Illska – Le Mal

Livre Total !

Illska

« Salut ! Ohé ! L-I-S-E-Z ! Hé ? Vous êtes toujours là ? Ici le texte. Nous sommes le texte. Je vais vous parler en long et en large du Troisième Reich. Ne fermez pas le livre !   Voici une première tentative de mise en perspective. Dix-sept millions d’êtres humains, c’est la population du Chili….. Si dix-sept millions d’êtres humains se tenaient debout les uns derrière les autres, ils feraient tout juste le tour de la lune. Enfin, s’ils n’avaient pas été massacrés. » (p.15).

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Je viens de sortir d’un livre impossible à résumer, un maelstrom de mots, d’histoires, de récits, de documents remue-méninges, et de plus en lien avec l’actualité…. (vive les élections régionales ce week-end…. et le « barrage » (?) contre le FN… »Les populistes vous racontent ce que vous avez envie d’entendre. Si vous êtes chauvin, ils vous servent du chauvinisme, et si vous préférez les discours humanitaires à tendance postmoderniste, ils vous donnent de l’humanitaire postmoderne. Ils se tiennent du côté de la majorité, ils reflètent la majorité.. » p. 53 )

C’est l'(h-)Histoire de trois jeunes gens ancrée dans celle (H) du 20e siècle. Lieux :  Lituanie, Islande, Europe…. Rajouté à cela l’Holocauste ainsi qu’une histoire d’amour/haine triangulaire…. Sur cette pâte levée là, l’auteur tente de saisir, de décrire et/ou de mettre en question le Mal de l’Homme et/ou le Mal dans l’Homme. S’y ajoute la tentative de lier le Mal et l’attraction sexuelle aussi…. sachant que le mal extrême étant la destruction massive  perpétrée par les nazis contre les juifs, les tziganes et tous ceux qui pensent autrement ou qui dérangent, le mal « banal » étant entre autre l’oubli aussi….(« Si la Seconde Guerre mondiale nous a enseigné quelque chose, elle nous a appris l’oublie. A oublier de ne pas oublier. A ne pas oublier de ne pas oublier. A ne pas laisser retomber la pâte. » (p.107) ) .

Vous vous dites : Pas mal de sujets et complexe le tout…. oui, mais vous ne connaissez pas Eirikur Örn Norddahl et sa capacité admirable de mettre tout cela dans un cadre formel (4 grand chapitres 597 pages)  qui canalise et agence le maelstrom … et ça passe comme une lettre à la poste…. grâce au style aussi, les changements de perspectives narratives, la construction en petits paragraphes qui font alterner l’horreur (du passé) et la légèreté (toute relative du présent) – par ailleurs la traduction est phénoménale  (Eric Boury) puisqu’elle retranscrit tous les niveaux de langage avec une aisance à faire pâlir le traducteur-lecteur que je suis.

http://ericboury.blogspot.fr/

Il y a Ómar, Agnes et Arnór… Omar aime Agnès qui aime Omar et Arnor, néo-nazi…… ( » On pouvait imaginer qu’Agnès avait entrevu la part d’humanité d’Arnor…. Mais peu importe que cette facette ait existé ou non chez Arnor – bien caché tout au fond de ce pauvre type -, Agnès n’avait rien entrevu de tel chez lui. Bien au contraire, ce qu’elle avait vu était la bête sauvage – et elle voulait que cette bête la prenne avec sa bite. Longuement, sauvagement, frénétiquement. »  (p.166) et elle va tomber enceinte de l’un et/ou de l’autre (?)… Omar va découvrir leur liaison (ahh, la découverte du cockring – (anneau pénien) de Arnor et les interrogations de Arnor « Qu’aurai-je fait si je les avais surpris ensemble ? Qu’aurai-je fais si j’avais Arnor juché sur Agnès ? Ou même Agnès sur Arnor?...(p.74) )… et Omar va brûler la maison dans laquelle il a vécu avec Agnès pour ensuite fuir à travers l’Europe  avant de « retrouver » Agnès en Lituanie.

Agnès, quant à elle, écrit une thèse sur le fascisme / nazisme aujourd’hui et dans le passé….  « Je compte mener une étude du populisme de droite dans le monde politique islandais en établissant des comparaisons avec des courants semblables dans l’univers politique européen.... »  (p.123)  Agnès est, en regardant sa généalogie, originaire d’un village en Lituanie (Jurbarkas http://www.yadvashem.org/untoldstories/database/index.asp?cid=384) de parents à la fois juive et nazi  (gare au poids sur les épaules de la Miss). Il y aura un massacre des juifs dans ce village pendant la 2e guerre mondiale au cours duquel l’un des grands-parents d’Agnès va tuer son autre grand-père….(la description du massacre est éprouvant !….- même si grâce au style/talent de Norddahl le récit sera émietté, avec des paragraphes qui alternent les uns avec/dans les autres, en passant sans cesse du présent au passé … ce qui adoucit l’horreur…)

Ce qui est fou dans ce roman c’est le ton parfois doctoral de l’historien documenté, parfois d’une banalité d’une conversation entre copains, banale (-comme l’est la banalité du mal…) … ce sont les récits imbriqués, les changements (souvent abrupts, parfois cyniques et/ou humoristiques), les variations du « je » qui ne désigne pas toujours la même personne non plus… et tout cela est aussi complexe que cela a l’air mais tellement maîtrise qu’on suit, qu’on se laisse happer et n’en sort plus… avec aussi la question  « et à la fin vont ils rester ensemble et s’aimer? »

« Environ deux mille personnes ont trouvé la mort pendant l’écriture de ce livre. Ou plutôt deux cent mille. Six millions de Juifs. Dix-sept millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Presque quatre-vingts millions d’êtres humains. Le monde ne sera plus jamais le même. Mais non je rigole ! « (p. 11).

Le quatrième chapitre (sous le signe aussi de Snori – le fils de Agnès) nous offrira un feu d’artifice final avec une danse de variations de happy ends potentiellement possibles soulignée par la vraie » fin…..

Je ne fais ici que gratter à la surface de ce livre que je conseille à tout le monde. Certes le sujet n’est pas drôle (l’écriture l’est souvent par contre)… On peut aussi avoir un « coup de mou » (il y avait à un moment une sorte de trop-plein plus quelques « répétitions circulaires »), mais on ne peut pas échapper à cette langue étourdissante, aux dizaines de sujets et thèmes qui nous concernent tous…  ainsi qu’à la découverte d’Islande (ah la crise financière….) Et à défaut de me répéter : un grand bravo au travail de Eric Boury !

Merci à la livrophage qui m’a donné envie de lire ce livre….

https://lectriceencampagne.wordpress.com/2015/11/16/illska-le-mal-eirikur-orn-norddahl-editions-metailie-traduit-par-eric-boury/

et quelques mois plus tard une rencontre avec l’auteur:

https://lectriceencampagne.wordpress.com/2016/05/25/quand-les-assises-internationales-du-roman-delocalisent-rencontre-avec-eirikur-orn-norddahl/

 

 

 

 

 

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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4 commentaires pour Illska – Le Mal

  1. Mon très cher ami, je ne peux qu’adhérer, te remercier pour le lien, et se mettre à deux pour dire à tous : LISEZ CE LIVRE NOM D’UN CHIEN !!! Et au final, comme toi, chapeau bas à Eric Boury.

    Aimé par 1 personne

  2. CultURIEUSE dit :

    En pleine lecture….je dis déjà : extraordinaire, indispensable et brillant!

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