Vernon Subutex – 2

Voilou – en en tournemain je viens de lire le tome 2 de Virginie Despentes « Vernon Subutex »…. avant de commencer mes vacances sans PC.

9782246857365-X

Je reste toujours « fan » de ces vignettes cartographiant la société française actuelle….. avec une bande son à couper le souffle (soit avec les indications des morceaux de muzzik que Vernon S. mixe en tant que DJ soit des morceaux pour caractériser les divers protagonistes…..)

Ainsi p.ex. une chanson qu’écoute la « Hyène » ( « Al fin la tristeza es la muerta de las simples cosas. Esas cosas simples que quedan doliendo en el corazon »…..La voix de Chavela Vargas remplit l’espace et déploie, dans sa gorge, une sensation familière de pesanteur mêlée de grâce » (p.85) qui va de merveille avec l’état d’âme de celle qui « préfère la pénombre ».

Rap-Hip-Hop (Snoop Dog, Dr. Dre, Tupac….) et musique plus « conventionnelle » :

Sur cette bande-son souvent rageuse (Motorhead aussi…), Virginie Despentes pose les monologues à travers desquels l’histoire de Vernon S. qui est « tombé » dans le monde des SDF s’avance – en réunissant et/ou fédérant des personnes qui normalement n’auraient jamais dû se croiser….. « Le Monde » dit que dans ce livre Despentes est « en gants de velours ». Certes, il y a un peu moins de noirceur, mais la lumière que  R. Leyris y voit – elle est à mon goût vraiment faible – sauf peut-être dans ce moment de naissance d’un groupe issu de rassemblements des protagonistes enfermées dans leurs solitudes, aux Buttes de Chaumont…. et ou en Corse….

J’ai eu comme impression que les divers chapitres étaient un peu plus déséquilibrés (càd les uns bcp meilleurs que les autres) que dans le premier tome qui est en effet bcp plus rageur que celui-ci, mais dans l’ensemble, je restais happé par cette écriture qui, comme au scalpel, sort le cœur des gens et le suc de leur pensées….des eaux-fortes d’une précision diabolique.

Ainsi, le monologue touchant d’un père (Selim) dont la fille (Aïcha) qu’il a élevé seul porte le foulard et va à la mosquée…

« Il n’arrivait pas à prendre du recul, comme le lui conseillaient des amis. Ils déballaient des arguments imbéciles. De l’importance de l’identité post-coloniale – sa fille à la mosquée, il veut bien qu’on lui explique en quoi elle est en train de s’émanciper du colon, au point où il en est, il est prêt à tout entendre. D’autres au contraire en profitent pour monter des chevaux pour le moins fougueux – insinuant sans ambages que la gauche à eu tort de ne pas se préoccuper du problème d’immigration plus radicalement. Il n’a pas la moindre idée de ce qu’ils veulent dire, au final – plus de prisons, plus de contrôles, plus d’exécutions peut-être ? Ces solutions qui ne sont que de nouveaux problèmes, plus graves encore que ceux qu’elles pré »tendaient résoudre. Il s’en fout, lui, de l’immigration, il leur parle d’une gamine qu’il a élevé ici.… » (p.159)

