Pépaul parti

Mon beau-père vient de partir pour toujours….

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le jour de l’anniversaire de sa fille – en présence de la famille – nos enfants étaient venus de Paris pour fêter un anniversaire – maintenant on va fêter la VIE….

Quand je l’ai rencontré en 1981 il me parlait toujours de « Bosch » et je comprenais « boches »…. un quiproquo qui pendant des années nous a bien fait rire ….  Depuis 5 ans il a perdu le Nord habitant d’Alz’ qu’il était devenu….

Les paroles que G. va dire en sa mémoire lors de la cérémonie le mardi 13.10 – tout est dit :

Papa est né en 1925 à Commentry, une petite ville industrielle du Bourbonnais dont le titre de gloire est d’avoir élu le premier maire socialiste du monde en 1882. Il a vécu son enfance avec Joseph et Pierre dans l’appartement situé au-dessus de l’épicerie que tenaient ses parents au pied des Forges. A quinze ans, la ligne de démarcation lui fait quitter le pensionnat – Saint-Gilles – pour aider son père au magasin. Cette période -peu enthousiasmante à ses dires (on le comprend !)- ne dure pas longtemps. L’horticulture l’accueille pour un long périple le menant de Chateauroux à La côte d’Azur en passant par la Drome, le col du Rousset et Grenoble qu’il découvre à vélo quand les Grands boulevards ne sont encore que des fortifications. Indépendant, déjà lecteur du Monde, anticonformiste, « On the road » comme Jack Kerouac.

Pourtant, il ne sera pas un beatnik : la Lorraine et la toute jeune CECA l’appelle pour industrialiser la France. De retour au pays pour le mariage de son frère ainé, le galant sidérurgiste de la Sollac séduit une belle cavalière : T.. Respectueux de la tradition familiale, c’est au pied des Hauts-Fourneaux de Florange, que naitront et grandiront Y, A et C dans une maison d’ouvrier dotée d’un charmant jardin, des années très heureuses, bien bien avant que Mittal ne rachète Arcelor. Pierre Mendes-France et la décolonisation l’enthousiasment. L’envie de soleil grandit.Grâce à son frère, Papa trouve un travail d’enquêteur à Marseille. Il visite propriétés agricoles, artisans et industries des Bouches-du-Rhône pour récolter les informations qui serviront à aménager le territoire. Papa déborde d’enthousiasme pour son travail … et pour d’autres choses, un quatrième est en route. Les accords d’Evian que nos parents appellent de leur voeux scellent leur sort. Il leur faut laisser leur appartement à son propriétaire expulsé d’Algérie. Après une longue recherche, c’est à Grenoble que Papa trouve un logement à louer, à quelques centaines de mètres du campus en construction – toujours l’aménagement du territoire mais aussi le rêve de voir ses enfants suivre les études qu’il n’a pu faire lui-même. Papa sillonne le sud-est de la France pour vendre des abrasifs aux industriels : la fascination pour la production, la curiosité, le contact chaleureux et le bagout plus que la fibre commerciale qui ne fait pas partie de ses valeurs.

1967, la famille s’installe dans un grand et nouvel immeuble à Saint Martin d’Hères, refuge des exilés de France, d’Espagne, d’Italie, d’Egypte et d’Algérie et, un peu plus tard, du Vietnam. Le téléphone entre dans le foyer après 5 années d’attente. Avec l’association de parents d’élèves et le catéchisme, maman entre dans le militantisme – l’Union de Quartier et l’alphabétisation des étrangers – tandis que Papa se consacre à ses enfants au retour de ses périples régionaux : « on the road » encore. Il s’emportait parfois contre nous mais jamais lorsque nous vivions des coups durs, il était alors très attentif, prenait les décisions qui soulagent et trouvait les mots qui font grandir.

La crise surgit et, avec elle, une période de chômage. L’amertume vis à vis d’un employeur qui multipliait ses réseaux commerciaux pour réduire les charges salariales n’avait d’égale que le courroux contre Raymond Barre. A contrario, Michel Rocard faisait rêver et Arlette Laguiller soulageait. Et toujours l’entente et la tendresse réciproque avec maman. 

