit&Miss », des films comme « Margin Call » ou « Oslo, 31 août », la bande son punky avec Thee oh sees, Young Fathers, Artic Monkeys, Gesaffelstein (liste p. 156)…. Les sentiments et bouleversements décrits ne diffèrent toutefois en rien du tout d’une Annie Ernaux ou d’une Camille Laurens… essayer de comprendre …. « Comment passe-t-on de l’indifférence au mépris à la  curiosité, puis au désir, et enfin au sentiment amoureux ? » (p.16), tenter de mettre de l’ordre dans ses souvenirs, de hierarchiser, de trouver le fil…. » Le temps gris est certain mais la chronologie, battue en brèche par le recouvrement du sentiment ancien par la suite de l’histoire, est fragile;, incertaine, ensevelie sous les mues de mes résistances successives. Un coup d’œil par-dessus l’épaule et ce qui me paraissait panoptique devient soudain confus . N’est plus que décombres. Deuxième rendez-vous ? Oui, plus vraisemblablement. En fait, je ne sais plus. » (p.70)

Émotions, subtilité belle et âpre (comme une – triste – chanson de Tom Waits) … J’étais bien captivé par ces 222 pages – dont certaines uniquement avec une liste des adjectifs LE caractérisants, ou parfois juste quelques mots :

« Mince. Ta grande silhouette mince. Un haïku boxé. » (p. 137).

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Disons que j’étais bien captivé jusqu’à la page 200 pour ensuite être moins pris par la valse-hésitation, davantage intéressé donc à la naissance des sentiments, à la description de « la grâce de cet instant quand ça bascule... »

Des mots crus (et vrais) pour les relations sexuelles…. qui virent au cours du récit de « baise » à « faire l’amour ».

Intéressant la fragmentation du récit entre rétrospection, présent, changement des « il » (pour désigner cet homme) au « tu as »…. et toujours, toujours des passages (pour moi) bouleversants…. (j’adore la « main meuglant ») :

« …. à ne pas savoir si j’ai le droit de l’embrasser, à marcher dans les rues côte à côte, ma main criant famine, ma main voulant être nourrie par son contact, ma main meuglant que s’il ne la prend pas en continue  alors ça veut dire qu’il ne veut toujours pas de moi, qu’il y a l’autre encore, l’autre toujours, ma main affamée d’espoir de son amour pour moi. » (p. 122)

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Par ailleurs, ce qui est « drôle » aussi dans ce roman : l’homme est traducteur….. le roman aurait donc pu faire l’objet d’une critique dans le thème « Face au miroir » de la revue Traduire (n° 226) qui décrypte la restitution de l’image du traducteur dans la littérature.

E. Richard a emprunté le titre de son roman à une chanson de Dominique A. dont le texte est un bon résumé du livre :

https://www.youtube.com/embed/wfxEI7035Ac »> 

Comme tu as su attendre
Comme tu lui as parlé
Et comme elle résistait
Elle voulait se défendre
Et c’était presque beau
De vous voir, presque beau
Ta patience infinie
Ses « non, « oui », « pas ici ».
Un jour ça s’est passé
Elle voulait dans ta chambre
Et tout a bien été
Et tout était très tendre
Mais après, comme toujours,
Ça t’as rendu tout chose.
Elle s’est lavée vite fait
Tu savais bien comme c’est mais

Qu’est ce que tu ne ferais pas pour
la peau ?

Ton sang chauffé d’un coup
Tu le sens cavaler
Te porter n’importe où
Te faire faire un peu tout, sans frein
Là, tu es dans un lit
Où ton sang t’a mené
Et la fille est jolie
Et après, vous parlez
Et tu dis « j’ai quelqu’un »
Tu dors sous d’autres draps
Depuis longtemps déjà,
C’est pourquoi tu es là
Avec ton sang qui dort
Sous tes mains, sous ta peau ;
Ton sang paisible enfin
Paisible, lui au moins.

Qu’est ce que tu ne ferais pas pour
la peau ?

https://www.facebook.com/emmanuellelaurarichard

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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