Duo cinématographique

« Mia Madre » (Moretti) – « Un + Une » (Lelouche)

Pot-pourri d’images et d’émotions dans deux styles complètement différents.

« Mia Madre » – avec une impériale Margherita Buy (vue il a deux ans dans « Je voyage seule » – Tognazzi – beau film sur une femme qui teste des hôtels de luxe dans la quarantaine qui se pose des questions sur sa vie vide) qui incarne ici une réalisatrice en plein tournage d’un film (avec un acteur américain d’une nullité absolue – incarné par John Turturro) pendant que sa mère est en train de mourir à petit feu. S’ajoute à ce cocktail le fait qu’elle décide de quitter son compagnon, constate des problèmes de communication avec sa fille (qui elle est ballottée entre sa mère et son père divorcé) et qu’elle se pose pleines de questions sur son métier ….

De ce cocktail Moretti nous fabrique un film qui ne permet pas d’entrer immédiatement dans le fil du récit. Nous y étions à 10 amis/copains! dans la salle obscure – avant un grand repas pantagruélique) : pour les uns – dont moi –  cette entrée en la matière a duré 10 minutes, pour d’autres une demie-heure, avant que la « sauce » a pris… C’est que des retours en arrière, des séquences de rêve/cauchemars, des instantanés du film de la réalisatrice en train de se faire, les moments au bord du lit de la mère à l’hôpital, des ellipses, des fragments de souvenirs …. s’enchaînent et transforment l’amusement qui pointe le nez lors d’une séquence sur le plateau du film en train d’être tourné en mélancolie et émotion dans d’autres scènes… sans pour autant que Moretti charge la barque. Non, c’est le contraire même (admirablement maîtrisé) : il arrive à faire monter une émotion par le simple montage et parfois le hors champs (exemple : la mort de la mère ne sera pas montrée. La caméra focalise la petite-fille dans son lit, elle se réveille quand le téléphone sonne en pleine nuit, elle allume la lampe de chevet et écoute son père parler au téléphone… on comprend que c’est fini… »Je vais la réveiller pour lui dire » – mais la caméra n’ayant pas quitté des « yeux » la fille ne peut qu’enregistrer son « deuil » et se cache sous la couverture et on voit l’édredon secoué par les pleurs…)  Il y a bcp de scènes du même acabit, simples, fines, intelligentes.

N’oublions pas que Moretti himself joue dans ce film aussi – son personnage – le frère de la réalisatrice – est un peu moins bien dessiné, on n’en saura pas bcp sur lui , il reste mystérieux…

Enfin une superbe bande son (Leonard  Cohen, Arvo Part, Philippe Glass….)

Last but not least il y a des images et réflexions sur la transmission (la grande mère – prof de latin que ses étudiants n’ont jamais oublié – donne – tout en respirant dans sa masque à oxygène des explications sur la traductibilité et la beauté du Latin (à quoi elle sert cette langue morte?), l’acteur américain qui se débrouille mal en italien et affabulé d’un interprète qui se fait chambrer souvent…

A mon âge les situations décrites par Moretti arrivent plus vite qu’on ne le veuille – cette année chez M. et A. – chez moi  ma mère (88) qui vient d’avoir un AVC grave …. le spectateur (moi & elles) se reconnait (-aissent) rapidement dans les gestes, paroles et interrogations (souvent muettes) des protagonistes… et heureusement Moretti alterne les scènes pour désamorcer un trop plein d’émotion …. Le film est plus complexe que « La chambre du fils » et crée moins un sentiment de tristesse que ce dernier, ce qui peut le rendre moins accessible à première vue, mais restitue parfaitement la solitude face à la perte….

« Un + Une » 

C’est une autre pair de manche …

Je n’ai pas vu beaucoup de films de Lelouche – mais j’en gardais en tête qu’il y a toujours des scènes, des moments « à sauver » …. Les premiers dialogues parsemés de petites phrases sur les femmes, sur l’amour (et les boomerangs (!) aussi…laisse penser qu’on pourra apprendre / comprendre même pourquoi/comment on tombe amoureux,  pourquoi un couple dure/ou pas? Mariage ou non ?