Monologue encore plus triste et désenchantée de la femme désillusionnée d’un des protagonistes (Marie-Ange) qui débute sur l’application d’un vernis semi-permanent pour ses ongles, passe au heures que son mari dort plus longtemps qu’elle « … en moyenne deux heures chaque jour. Quatorze heures par semaine. Soixante heures sur le mois. Deux jours et demi à se reposer, pendant qu’elle est debout et range la maison…« (350) – pour penser à son travail, glisser vers ses collègues, son insatisfaction  : « Joyeux, le chien, sort le premier de la chambre de la petite. Ça veut dire qu’elle est réveillée. Il vient laper sa gamelle puis réclame des caresses en cognant doucement avec le dessus de la tête contre la cuisse de Marie-Ange. Au début, elle ne pouvait pas le saquer. Il lui rappelait Xavier. Un gros truc con qui sert à rien. C’est fou. Ce qu’elle a aimé cet homme, ce qu’elle l’a admiré. Et maintenant, si elle voit un vieux caniche qui pue sur son canapé, elle pense à son homme. Ils s’aimaient, au début. C’est qu’on ne dit pas la vérité là-dessus. C’est tout. Tout le monde s’emmerde, après quelques années. Elle voit bien, autour d’elle – on s’évertue à donner le change quand on se croise. …. La grande variable, c’est l’effort de mise en scène, pour la galerie. Il y a des couples qui sont restés amoureux de l’effet qu’ils produisent, en société. Tant qu’il y a un public, ils continuent de faire semblant. Mais une fois dans la chambre à coucher, ils s’emmerdent. Elle a été heureuse. Longtemps. Ça ne l’avait pas inquiétée qu’au bout d’un an, au lit, elle doive simuler. Elle avait pensé que ça reviendrait. Quand elle serait moins fatiguée, moins préoccupée. Mais au contraire, ça n’avait fait qu’empirer. Elle devait se forcer et c’était de plus en plus pénible….. Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, ils aiment le sexe et elles s’en passeraient bien. Ce n’est qu’après la césarienne, qu’elle avait rendu les armes. Elle n’avait plus envie de faire semblant (p.358) « …mais ses amants n’ont jamais cherché à la faire abandonner son foyer. Pas plus qu’ils n’ont envisagé de briser leur propre couple. Alors elle reste. Si c’est pour vivre seule et ne plus jamais connaître la vie à deux, elle préfère encore être avec le père de sa fille….. » (p.363)

Géraldine Bretault (son texte ci-dessous) dit tout haut ce que je pense (j’ai eu le même flottement au début de ce tome 2) http://toutelaculture.com/livres/vernon-subutex-2-despentes-confirme/

« C’est un peu tremblants qu’on a ouvert les premières pages deVernon Subutex 2 : Virginie Despentes allait-elle réussir à retrouver les sommets atteints dans Vernon Subutex 1, salué par une presse unanime et couronné par les prix Anaïs-Nin, Landerneau et de La Coupole ?

……on entre de plain pied dans la nouvelle vie de Vernon, désormais SDF à plein temps. Avouons-le d’emblée, nous avons d’abord craint la déception. Ce qui fonctionnait si bien dans le tome 1, cette empathie de tous les instants, semblait plus difficile à reproduire dans la peau d’un SDF. Car si la vie dans les grandes métropoles permet de croiser des personnages de tout crin, le quotidien des SDF reste littéralement en marge – difficilement dicible, en tous les cas. Despentes s’en sort en prêtant quelques absences à son antihéros.

Le second mouvement qui voit tous les personnages se retrouver de façon informelle autour de lui aux Buttes-Chaumont peine dans un premier temps à convaincre. Le lecteur confortablement installé en nous résiste, en manque de sa dose de réel injectée à chaque personnage du premier tome. Mais l’auteure étiquetée « provoc » a plus d’un tour – et du savoir-faire – dans son sac : peu à peu, les personnages reprennent corps, sous ce nouvel éclairage, dans une situation peut-être moins plausible mais d’autant plus romanesque. La plume affûtée au punk rock de Despentes s’impose.

Plus politique, cet opus ? Tout dépend de ce qu’on entend par là. Au plus près de ses personnages, donc politique par essence, sans doute, mais sans autre programme que le constat qui brûle : Virginie Despentes regarde ses contemporains dans les yeux, et c’est déjà beaucoup.

……

Et au bout du compte ? Nous refermons le livre épuisés, l’attente du volume 3 chevillée au corps

PS Avec ce texte j’entame une petite pause estivale. Au revoir – et à septembre !

A propos lorenztradfin

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4 commentaires pour Vernon Subutex – 2

  1. Laure Micmelo dit :

    Bonne pause estivale ! Quant à moi, mon weekend du 15 août sera avec … Vernon Subutex 2 🙂

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  2. Yv dit :

    Jamais lu V Despentes et jamais eu envie de la lire, comme beaucoup d’auteurs actuels dont on entend beaucoup parler

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