Livre Inter – Tristesse de la terre – E. Vuillard

Une histoire de Buffalo Bill Cody ( un récit) d’Eric Vuillard

Tristesse_de_la_terre

Oui en effet, pas un roman, mais plutôt un récit éclaté autour d’une époque révolue, un personnage mythique (je me souviens encore bien le film désenchanté réalisé par R. Altman dans les années 70 de ce Mr. Cody ( avec le regretté P. Newman (Buffalo Bill) , H. Keitel, B. Lancaster,  Franq Kaquitts (Sitting Bull)…).

Là, après une première phrase annonciatrice : « Le spectacle est l’origine du monde » (p.10), Vuillard nous décrit le fameux « Wild West Show » avec ses mots….. En effet, nous avons oublié aujourd’hui l’importance qu’avait ce show qui – à la fin des années 1890 quasiment jusqu’au début de la cinématographie…..- a sillonné le monde entier (parfois avec des représentations devant plus de 18.000 spectateurs! _ même le Colisée était trop petit…. – et avec une halte de plusieurs mois pour la troupe en Alsace !) et a laissé des traces partout ….(le « cri des Sioux » (le claquement de la paume sur la bouche – whou, whou….. c’est lui qui l’a inventé, ce cri de guerre n’a jamais été pratiqué ni dans les Grandes Plaines, ni ailleurs…). C’est d’ailleurs autour de cette recréation d’une réalité  que E. Vuillard tisse son texte (« la scène semble exister davantage que le monde » (p.19) ….

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» Il fallait stupéfier le public par une intuition de la souffrance et de la mort qui ne le quitterait plus….Il fallait de la consternation et de la terreur, de l’espoir, et une sorte de clarté, de vérité extrême jetées sur toute la vie…Et pour attirer le public, pour provoquer chez lui ce désir de venir voir toujours plus nombreux le Wild West Show, il fallait qu’on lui raconte une histoire, celle que des millions d’Américains d’abord, puis d’Européens avaient envie d’entendre… ……La grande puissance contrefactrice l’aspire à elle, le duplique, le corrige. …. Sa vie sera la parodie de sa vie, en quelque sorte, une autre vie fabriquée, promise à d’autres. L’illusion était d’ailleurs si puissante, le public si conquis, qu’il parait que des acteurs du show, qui n’avaient pourtant jamais mis les pieds dans l’Ouest et n’avaient jamais tiré que des balles à blanc, finirent à croire aux boniments qu’ils contaient, aux aventures qu’ils mimaient…… on raconte que Buffalo Bill….croyait vraiment, à la fin de sa vie, avoir participé à la bataille de Little Big Horn….. (p.39/40)

…. et du coup le « massacre » de Wounded Knee (décrit de manière haletante, quasi frénétique avec des phrases courtes… à partir de la page 51) devient dans le spectacle de Buffalo Bill la « bataille » de Wounded Knee (p.75)  http://www.histoire-pour-tous.fr/dossiers/98-xixe-siecle/3422-le-massacre-de-wounded-knee-29-decembre-1890.html

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E. Vuillard nous présente dans cette présentation d’un monde à jamais disparu aussi les personnages qui gravitent autour de Buffalo Bill (Sitting Bull, General Miles, les maîtresses de B.B., Marguerite Cody, Elmer (l’inventeur des Luna Park) et termine avec  Wilson Alwyn Bentley – et ses photographies…. dont ses fameuses clichés de flocons de neige…. http://zocalopoets.com/2013/12/23/wilson-alwyn-bentley-ice-flower-photomicrographs/…… (quand même un peu fou, : il essayait de photographier le vent……)

https://www.youtube.com/embed/UdAK_klFVaY« >

J’ai beaucoup aimé ce petit livre (158 pages – avec des photos) extrêmement bien construit qui incite à la réflexion sur le monde factice du show-business, le début du merchandising, des illusions qui nous mènent (par le bout du nez), sur la transmission  (de réalités) …. avec une langue parfois déroutante (du langage parlé à côté des expressions plus recherchées….

« ….Vers 1867, alors qu’il bossait pour le chemin de fer, les employés lui donnèrent ce surnom, Buffalo Bill. Puis il raconta ses aventures, par hasard, entre deux coups de gnôle, à Ned Buntline, qui en fit un roman bon marché. Et ce récit d’arsouille, boniment, carotte*, tissu d’escobarderies destinées à se faire payer encore un verre, était devenu le thème d’un feuilleton. .… » (p. 39)

*Petite escroquerie, duperie, supercherie –  par ailleurs : une personne qui tire la carotte = qui tire au flanc (tire-au-flanc); toutefois (en argot de caserne) :  Essayer habilement, par simulation, d’obtenir un avantage personnel en se dérobant à une corvée.

L’avis d’un lecteur – http://vivrelivreoumourir.over-blog.com/2014/09/eric-vuillard-tristesse-terre.html – qui me sied :

L’impression de comprendre d’où vient le mal, de savoir qui sont les méchants (pour reprendre ce terme de nos jeux d’enfants), d’observer péniblement – parce qu’on ne peut rien y faire – la souffrance et l’injustice ; voilà ce que M. Vuillard nous propose avec son dernier ouvrage disponible. Mais le monde n’est pas de la blancheur d’un flocon de neige et l’auteur le sait, qui écoule les années de Buffalo Bill sous nos yeux étonnés. Il ne s’agit pas ici d’un état des lieux de la souffrance indienne mais plutôt d’une conversion : changer notre regard sur le monde à travers cette histoire américaine spécifique. Et ce changement se fait sur plusieurs plans : historique (avec par exemple le massacre de Wounded Knee, où l’on comprend, si l’on en doutait, le pouvoir de celui qui nomme), anecdotique (Buffalo est une fantasmagorie dès ses premiers mois), médiatique (où les projecteurs font la réalité), affectif (quel peut-être notre rapport au monde quand nos certitudes s’avèrent mensongères, pas seulement fausses mais issues d’impostures ?) ; le récit s’incarne en héros et salauds extraordinaires à l’aune de nos valeurs contemporaines : l’histoire jugera si nous serons capables de mieux faire.

Il y a dans ce livre comme des heures de marche ; lorsqu’on se balade et que nos idées ne nous appartiennent plus : elles viennent s’incruster dans le fond de notre œil, alors pour les chasser nos réflexions répondent à de vieux problèmes négligés. Ainsi de Tristesse de la terre, un périple à travers un écho, au milieu des voix des oubliés.

Buffalo Bill's Wild West and Congress of Rough Riders of the World, 1895, Springer Litho Co-500

Quelques belles photos de l’enterrement de B. Bill dans ce blog-forum :

http://repliquesoldwest.superforum.fr/t7621-enterrement-de-buffalo-bill

Et pour compléter également le lien vers l’article critique d’une amie blagueuse :

https://lectriceencampagne.wordpress.com/2014/10/11/tristesse-de-la-terre-une-histoire-de-buffalo-bill-cody-de-eric-vuillard-actes-sud-coll-un-endroit-ou-aller/

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5 commentaires pour Livre Inter – Tristesse de la terre – E. Vuillard

  1. culturieuse dit :

    Magnifiques, ces flocons de neige! Mandalas de la nature… Wounded knee a été aussi décrit, il me semble, dans Dalva, du grand Jim. Buffalo Bill, entré dans la légende, n’a pas aidé le peuple américain a prendre conscience de l’horreur perpétrée là-bas…

    Aimé par 1 personne

  2. oui oui oui ! j’ai beaucoup aimé ce livre, j’ai aimé l’écriture, ce qui est dit et la manière de le dire, et cette histoire me bouleverse toujours

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