Viva

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Un petit voyage littéraire et historico-sociale au Mexique? Patrick Deville nous y invite avec son dernier titre « Viva ».

Déjà, les noms des villes mexicaines de Tampico, Cuernavaca nous font voyager…. s’ajoutent à cette danse « au dessus du volcan » les dénommés Frida Kahlo (« la mystérieuse femme mexicaine aux sourcils noirs, au merle sur le front, aux lèvres rouges » – p. 15), Diego Rivera, Trotsky (….) Malcolm Lowry et autres B. Traven dans le bouillonnement des années 30/40.

Roman (?)  difficile à résumer tant il fourmille de chapitres (souvent brefs) et de faits – avérés – qui donnent le tournis, noient le lecteur dans un maelstrom d’informations. En gros, P. Deville rapproche Trotzky, B. Traven (Le trésor de la Sierra Madre nda) et Lowry, leur vie, leur créations…. et dévoile dans une construction narrative savamment inter-lacée les points ou ces personnages se frôlent – sans le savoir.

J’ai regretté un peu de ne pas avoir lu « Au dessus du volcan » (que je ne connais que dans la version cinématographique de John Huston avec A. Finney et J. Bisset) pour encore mieux « suivre » les allusions et/ou notes concernant le processus de l’écriture de ce roman.

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Le pages culture du site web de 20minutes réussit de résumer « Viva » ainsi :

Le pitch: Tampico, au Mexique, 1937. Le renégat Léon Trotsky, ancien chef de l’armée rouge devenu ennemi numéro 1 de Staline, est accueilli dans son exil forcé par les plus célèbres peintres du pays: Diego Rivera et Frida Kahlo, tous deux fervents supporters de la cause communiste. A peu près au même moment, Malcolm Lowry et sa femme s’installent du côté de Cuernavaca, où l’apprenti auteur essaie d’écrire une nouvelle qui deviendra son ouvrage le plus connu, dix ans plus tard: Au-dessous du volcan. Patrick Deville revient sur les traces de ces deux «génies» dans un Mexique qu’il connaît bien et qui occupe à l’époque une place à part sur la scène internationale.

Et de conclure :

On lit… ou pas? Ça dépend (ça dépasse, on sait). Le parallèle plutôt osé (voire tiré par les cheveux) entre deux personnages qui n’ont pour unique point commun que la passion dévorante de leur engagement ainsi que l’enchevêtrement sinueux de leur vie peut dérouter. Les flash-back, les personnages intermédiaires – Nadeau, Weil, Breton, Modotti, Traven, Artaud… On se perd souvent, au milieu de tous ces fantômes. Au point de se dire que le vrai sujet du livre est finalement le Mexique, dont le culte des morts prend ici tout son sens. Reste le style de Deville et ses envolées lyriques sur la passion, la création et la littérature. De quoi vous donner envie d’écrire un roman ou de faire la révolution (et pourquoi pas les deux), puis de recommencer à douter trois pages plus tard lorsque vous ne comprenez plus de qui on parle.

Tout est dit. Moins linéaire que « Peste et Choléra », plus sinueux encore que « Kampuchea » ce livre méritera d’être relu, la tête reposée, un dictionnaire du communisme sous la main … Le roman n’est pas de tout repos, mais le lecteur que je suis a appris quelques rudiments historico-littéraire qui se rajoutent à ceux glané à l’époque dans « La deuxième mort de Ramon Mercader » de Jorge Semprun ou en visionnant le film « The Assassination of Trotsky » de J. Losey qui m’avait marqué à l’époque…. (ahhh mes années 70) – des œuvres qui ne sont pas mentionnées dans l’impressionnante Bibliographie dans laquelle P. Deville a puisé… et je trouve que P. Deville a une facilité éblouissante de passer d’un événement à l’autre, de créer des ponts, des passerelles, et de parler dans une phrase des amants de Frida Kahlo pour ensuite passer aux adversaires politiques de Trotsky….

Une critique assassine de la Tribune de Genève termine ainsi (je ne la partage pas, mais j’en peux comprendre les arguments…) :

« Ceux que le pédantisme de la mise en bouche n’a pas rebuté apprécieront les phrases interminables et le rythme du récit, qui s’apparente à une soupe aux légumes tournoyant furieusement dans un mixeur: «Après avoir quitté Mexico pour Moscou, salué la mémoire de John Reed, l’auteur des Dix jours qui ébranlèrent le monde, enterré avec les honneurs sur la place Rouge, mort ici du typhus deux ans après la révolution d’Octobre, et qui pourtant avait survécu à la révolution mexicaine et combattu auprès des hommes de Pancho Villa, j’avais longé (…) le grand mausolée de Lénine en me souvenant de celui d’Hô Chi Minh à Hanoi, et embarqué le lendemain dans le Transsibérien en gare de Iaroslav.» Tous les paragraphes sont composés sur le même mode. Quant à savoir si le livre s’adresse à une élite restreinte ou n’est que moquerie du lecteur, la dernière phrase du roman devrait nous permettre de trancher: «Il faudrait relire Jeannot Lapin. Tout est dans Jeannot Lapin, sourit le Consul.»

Marianne Grosjean de TdG est un peu dure je trouve, il y a des phrases courtes aussi, des passages qui font (sous)rire, des pages qui nous apprennent des choses : ainsi celles sur le Mezcal….

 

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« On ne batifole pas avec les nymphes aux grands seins blancs dans les champs d’agaves comme au milieu des vignes. Bacchus ne choisirait pas pour ses siestes légendaires et priapiques. Ca pique sérieux, l’agave, ça écorche et ça déchire……. écrasées d’une certaine façon, elles donnent une mousse dont on fait du savon, et d’une autre des fibres du genre sisal pour tisser des tapis et des hamacs.

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Sa hampe fournit à volonté des rasoirs et sa sève une mélasse, aguamiel, l’eau-de-miel, et par évaporation du sucre……….Les Espagnols interdirent un moment le breuvage source de troubles, puis goûtèrent ce vin de mezcal et parvinrent à en extraire, par double distillation, le pur esprit, transparent comme de l’eau de roche ou de l’oxygène: avec le coeur du Tequilana Weber azul on obtint le tequila, parce que c’est masculin, hombre, et que le féminin des Parisiens fait rire les Méxicains. C’est toujours le problème de la traduction, et déjà de l’espagnol au français le soleil tombe par terre. (p. 70/71).

Vertige des parcours de vie, de rencontres et de la grande et petite histoire – un roman qui nous laisse k.o.

« La vie d’un homme est comme une oeuvre de fiction qu’il organise à mesure qu’il va » (Ortega y Gasset)

A propos lorenztradfin

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