AZERTY – QSDFG – WXCVB

Offert par J.F & A. V. (big bisous lettrés) je viens de finir le livre de Eric Chevillar

« Le désordre Azerty »  

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Une fois de plus ce n’est pas un roman, on dirait même que c’est un blogueur brillant qui a réunis ses textes les plus brillants qui n’ont aucun rapport entre eux (sauf que les chapitres débutent avec un mot sorti de la suite « AZERTY » (- de « Aspe » et « Zoo » en passant par « Quinquagenaire » et « Fille » pour terminer par « Nuit Neige Noël »….)

L comme Littérature : …. » Puisque, selon certaine légende qui vous trouble, le monde fut créé par le Verbe, n’avez-vous pas envie de dire votre mot aussi, enfin?….. » (p. 146). Voici donc mes mots :

4e de couverture :

Nous attendons d’un livre qu’il nous parle de neige, de marquise, d’île, de zoo, de style, de photographie, de Beckett, d’humour, de Dieu, de virgule, de littérature et évidemment de kangourou. Ce sera le cas de celui-ci, entre autres questions de semblable importance. Soucieux de mettre un peu d’ordre dans son recueil, l’auteur a cédé à la tentation de l’abécédaire, optant même pour la disposition AZERTY du clavier français, conçue justement à l’origine pour éviter que les machines à écrire et ceux qui en usent ne s’emmêlent les pinceaux. C’était oublier que l’écriture selon son goût pactisera toujours plus volontiers avec les forces du désordre.

Intelligent, brillant, pétillant et jouissif – cet « autoportrait » de l’écrivain ne se lit pas d’une traite. On devrait plutôt dire que c’est un abécédaire poétique très personnelle et parfois déroutant et/ou surprenant. E. Chevillard qui dans son blog http://autofictif.blogspot.fr/2015_02_01_archive.html s’empresse d’ajouter que « malgré la grande cohérence de mon œuvre, chacun de mes livres peut être lu indépendamment de tous les autres. » nous balade comme il veut… et on s’amuse souvent, on admire plus souvent encore.

« ZOO ne se prononce pas zou, il serait temps d’en informer nos amis anglo-saxons et certains de nos compatriotes aussi, d’ailleurs, abusés par le son ou que forme parfois le double o dans notre langue, comme c’est le cas pour igloo, par exemple, qu’il ne viendrait à l’idée de personne de prononcer iglo-o, sinon peut-être à certains Anglo-Saxons s’initiant laborieusement à la pratique du français et qui, ayant appris pour leur part que zoo se prononce zo-o, iraient s’imaginer non sans ingénuité que cette règle vaut aussi pour igloo ; un monde décidément nous sépare de ces gens-là. Zoo ne se prononce pas zou. Si zoo se prononçait zou, vous pensez bien que le lieu qu’il désigne ne serait pas cette prison, mais un palais de courants d’air et de galeries souterraines, un ciel d’oiseaux, une forêt frissonnante. Si zoo se prononçait zou, les animaux captifs auraient dressé l’oreille, leurs oreilles bizarres, et l’auraient entendu ; ils seraient depuis longtemps tous dehors, dans la nature. Zoo est le contraire de zou. Allons au zoo signifie exactement l’inverse de Allez zou ! Toi qui entres au zoo, tu perds du même coup l’usage et la possibilité du zou, et si ton ramage se rapporte à ton plumage, il va falloir baisser d’un ton. » (p. 15/16)

La virtuosité de Chévillard est époustouflante – j’ai adoré particulièrement le texte sur le « G comme Genre » –  : « …..Il était ou il y avait une fois – car les deux formes sont correctes, mais, comme il était a prévalu dans l’usage, il y avait possède du coup une certaine résonance archaïque , voire moyenâgeuse, qui finalement s’accorde mieux à l’univers du conte, en particulier de ce conte-ci – une sorcière qui sentait la rose. Pour le reste, elle était bien laide, comme le lecteur est en droit de l’exiger d’une sorcière. …. » (P. 110)

C’est donc amusant, plein d’humour – mais aussi un objet littéraire non-identifié fourre-tout stylistique qui part dans 50 directions, que j’ai finalement ressenti comme un long essai sur le risque de voir disparaître les mots, l’appauvrissement du lexique…… Pour moi en fin de compte un livre pour tous les amoureux des mots, des dictionnaires aussi – puisqu’il incite à un de mes sports favorites (à savoir ouvrir un dictionnaire – au hasard – choisir un mot que je ne connais pas et qui sonne bien ou étrangement et de broder autour).

Pour clore – vive la synchronicité –  ceci me rappelle aussi un peu l’exercice que je suis maintenant quasi-quotidiennement : https://leslecturesdasphodele.wordpress.com/2015/03/23/aujourdhui-toucher-20366-reels-a-prise-rapide/  [exercice pour apprentis blogueur ou auteurs inspiré des Exercices de Style de Raymond Queneau. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“. Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante. http://litterauteurs.canalblog.com/archives/2015/03/22/31753352.html

Le résultat de ces exercices est réjouissant et enrichissant – comme le livre de Chevillard qui est à mon avis une cave d’Ali Baba pour les enseignants de Français.

 

 

A propos lorenztradfin

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4 commentaires pour AZERTY – QSDFG – WXCVB

  1. Asphodèle dit :

    Merci pour ce billet gentil tout plein concernant les « aujourd’huistes » qui planchent sur ces « réels » ! 😉 Alors je suis partagée concernant Chevillard (je suis son blog de loin en loin) : je le trouve brillant, certes, mais il a une façon de descendre un auteur qu’il n’aime pas, absolument désagréable et pourtant il descend des auteurs que je ne porte pas en haute estime non plus, voire que je déteste mais ses critiques laissent affleurer un ego assez développé qui me gêne. Parce que, en écriture (comme ailleurs), l’humilité, le doute, la sincérité font partie intégrante de la crédibilité que l’on accorde à un livre, voire une oeuvre… Il a certainement du talent mais qu’il baisse d’un ton, on verra mieux ce talent s’il n’est pas parasité par ses aigreurs vis-à-vis d’autres écrivains … je le lirai autrement que sur son blog, à l’occasion, mais je me précipiterai pas non plus ! 😉

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    • lorenztradfin dit :

      Le livre est un cadeau – et pour être franc je ne sais si je vais lire autre chose de lui (sauf maintenant par-c, par-là son blog….. ce qui me manque/manquait c’est l’étincelle de vie, une lueur….qui feraient un contre-jour à la brillance de son écriture….Merci à toa!

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      • Asphodèle dit :

        Oui c’est ce que je pensais aussi en lisant les extraits : ça manque un peu d’âme et l’écrivain qui se regarde écrire, se perd en exercices de style alambiqués n’a pas grand intérêt…même si c’est bon, je le répète, alors Mr Chevillard, on sait que « peut mieux faire », alors au boulot ! 😀

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  2. Yv dit :

    J’ai commencé et picore de temps en temps L’autofictif au petit pois, une publication de ses chroniques du blog. C’est certes brillant (parfois un peu moins, mais le jeu des chroniques quotidiennes tolère des aphorismes ou réflexions ratées). J’avais beaucoup aimé La nébuleuse du crabe, là on tourne un peu en rond et Chevillard adore s’écouter écrire… mais quel talent !

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