« Putes réunies du monde »

Vu le formidable film « Much loved » de Nabil Ayouch.

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Qu’est-ce qu’il les aime ces femmes dans son film vérité qui claque. Il ne juge pas, il montre parfois de manière quasi-documentaire la vie de quatre femmes qui gagnent leur vie comme prostituées au Maroc (Marrakech) dans un monde rempli de flics corrompus, de saoudites d’une richesse vulgaire, d’expats français minables, de familles qui veulent bien prendre l’argent gagné « salement » mais refusent progressivement tout contact (et ou regard) par peur des voisins, du qu’en-dira-t-on.

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L’une veut gagner rapidement le plus d’argent possible, l’autre souhaite trouver l’amour et la petite de la ronde semble un peu perdue. Ces femmes farouchement indépendantes – mais dépendant de l’argent – dont le langage est cru – mais jamais vulgaire (à mon avis) (…elles se traitent mutuellement de putes tout le temps, se racontent leurs expériences – triste-drôle-cruel en même temps… bcp de rires (jaunes (?), nerveuses (?)) dans la salle…. ont une force qui m’est admirable.

Sans véritable progression dramatique nous assistons à une succession de scènes d’atmosphères variables (légères, tragi-comiques, dures, violentes même – pour moi ce sont les images des fêtes pour des riches saoudiens qui m’ont le plus révulsés – « vous dansez » c’est 300 dirham, vous couchez c’est 500 dirham… et on les voit se trémousser et aguicher ou ramper par terre… « maîtresses et victimes du désir de l’homme » puisqu’elle n’ont pas accès à tous les leviers et conséquences de leurs décisions…

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Pourtant elles sont d’une lucidité qui fait chaud au cœur. Fortes et fragiles à la fois, elles dégagent une énergie qui m’a beaucoup fait penser au film français « Mustang » et qui contraste souvent avec la quasi-douceur-amère de leurs voyages en taxi de retour après la corvée…. ville d’une pauvreté qui contraste avec la richesse des fêtes et/ou soirées en boîte.

….protégées par l’habitacle de la voiture qui tient à bonne distance les bruits de la jungle urbaine…ces femmes de la nuit posent un regard vierge de tout a priori sur cette ville qui est la leur. Cela donne lieu à de longs travellings-voitures d’une étrange douceur qui ne semblent rien dire d’autre que Marrakech est bien là, dans son indescriptible complexité teintée de générosité. Film aimant mais jamais condescendant Much Loved est donc tout entier tourné vers l’acceptation de ce qui est. (encore critikat – voir lien ci-dessous)

En sortant du film, un peu secoué, je n’ai pensé qu’à l’hypocrisie de cette société là, qui de plus interdit ce film de projection dans son pays. Pourtant les gestes d’humanité de ces filles/femmes : très forte la scène ou elles invitent un enfant (qui vend son corps aussi) à manger avec elles….

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Longues discussions atour d’un repas italien ….après le film (j’y tais avec deux femmes)… La manière de parler de leurs hommes-clients source de revenus mais aussi d’ennuis (et c’est peu dire), profitant à outrance de leurs positions sociales /pouvoirs pour se soulager en et sur elles…. nous a divisé….

Critikat  http://www.critikat.com/actualite-cine/critique/much-loved.html

…..Il est dommage que Nabil Ayouch n’assume pas complètement la dimension documentaire de son projet (il a fait le choix de tourner avec des non-professionnelles qui se sont inspirées des prostituées qu’elles connaissaient personnellement) en encombrant son film de quelques éléments dramatiques pas toujours très convaincants. Comme s’il fallait nécessairement un contrechamp au quotidien de ces trois prostituées, le récit s’égare dans la mise en scène d’une relation amoureuse contrariée, dans la quête d’un père soi-disant parti en Espagne ou s’attarde encore sur une relation conflictuelle avec une famille qui juge la prostitution tout en ne crachant pas sur les revenus qu’elle lui rapporte. Même si ces scènes n’ont, isolées les unes par rapport aux autres, rien de vraiment problématique, elles trahissent néanmoins le besoin de dire autre chose de ces femmes, de les ancrer dans une autre vie que celle qui nous est donnée à voir par ailleurs. Tout comme le pétage de plombs de certaines des prostituées arrivent de manière un peu trop artificielle dans le récit pour ne pas trahir l’intention de dénoncer d’autres maux de la société marocaine, comme par exemple la corruption policière. Il semble que le réalisateur n’ait pas osé s’en remettre complètement à cette belle matière documentaire, preuve en est l’ultime escapade de nos héroïnes dans un hôtel d’Agadir où on sent que la mise en scène cherche par tous les moyens à relancer la machine. Ces quelques réserves n’entament cependant pas l’incroyable énergie qui parcourt le film de bout en bout et, au-delà du courage qu’on ne cessera de vanter les mois à venir (en espérant que les exploitants ne rencontrent pas de fâcheux incidents lors de la présentation du film aux publics), fait surtout de Much Loved une précieuse et respectable proposition de cinéma.

A propos lorenztradfin

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Un commentaire pour « Putes réunies du monde »

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