Cadeau à une femme qui lit Flaubert

C’est A. qui m’a passé ce livre de Jeanne Benameur (je ne connaissais pas) lors d’une de nos soirées lectures –

jeanne

Un petit roman (d’amour aussi) qui a mon avis ne sait finalement pas très bien choisir entre les réflexions et actions « politiques » d’un ouvrier (melé au processus de la mondialisation) et réflexion sur l’importance de la lecture dans le cheminement d’une vie…. tant il est foisonnant et riche.

Présentation sur le site des Actes Sud :
Au seuil de la quarantaine, ouvrier au trajet atypique, décalé à l’usine comme parmi les siens, Antoine flotte dans sa peau et son identité, à la recherche d’une place dans le monde. Entre vertiges d’une rupture amoureuse et limites du militantisme syndical face à la mondialisation, il lui faudra se risquer au plus profond de lui-même pour découvrir une force nouvelle, reprendre les commandes de sa vie.
Parcours de lutte et de rébellion, plongée au cœur de l’héritage familial, aventure politique intime et chronique d’une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières est un roman des corps en mouvement, un voyage initiatique qui nous entraîne jusqu’au Brésil.
Dans une prose sobre et attentive, au plus près de ses personnages, Jeanne Benameur signe une ode à l’élan de vivre, une invitation à chercher sa liberté dans la communauté des hommes, à prendre son destin à bras-le-corps. Parce que les révolutions sont d’abord intérieures. Et parce que “on n’a pas l’éternité devant nous. Juste la vie”.

D’abord il y a l’échec d’un couple (ouvrier qualifié – elle prof de lettres)…

« Des paroles, j’en ai cherché pour elle. J’aurai aimé. Ce qui me venait quand elle était nue, là, dans notre lit, c’était Epaule, Hanche, Fesse, Cheville, Sein, Creux du genou. Un poème d’abruti. Le seul poème qui montait du fond de moi quand je caressais  chaque partie de son corps. Je la détaillais, je la nommais dans ma tête fragment par fragment et c’est ma main qui les reliais tous. Je me sentais fort. Les mots étaient là, sans bruit, partout à l’intérieur de moi et mes mains continuaient à la caresser. C’était ça mes paroles, mais on ne peut pas offrir ça à une femme qui lit Flaubert. (p. 25/26)

Après la séparation du couple, Antoine va vivre chez ses parents (et pense à « venger le dos courbé de son père ». C’est que l’usine sidérurgique (appelé dans le jargon des ouvriers « Lusine ») dans laquelle il travaille sera délocalisée au Brésil. « Au fond de moi, il y a un amas confus, énorme, étouffant. Et ma vie tout en dessous. Il faut que je la sorte de là-dessous si je veux sauver quelque chose…. » (p.66)

Après des envies « terroristes » et au contact de Marcel, un ami bouquiniste (qui lui fait découvrir aussi les Mythes Grecs…. »Orphée et Eurydice »), le plan nait de se rendre au Brésil (pas pour le mondial du foot, mais pour rencontrer les ouvriers là-bas… et de réfléchir à sa vie et comment la faire infléchir…

Il découvre en amont du voyage Jean de Monlevade, le pionnier de la sidérurgie brésilienne » (19e siècle – http://liratouva2.blogspot.fr/2012/06/jean-de-monlevade-pionnier-de-la.html), quelqu’un qui osait partir…..

Antoine va se rendre à la ville de Montlevade avec son ami Marcel, il va y découvrir l’amour (Thaïs) et un sens à la vie, en passant à l’écriture.

« Chuchotement de mes lèvres sur son ventre. Je parle peau. Je parle une langue archaïque secrète. » (p. 202)

Finalement pas tout à fait un roman pour moi, mais un texte (parfois poétique) fourmillant de réflexions désillusionnés, réalistes mais empreintes d’optimisme sur le travail des ouvrier, parents, amour, collègues, l’oisiveté, le temps (qui passe et corrode). Le début – et la mise en place du voyage au Brésil – laissait craindre une descente aux enfers du malheur et de la déprime. Heureusement il fait place à l’ensoleillement brésilien….. « se quitter pour mieux se retrouver »… (toutefois avec la réserve que c’est peut-être presque trop gentil, pas assez râpeux pour moi….Benameur veut peut-être trop plaire au lecteur ?) Vive la liberté – un cri muet dans ce livre au style mi-réaliste (langue presque parlée) – mi-poétique….qui se lit facilement et rapidement.

« Il y a longtemps, j’ai voulu partir » (première phrase)

 

 

 

A propos lorenztradfin

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6 commentaires pour Cadeau à une femme qui lit Flaubert

  1. je n’ai pas lu ce livre, mais le précédent ( « Profanes » ) m’avait déçue, par contre, « Laver les ombres » et « Les demeurées », bien…Dur, mais bien. Je pense qu’elle est meilleure sur des textes courts, sinon, ça dilue trop et ça perd sa force et puis elle use un peu ses thèmes jusqu’à la corde…

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  2. J’adoooore ton orthographe bien à la mode !

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