Le fils

Juste à temps avant la série des livres à lire (et commenter) pour notre « challenge » « Shadow Cabinet« *

(* une joyeuse bande d’une bonne douzaine de lecteurs qui se fait un malin plaisir d’organiser un jury-livre-france-inter bis. Nous lisons jusqu’au 7 juin les 10 livres de la sélection  , avec échanges et discussions au marché de la Place St. André les samedis. Le 7 juin – donc au même moment du « vrai » jury (24 personnes) nos organisons un picnic et des débats + nous décernerons notre » prix parmi les 10)

je viens de finir la lecture du pavé de Philipp Meyer  » Le Fils » – très bien – traduit par Sarah Gurcel (http://www.lechoixdeslibraires.com/traducteur-57127-sarah-gurcel-.htm)

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« Un grand roman américain » , »… d’une envergure et d’une ambition exceptionnelles » et « salué par l’ensemble de la presse américaine comme l’in des meilleurs romans de l’année 2013 »  – et je ne suis pas loin de me joindre à cette chorale enthousiaste.

C’est que la structure et le souffle de ce roman sont en effet hénormes. Les 671 pages du livre brossent le tableau : d’une part de 5 (6) générations de la famille McCullough – de 1811 aux années 2000 – et d’autre part d’une Amérique aux confins de la Mexique (le Texas – avant et après les guerres et révolutions) aux prises des indiens progressivement décimés, les mexicains (qui y étaient avant les texans et « américains ») chapardés/repoussés.

Dès les premières pages, on saute de 1936 à 2012 pour replonger en 1849…..et ainsi de suite (j’ai dû, pendant les premières 80 pages, toujours jeter un coup d’œil sur l’arbre de générations des McCullough, affiché en début du livre, pour me retrouver….). 3 voix différentes constituent ce chant de cygne :

–  celle du Colonel, alias Eli McCullough, le fils de pionnier enlevé à onze ans par les Comanches devenant – une fois quitté le statut d’esclave Tiehteti – jusqu’à ce qu’il quitte la tribu, devient Ranger pour finir gros propriétaire terrien (né 1836)

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– celle de son arrière-petite-fille Jeannie (née 1926), businesswoman par excellence, magnat du pétrole d’abord puis de l’immobilier (dans une éducation & ascension toute hollywoodienne)

– la voix de Peter (né en 1870) le seul fils du Colonel qui survivra, mais qui sera le fils maudit, celui qui a du mal à accepter la violence et les codes de l’Ouest sauvage, sur fond de la révolution mexicaine…..

Comment deux hommes du même sang peuvent-ils être si différents ? Mon père doit s’imaginer que ma mère a batifolé avec un poète, un scribouillard ou quelque autre sous-homme bigleux et pleurnichard… (p.23)

Philipp Meyer réussit à décrire le décorum du Wild Wild West (particulièrement étonnantes et fortes ses pages sur la vie et les coutumes (éducation, vie sexuelle, dépeçage des bisons, tir à l’arc….) , les raids et les amours chez les Comanches (quelle documentation dévorée!!) et en même temps les soubassements, ce qui sous-tend ces apparents succès-stories.

« Le Fils » devient finalement la description de la naissance d’un monde (nouveau) – digne scénario d’un Scorcese ou Sergio Leone, expropriation – et assassinat des Mexicains en plus, avec des moments tendus et (parfois très) violents, des moments doux et/ou épiquement baroques, parfois d’un réalisme rude et/ou des passages humoristiques. Un cocktail savant – et jamais ennuyant. De plus  P. Meyer nous emmène jusqu’aux confins de la guerre d’Iraq….

Et pour quoi faire ? Finalement, à part de décrire le poids de la culpabilité se faufilant d’une génération à l’autre, également nous décrire le begaiement de l’histoire, des histoires individuelles, la répétition effrayante des échos de schémas  inscrites dans les gènes (?).

http://www.culturopoing.com/livres/philipp-meyer-le-fils/20141127 écrit parmi d’autres passages :

« Une archéologie des holocaustes : s’il fait mine d’adopter par instants le ton des épopées américaines, Le fils raconte surtout la manière cynique qu’a l’histoire de bâtir sur des génocides successifs, violents ou technologiques et commerciaux : comment le pétrole remplace le bétail, les colons les mexicains et indiens, ces derniers étant eux-mêmes perpétuellement en guerre, etc. Plus que les personnages, c’est le souffle de l’histoire qui traverse le livre : comment en se civilisant, en désirant le confort, quelque chose a été massacré. Pas un péché originel, mais des péchés innombrables, de tous les côtés. Quelque chose de plus grand qu’eux, que les hommes se débattant dans l’Histoire, incapable de voir le tissu du temps, semblent incapable d’éviter. »

Le livre était dans la short-list pour le Pulitzer – prix qu’a eu finalement le roman de Donna Tart – Le Chardonneret –  (que je n’ai pas aimé – trop bavard -). J’ai surtout aimé les descriptions de la vie d’Eli chez les Comanches qui ont réveillé des  lectures de mon adolescence (Tecumseh!) et les westerns que je dévorais….

Ce n’est pas aussi fort que les romans de Cormac McCarthy (Méridien de sang, Des villes dans la plaine – pour ne citer que ceux avec des sujets approchant – et pourtant loin du « Fils ») dont je préfère largement le style ) mais cela vous emmène vraiment en voyage.

qqs infos sur la vie des comanches :

http://tepee17.kazeo.com/histoire/les-comanches,a529312.html

A propos lorenztradfin

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6 commentaires pour Le fils

  1. culturieuse dit :

    Cormac McCarthy, tu veux dire? mon préféré. « Le fils » est dans mes projets, je me réjouis…

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  2. A lire, ton article est un argument supplémentaire.

    Aimé par 1 personne

  3. wollanup dit :

    Bavard le chardonneret,oh non….
    Belle chro du « fils »!!!

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    • lorenztradfin dit :

      Bavard est peut-être un peu lourd, mais je trouvais que cette plongée dans la vie de ce garçon était trop étirée… Mais je sais aussi qu’il y a pas mal de monde qui a aimé ce livre…. Merci pour le passage…

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