Que nenni ! Lelouch fait du Lelouch…Jean Dujardin joue un compositeur de musique de film qui se déplace avec un mal de tête (je suis sur qu’il n’a pas respecté les 3 gr max par jour …on apprendra que c’est un caillou de sang qui se balade) de Paris (ou il laisse sa dernière conquête pianiste toute seule sans répondre à sa demande à elle en mariage) en Inde. Le réalisateur du film qu’il doit sonoriser va l’emmener à une soirée chez l’ambassadeur (C. Lambert – très jaloux ! – et by the way triste à voir et avec une voix d’outre-tombe) dont l’épouse  (Elsa Zylberstein) va être assise à côté de J. Dujardin (il va la faire rire, elle lui apprend des choses « profondes » sur l’Inde – apprenant que E.Z. est censée être une prof de philo’ on est quand même étonné du peu de consistance de son discours) et on sent que ça marche(ra) entre les deux (ahh la séduction cynique et macho à la Dujardin ) …. Bientôt on va retrouver les deux tourtereaux lors d’un voyage à travers l’Inde (train, bateau, mobylette) sur le chemin vers Amma    https://www.letemps.ch/culture/2015/12/14/un-mystere-nomme-amma  la « balayeuse du mental » qui prône « la religion de l’amour » sensée à permettre à Elsa d’avoir un bébé avec son mari et à notre Dujardin national de ne plus avoir mal à la tête….Voyage avec  son lot de couleurs à la pelle, couchers de soleil, les images prises sur le réel parmi les centaines que dis-je milliers de pèlerins…(colorées et exotiques) parsemé là aussi sur fond de violons les messages sur le sens de la vie, un peu aussi du temps qui passe, du pouvoir des pensées positives, l’Éternité, l’Univers… etc…. jusqu’à ce que les deux vont enfin coucher ensemble – ce qui va déclenché la ire de l’ambassadeur…. et tout ce qui s’ensuit….avec un happy end en plus.

Il faut se laisser bercer par les images, pas trop poser de questions et dans ce cas on ne sort pas furieux de la salle obscure…. mais je dois dire que je n’ai que rarement vu ces derniers temps-ci un film bourré d’autant situations et réflexions invraisemblables…. tout en me disant que Lelouche est quand – même doué pour faire des roman photo….

Si on veut apprendre un peu plus sur l’Inde – mon ex-collègue L.T. bonne connaisseuses du pays acquiescera peut-être – Laurent Jaoui a fait un intéressant documentaire qui passait dimanche soir sur LCP :http://www.lcp.fr/emissions/grand-ecran/vod/145198-le-destin-de-l-inde-partie-1

 

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
Cet article, publié dans Cinéma, est tagué , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Duo cinématographique

  1. Bon, j’ai une tendresse particulière pour Moretti, un « pas comme les autres ». « La chambre du fils » est bouleversant, et terrifiant aussi, ce film m’avait rendue presque malade. Pour celui-ci, je me sens armée, surtout si tu dis qu’il est moins triste. Lelouch, je passe mon tour. Biz, camarade !

    J'aime

  2. lorenztradfin dit :

    « moins triste » – en effet. Y’a pas photo entre les deux films de ce côté là puisque Moretti désamorce continuellement… Par ailleurs, sur les dix qu’on était deux le trouvaient trop long, trois (hommes – peu cinémato-centrés) n’y voyaient aucun intérêt (sic !)…. Tu nous diras ?! Et Lelouch – en effet pas la peine de se déranger … c’est juste une bluette qui m’a permis de passer ma soirée d’anniversaire dans une bulle exotique….passablement champagnisée…. Bizz !

    J'aime

  3. CultURIEUSE dit :

    J’ai vu Mia Madre et, sans le trouver mauvais, je n’ai pas accroché. Mais Turturro et Buy sont excellents. Lelouch, j’y crois pas trop non plus…

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s