Rovon, d’abord comme un simple jardin puis comme une maison en construction, fut une façon de retrouver une utilité sociale et de préparer l’agrandissement de la famille. Un havre de vie et de paix où se resserra la fratrie – désormais étendue aux conjoints – et se scella l’unité de la cousinée.

Alzheimer pointant son nez, ce fut le retour à la ville au bout de 20 ans, pas Saint Martin d’Hères mais cours Berriat une artère commerciale de Grenoble. Nous nous en étonnions mais je crois que vivre en plein centre ville était un idéal que maman et toi aviez depuis longtemps. Les derniers démons, incarnés par Pompidou, Raymond Barre, le marketing et l’on dirait maintenant la finance, s’évanouirent avec ta mémoire. Tu devins le plus tendre et le plus affectueux. « Tu m’écoutes ? » Tu arpentais la ville inlassablement. Et, toujours Le Monde, les livres, la secrète messe du dimanche et De Gaulle, pas le président mais le général qui porta la France quand tu étais un adolescent rêvant au départ.

Et tu as bien voyagé, seul et avec nous … jusqu’au jardin des Vallons de la caserne de Bonne où nous prenions le soleil le mois dernier. Et nous, nous voyagerons encore avec toi.

Paul Debizet, un homme de son siècle.

Les paroles de C. 

Paul,
Tu m’as souvent attrapé le bras et serré le poignet bien fort en me demandant en rigolant si j’irai à ton enterrement.
Ce jour est venu et je suis là.

Paul,
tu m’as souvent attrapé le bras et serré le poignet bien fort, en me regardant droit dans les yeux, d’un regard malicieux, en me demandant quel âge je te donnais….le jeu consistait, bien sûr à dire que tu ne faisais pas ton âge et c’était vrai…

Paul,
tu m’as souvent attrapé le bras et serré le poignet bien fort, en me disant que tu avais joué au loto et que le billet de loto était gagnant, c’était sûr ! Et l’on rêvait ensemble un peu de ce que tu pourrais faire de ce magot , des voyages, peut-être, mais tu savais que le bonheur tu l’avais déjà, auprès de toi.

Paul,
tu m’as souvent attrapé le bras et serré le poignet bien fort, en me demandant en souriant si j’étais contente de mon mari, ton fils aîné Y., dont tu étais fier. Selon mon humeur du moment, je te félicitais du bel homme que tu m’avais donné ou je te demandais s’il y avait moyen de déposer une réclamation pour quelques imperfections !

Paul,
tu m’as souvent attrapé le bras et serré le poignet bien fort, en me disant, en t’emportant, que Raymond Barre était un sacré con !

Paul,
tu m’as souvent attrapé le bras et serré le poignet bien fort, pour me remplir les mains de tes belles tomates, échalotes et petites pommes de terre cultivées par tes soins dans ton si beau jardin.

Paul,
tu m’as souvent attrapé le bras et serré le poignet bien fort, pour récupérer dans mon assiette les croutes de fromage pour les oiseaux.

Avec ta maladie, Paul, tu as escaladé, de toutes tes forces, la balustrade de mon jardin pour aller voir ton ancienne voiture, la ZX blanche, que tu rêvais encore de conduire, tu as imaginé être allé au pôle nord avec ta Thérèse en regardant un reportage à la télé, tu as lu Le Monde encore et encore….

Surtout, Paul, tu m’as si souvent ouvert en grand ta maison, accueillie dans cette famille que j’aime tant, avec tellement de générosité, de gentillesse et de simplicité, que, à mon tour, je t’attrape dans mes bras et que je te serre, à mon tour, bien bien fort, pour te dire adieu.

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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4 commentaires pour Pépaul parti

  1. Fêter la vie, tu as raison. Pensées amicales

    Aimé par 1 personne

  2. Laure Micmelo dit :

    Pensées chaleureuses.

    Aimé par 1 personne

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