All that is – Alles, was ist – Et rien d’autre

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Un demi-siècle de la vie d’un homme, rien que ça sur 299 pages (en V.O. – chez Picador)…. Tout ce qu’il y a dans une vie et le temps qui passe, avec ses hauts et ses bas. Du coup le titre de l’édition française (« Et rien d’autre« ) me parait presque trop triste (ou négatif – genre: le verre moitié plein ou moitié vide?) puisque j’ai pensé … « et à côté de tout ça il y a encore beaucoup plus« …. puisque ce flux d’une vie d’un calme quasi méditatif conjugué avec une « musique » nostalgique, mélancolique laisse toujours entrevoir les autres possibilités que la vie offre à Philip Bowman, le personnage central autour duquel des dizaines de personnages entrent et sortent (dans le livre et la vie), disparaissent pour mieux réapparaître 50 ou davantage de pages plus loin.

Le récit sautillant débute à la fin de la 2e Guerre Mondiale (P. Bowmann est à la Navy dans le Pacifique – qqs pages impressionnantes – ) et finit dans les années 80 du 20e siècle. Au cours de ces 40 ans il va travailler comme lecteur chez un éditeur, va se marier, sera quitté par elle, tombe amoureux d’une autre femme, sera méchamment trahi, va démanger et va vitre d’autres relations amoureuses. L’Amour (avec un grand A) est finalement le centre névralgique de cette vie  (et peut-être la seule « chose » qui compte).

Vivian, Enid, Christine, Katherine, Anne/Anna… sont les femmes qui jalonneront la vie de cet homme qui aurait aimé être journaliste et qui travaillera finalement dans une maison d’édition. Il n’y a pas de véritable drame ou climax dans cette vie finalement « moyenne », pas noire, plutôt grise (avec ses 50 nuances…) et quelques rayons d’un bleu de bonheur, tendres et/ou chargé d’émotion.

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J’ai souvent pensé à Hemingway – ces phrases simples qui en deux trois mots ouvrent des abîmes et/ou décrivent – le contour – un personnage….  Ainsi un frisson en lisant « She was the age when she could still be naked. » (p 156) sans toute autre description, tout en laissant de la place à l’imagination du lecteur. Chaque mot, chaque phrase semble ciselée et réfléchie….. Je n’ai pas regardé la traduction française – les critiques en Allemagne sont durs avec la traductrice de la version allemande – dont en effet la première phrase est lourde par rapport à la prose de Salter :

„All night in darkness the water sped past“

„Die ganze Nacht hindurch, im Dunkel, preschte das Wasser vorbei“

« Toute la nuit, dans le noir, la mer avait défilé. »

On peut être un peu déconcerté par les sauts dans le temps, les a-coups, ellipses et autres passages d’une personne à l’autre, trouver barbant aussi les paragraphes sur le monde de l’Edition (pourtant important puisque le gagne pain de P.B.)… mais en même temps on assiste aussi (comme dans la série Mad Men p.ex.)  à la description d’une époque, de bouleversements qui tous perdent d’importance dans le rétroviseur.

http://micmelo-litteraire.com/et-rien-dautre-james-salter/

Une critique allemande (en VO) dithyrambique :

http://www.zeit.de/2013/38/roman-james-salter-alles-was-ist

La page web du livre dans les Editions de l’Olivier :

http://www.editionsdelolivier.fr/catalogue/9782823602906-et-rien-d-autre

Roxana Robinson (sur Slate) parle ainsi de ce livre :

…..Pourquoi lisons-nous de la bonne fiction? Pour plusieurs raisons, et notamment pour la beauté de l’écriture. C’est pour cela que nous lisons Salter: ses descriptions graves et sonores du temps qu’il fait comme des scènes de sexe sont quasiment sans équivalent. Mais si nous lisons c’est aussi pour développer notre compréhension du cœur humain, et pour cela il nous faut quelqu’un qui en offre une vision élargie, qui le comprenne dans toute son ampleur et dans toute sa portée. 

Salter ne semble pas être ce genre d’écrivain, il n’a pas l’air de comprendre l’étendue et la chaleur des profonds espaces intérieurs. Il ne fait que se déplacer dans ses froides périphéries et si ce territoire est magnifiquement dépeint, il n’en est pas moins bien glauque et ce qu’on y lit n’est qu’une demi-vérité.

http://www.slate.fr/story/91209/litterature-james-salter-mepris-ironie

 

 

A propos lorenztradfin

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Un commentaire pour All that is – Alles, was ist – Et rien d’autre

  1. Micmelo dit :

    J’aime beaucoup votre article, et je découvre avec un réel intérêt votre blog. Je vais désormais venir jeter un coup d’oeil de temps en temps.

    J'aime

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