Livre Inter – Dans les yeux des autres

Encore quelques jours avant le Jury (réel  & Shadow Cabinet) pour le Livre Inter. Il me manque encore d’écrire mes « critiques » et / ou ressentis pour deux livres (lus depuis un moment déjà…) .

Contrairement à certains de notre cercle de lecteurs disparates je n’ai PAS abandonné ce livre de Geneviève Brisac à la page 40-60 mais j’ai tenu bon jusqu’à la fin.

En effet, l’écriture et la construction narrative du roman « Dans les yeux des autres » n’est pas très « liseur-friendly » et ne s’ouvre qu’au fur et à mesure de l’avancement ….

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Geneviève Brisac nous offre dans cet oeuvre non-linéaire plusieurs portes d’entrées  – toutefois aucune indication pour nous dire s’il s’agit d’un roman ou d’autre chose genre autofictionnel…

La 4e de couv’ des Eidtions de L’Olivoier nous dit ceci : http://www.editionsdelolivier.fr/catalogue/9782879298610-dans-les-yeux-des-autres

Anna est idéaliste. Molly, sa sœur, est réaliste. L’une traque la vérité dans les mots, l’autre la réalité dans l’action. Mais toutes deux militent pour la victoire de la Révolution. Avec leurs compagnons, Marek et Boris, elles se prennent pour les trois mousquetaires de la liberté.

Vingt ans après : Anna est devenue écrivain, elle a connu le succès, puis le dénuement et l’oubli. Molly est médecin et affronte la misère du monde. Marek est mort en prison au Mexique, après l’échec de la lutte armée. Boris, lui, continue à se battre – en vain ?

C’est alors qu’Anna décide de relire ses carnets.

Une mère excentrique, des amants inconstants, le rêve d’une communauté utopique et l’éclat trompeur du milieu littéraire, une balade dans l’Italie « rouge » sont quelques-uns des thèmes et des personnages de ce roman incroyablement vivant, dont l’humour ne parvient pas toujours à dissiper la mélancolie.

Complice mais féroce, Geneviève Brisac se penche sur leur destin, leurs engagements et leurs désillusions. Car c’est, bien sûr, d’une éducation sentimentale qu’il s’agit ici. Celle d’une génération qui, à défaut de se perdre, n’a jamais cédé sur son désir.

Livre ivre de références littéraires, passant du réalisme (de la grande et petite histoire) à l’introspection, mèle engagement politique et combat révolutionnaire (des années post – 68) avec les désillusions qu’ils charrient souvent dans leur sillage, teintées de réflexions sur la littérature et le « pouvoir » des mots  (« Pourquoi écrire si cela ne dérange rien ni personne ? Les mots sont les armes de la pensée libre. Il faut s’en servir. (Sinon  ils rouillent, sinon elle meurt.) Le silence, le règlement, la censure sont les principaux moyens de l’oppression politique, familiale et économique. Elle l’a pensé, elle l’a dit, l’a écrit et n’en a pas mesuré les conséquences. Le prix. » (Anna – (c)elle qui sait trop de poèmes par cœur. ( p.51) Et enfin aussi les descriptions des relations entre deux sœurs et/ou entre filles et leur mère.

Constellé de très belles phrases, fermées-ouvertes… (« Les fleurs coupées sont l’expression du désespoir des femmes ». (p. 125) ou encore « Les heures sont obèses, leur ventre traîne au sol. » (p. 52) ce livre souvent mélancolique et teinté d’une causticité certaine croise en un récit polyphonique les fils narratifs (on saute allègrement du présent, vers des extraits des cahiers-journaux et/ou aux épisodes du passé, avec une alternance des points de vu qui peut rendent difficile au lecteur d’entrer dans le livre) qui permettent de retracer peu à peu le parcours et les errances sentimentales de Anna.

Moultes extraits de poèmes (Kafka, Vian, Baudelaire), références appuyés ou légers à Doris Lessing (ahh ces cahiers (rouge, bleue, noir) qui rappellent Le Carnet d’Or (comme les prénoms des femmes d’ailleurs) ou « Maman achète des fleurs. Clarissa Dalloway le faisait. Mrs. Dalloway achète des fleurs. Elle pense à un homme qu’elle a perdu. » (p. 127)….

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Je suis sorti du livre un peu ivre. Un brio indéniable, quelques phases d’introspection au cours de la lecture  (l’époque « révolutionnaire » du quatuor Anna, Marek, Boris et Molly  était aussi la mienne ou les mots « révolution », « liberté » étaient dans la bouche de pas mal de monde – et même l’épisode mexicaine me rappelait mon séjour de 6 mois à la Maison Mexicaine de la cité Universitaire à Paris en 77 – et les discussions autour de Portillo…).  De fait après un début de lecture freins tirés – je ne savais pas ou G.B.voulait m’emmener – j’ai nagé de plus en plus dans une sorte de bonheur de lecteur débusquant des phrases d’une limpidité impressionnante au contact avec des personnages, qui certes ne m’ont pas vraiment ému ni touché mais qui forment une constellation très vivante d’une réalité qui est la nôtre.

Je vais au bal ce soir. J’irai si j’en ai le courage. J’irai certainement. Après tout, c’est vendredi. Anna lave ses cheveux, les couvre de baume et d’une serviette, s’acharne à mettre et enlever et remettre mascara et ombres violettes sur ses cils, sur ses paupières. Elle étale sur le lit quelques vêtements, deux jupes longues en laine, un pantalon noir, trois robes, l’une est noire, l’autre parsemée de petites fleurs rouges et violettes, la troisième est trouée. Les exemples de femmes ermites revenant à la société ne l’aident guère : il n’y en a pas. Elle vernit ses ongles et agite les doigts, mains en l’air, comme faisait sa mère, en tâchant de prendre un air raffiné. Si l’on scrutait l’âme d’Anna, on découvrirait la naïveté de celle qui n’a pas compris que le temps passe pour de bon, et l’optimisme terrifiant qui jette des êtres par-­dessus les balustrades. On peut se demander ce qu’Anna espère. Sans attendre de réponse, car la plupart des espoirs sont sans nom. Le soir venu, elle se rend à la fête. Elle porte une robe noire à col rond et à manches trois quarts, qui s’arrête à mi-mollets. Dessus, un collier d’ambre. En bas, des escarpins qui lui scient la base des orteils. Elle ressemble assez à l’idée que nous pouvons nous faire de la dignité blessée. Le plus dur est de ranimer ses yeux, elle les a regardés dans la glace, ils sont ternes et éteints, ses iris tilleul ont pris une couleur jaunâtre boueuse, et le blanc de l’œil est un peu gris, elle compte sur le champagne et les sourires. (page 9)

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