Lecture de vacances (1) – Une terre d’ombre – – The cove – Ron Rash

Le récit de mon voyage au Monténégro est presque terminé (le compteur de ce feuilleton est au 9/12)  – je peux donc glisser imperceptiblement de nouveau sur d’autres sujets, comme p.ex. les livres qui m’ont accompagnés pendant la période estivale (après « Vernon Subutex »)…. même si je dois avouer, que j’ai actuellement une sorte de vague à l’âme;, un pincement à ma conscience …..ma « futilité » de parler vacances & lectures pendant que d’autres « voyageurs », beaucoup moins chanceux, s’entassent devant des gares  de pays de l’Est empêchés de voyager vers un nouvel espoir, se trouvent embarqués dans des bateaux de fortune sans être certains d’arriver à bon port, bloquent des tunnels qui mènent vers d’autres pays, échouent sur des plages, exténués ou morts  – parfois à côté d’estivants…..

Coup de cœur :

Ron Rash « Une terre d’ombre »  (« The cove »  in english) – traduit excellemment par Isabelle Reinharez* (livre paru en 2012 en VO et en 2014 chez Seuil – je l’ai lu en poche – avec le bandeau « Grand prix de littérature policière 2014″).

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  • Traductrice littéraire de l’anglais ou de l’américain, Isabelle Reinharez vit en Poitou-Charentes où elle est responsable bénévole de la bibliothèque municipale de Saint-Sauvant (Vienne). Elle a travaillé sur des œuvres de G.K. Chesterton, Louise Erdrich, Robert Olen Butler, Anne Enright, Tim Parks ou Ron Rash. Elle collabore principalement avec les éditions Rivages Noir, Albin Michel et Actes Sud, où elle a dirigé de 1990 à 2000 la collection de littérature anglaise et américaine.

Sur le site de Seuil on lit :

Laurel Shelton est vouée à une vie isolée avec son frère — revenu de la Première Guerre mondiale amputé d’une main —, dans la ferme héritée de leurs parents, au fond d’un vallon encaissé que les habitants de la ville considèrent comme maudit : rien n’y pousse et les malheurs s’y accumulent. Marquée par ce lieu, et par une tache de naissance qui oblitère sa beauté, la jeune femme est considérée par tous comme rien moins qu’une sorcière. Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre au bord de la rivière un mystérieux inconnu, muet, qui joue divinement d’une flûte en argent. L’action va inexorablement glisser de l’émerveillement de la rencontre au drame, imputable exclusivement à l’ignorance et à la peur d’une population nourrie de préjugés et ébranlée par les échos de la guerre.

La splendeur de la nature, le silence et la musique apportent un contrepoint sensible à l’intolérance, à la xénophobie et à un patriotisme buté qui tourne à la violence aveugle.

Après Le Monde à l’endroit (Seuil, 2012), Une terre d’ombre prolonge une réflexion engagée par l’auteur sur la folie guerrière des hommes, tout en développant pour la première fois dans son œuvre romanesque une histoire d’amour tragique qui donne à ce récit poignant sa dimension universelle.

De « policier » il y a peu dans ce conte noir, où un joueur de flûte moins muet qu’il n’y parait touche hommes et femmes  avec sa musique (point comme celui de Hamelin) pour s’évanouir après avoir déclenché – malgré lui – la joie et la désolation.

Le roman tisse des événements historiques documentés (p.ex. le paquebot « Vaterland »/ « Leviathan » https://fr.wikipedia.org/wiki/SS_Leviathan) et les noue avec des fils romanesques pour faire vivre les gens de la Caroline du Sud pendant la I. Guerre Mondiale  et faire naître une histoire d’amour touchante (limite poignante) dans une belle langue précise, jouxtant le lyrisme sans en faire trop, tout servant à restituer une ambiance, de refléter les états d’âmes des personnages et leur musique propre…

« La falaise la dominait de toute sa hauteur, et elle avait beau avoir les yeux baissés, elle sentait sa présence. Même dans la maison elle la sentait, comme si son ombre était tellement dense qu’elle s’infiltrait dans le bois. Une terre d’ombre et rien d’autre, lui avait dit sa mère, qui soutenait qu’il n’y avait pas d’endroit plus lugubre dans toute la chaîne des Blue Ridge. Un lieu maudit, aussi, pensait la plupart des habitants du comté, maudit bien avant que le père de Laurel n’achète ces terres. Les Cherokee avaient évité ce vallon, et dans la première famille blanche à s’y être installée tout le monde était mort de varicelle. On racontait des histoires de chasseurs qui étaient entrés là et qu’on n’avait plus jamais revus, un lieu où erraient fantômes et esprits » p.29).

« Un crachin brumeux tomba toute la matinée. Du brouillard sorti en longues vrilles des bois, lentes volutes s’entremêlant et se déployant dans le fond du vallon. » (p.117)

La vallée s’avère être un havre de paix, l’extérieur, le village ou naît un patriotisme nauséabond et une violence de ceux qui ne savent réfléchir…. Dès le prologue, dans lequel on comprend que le vallon, dans lequel aura lieu le cœur du récit, disparaîtra sous l’eau d’un barrage, on apprend que « c’était un endroit où il n’arrivait que des malheurs » (p.11).

Construction rigoureuse qui permet des ellipses parfaitement gérées, chapitres comme des mini-nouvelles qu’on pourrait presque lire indépendamment, et qui crée peu à peu une tension, une pression qui monte …. pour se terminer rapidement (presque en hors champ), sans appuyer sur ce qui fait mal, laisser place à un décor naturel impressionnant taché par la violence et de la bêtise humaine.
Un roman formidable (qui me donne envie de lire d’autres livres de cet auteur) – que j’ai beaucoup aimé – certainement aussi grâce à la traduction.

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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Un commentaire pour Lecture de vacances (1) – Une terre d’ombre – – The cove – Ron Rash

  1. Ah ! Que je suis contente que tu aimes Ron Rash ! Pour moi un des meilleurs ! J’ai lu tous ses livres, et le dernier recueil de nouvelles est magnifique.

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