Livre Inter – Les Evenements

Quel style!

Rajoutez à cela une construction un peu déroutant (avec changement de narrateur) Une France dans une drôle de guerre qu’on dirait transporté de l’ex-Yougoslavie, Irak, Syrie,  ou autres Ukraine ou Tchétchénie…

« Il me suffisait de savoir que les miliciens de ce parti, les Unitaires, que le public désignait volontiers comme les Zuzus, s’étaient illustrés en commettant un nombre appréciable de crimes – mais pas plus, il est vrai, que leurs adversaires -, lors des combats qui les avaient opposés aux miliciens du Hezb, le parti islamiste dit « modéré », avant de conclure avec eux une alliance de circonstance qui avait restauré dans la région une paix fragile, maintenue avec plus ou moins de zèle par des effectifs disséminés de la FINUF » (p.47) – et n’oublions pas les AQBRI (Al Quäida dans les Bouches-du-Rhône islamimique)…..

téléchargement

Road-Movie à travers une France belliqueuse. Un homme dont on ne sait pas grande chose transporte des médicaments destinés à son ancien amant, le chef de la milice nationaliste (Brennecke)…. – Un peu plus tard, il se fera passer pour un journaliste américain…. et traversera – chargé d’une mission (à laquelle se joindra Victoria – celle qui fermait le trio narrateur-Brennecke-Victoria dans un passé pas si loin -. Elle dit être à la recherche d’un fils – potentiel – dont le narrateur pourrait être le père)  – la France de Paris aux Bouches-du-Rhône. Cette équipée – avec parfois des sauts de puces géographiques – Rolin nous la raconte avec le soutien de carte routières (1:2000000) et une perception de la nature acribique et détaillée (Beauce,  Sologne, Lozère – Cevennes).

C’est d’une certaine manière un livre à l’opposé de celui de Houellebecq, mais pas si éloigné…. …. Un avenir pas si loin que ça, imaginable (exacerbation de guerres de clochers, transposition des guerres en ex-Yougoslavie, réligion(s) – islam…), un narrateur insaisissable…

Phrases longues et élégantes (parfois d’une page), subordonnées et incises en abondance, parfois des digressions. J’ai entendu quelqu’un dire que la lecture serait comme voir une exposition de R. Depardon (en mots – pas en photo). Chaque détaille peut être grossie, magnifié – et toutefois, la violence, le tragique, la barbarie de la guerre reste comme amortie par son procédé, comme noyée dans son regard observateur. Chaque élément un peu cruel sera « adouci » peu après par un regard sur la flore….ou sur la neige :

« ….je ne pus m’empêcher d’être frappé par ce qu’il a toujours de miraculeux, au moins pour ceux qui n’y sont pas habitués, et qui tient surtout, me semble-t-il, plutôt qu’à sa blancheur, et à l’uniformité consécutive du paysage qu’elle façonne, au fait que la neige est la seule chose qui tombe absolument sans bruit, et dont la chute, même dans un endroit aussi parfaitement silencieux que l’était La Bastide au moment où je m’y étais arrêté, engendre un surcroît de silence, ou l’illusion d’un tel surcroît (d’ou, peut-être, l’illusion concomitante d’une acuité accrue de tous les sens. »  (p.120)

Un peu d’humour noir (« …les quelques silhouettes humaines qui tentaient de s’en échapper ne persistaient pas longtemps dans la position verticale... »). 73

Le basalte dans l’Allier, les genêts dans les Cevennes (je me revois bien sur les chemins de Stevenson)

« …. de mon côté, ce que j’ai retenu de cet incident, c’est surtout que la berge du canal orientée sud, et donc exposée au soleil, était couverte de coquelicots, si densément que même vue de près elle paraissait uniformément rouge, tandis que sur la rive opposée, orientée au nord, il ne poussait que de l’herbe, parsemé ça et là de quelques touffes de chardons ou de genêts. » (p. 143)

IMG_6539  Photo prise près de Gap

« L’arbre planté par Youri Gagarine – un pin maritime -, cela faisait maintenant plusieurs semaines qu’il dépérissait : au point que de ses aiguilles, près des trois quarts déjà présentaient cette couleur de rouille annonciatrice d’une fin prochaine. Et toutes les ressources du matérialisme dialectique s’étaient avérées impuissantes non seulement contre le dépérissement du pin, vraisemblablement imputable à la chenille processionnaire, mais contre la superstition populaire qui l’interprétait comme un signe de la chute imminente …… »  (p. 158)

Aigual-2  Photo prise dans les Cevennes

« Au fur et à mesure que l’aube point, car elle point, se met en place un décor composé principalement d’eau dormante, sous l’espèce de cet étang que l’on a déjà mentionné, et secondairement d’arbres nus, la trame de leurs branchages, que la lumière naissante dessine à contre-jour, oblitérée ça et là de taches sombres, de taille et de densité inégales, trahissant la présence de boules de gui ou de nids de corbeau.  » (p. 57)

20141221_144456 (1)  Pas de lac mais seulement le Musée de Grenoble

A la fin je ne sais pas vraiment quoi penser de ce livre, à part d’être estomaqué par sa maîtrise de la langue française…. J’avais même parfois l’impression qu’il y avait une jouissance de la formulation plus qu’autre chose. Une écriture épate. Donc pas touché ni par l’histoire-la métaphore,  ni par le/les héros…. juste parfois cette exclamation : Quelle culot stylistique. Quelle force d’évocation des choses les plus simples du décor urbanistique et/ou de paysage….Toutefois : pour finir je cite mon cher collègue D.J. qui vient de publier (le 28.4.) sur son excellent « Des pépites sur le bout de la langue » https://www.facebook.com/jonkersandpartners?fref=nf  la citation suivante de « La femme pressée (Poche, p. 43) – de Durant/Sulitzer  qui tombe à pic :

« Fais aussi oublier que tu écris, on ne doit pas remarquer ton écriture ; si l’on dit de toi un jour que tu écris bien, ne prends pas cela comme un compliment ; cela signifiera seulement que tes trucs, tes tics d’écriture auront été remarqués, ce sera comme au guignol du jardin du Luxembourg, comme au théâtre, lorsque le spectateur dans la salle ou sur les bancs cesse de se passionner pour ce qui se passe sur scène et découvre que les décors existent, et qu’ils sont de carton-pâte, en sorte qu’il n’écoute plus vraiment l’histoire qui lui est racontée ».

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour Livre Inter – Les Evenements

  1. Yv dit :

    Moi j’aime lorsque l’écriture et forte, visible, ce n’est pas que je voie forcément les fondations du bouquin et ça ne m’empêche pas de m’intéresser à l’histoire. A choisir je préfère une histoire faible bien racontée qu’une histoire plus forte mal écrite.

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Liste des Livres du Prix Livre Inter – 2015 | Coquecigrues et ima-nu-ages

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