Mon Dieu

 

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3 millions de spectateurs (en deux semaines d’exploitation) ne peuvent pas se tromper?!  La vision de « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? », un film de Philippe de Chauveron m’avait laissé perplexe… A part quelques gags distillés notamment dans la 2e partie du film, dont deux qui m’ont fait rire, après un égrenage d’un catalogue (j’insiste : c’est bien mon sentiment) quasi insupportable de clichés….., je n’ai pas trouvé le plaisir d’un film « pour ne pas se prendre le chou » comme disait un de mes amis….

Franck Nouchi du service Culture du Monde a écrit l’article semi-analytique que je n’ai pas le temps ni le talent à écrire – je le publie tel quel (copier-coller) puisque j’approuve chaque ligne.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/05/04/faut-pas-prendre-les-enfants-du-bon-dieu-pour-des-racistes_4411176_3232.html

 

Plus de trois millions d’entrées en deux semaines ; 32 % de part de marché : Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, le film de Philippe de Chauveron, fait actuellement exploser tous les compteurs du box-office français. Accueil critique ? Inexistant, aucune projection de presse n’ayant précédé sa sortie. Bouche-à-oreille ? Exceptionnel, à tel point que les deux plus gros succès du cinéma français, Intouchables (19,44 millions d’entrées) et même Bienvenue chez les Ch’tis (20,48 millions) ne paraissent pas hors d’atteinte.

Visible sur Internet, l’efficace bande-annonce laisse présager le pire : 1,58 min de clichés raciaux ou racistes, on ne sait trop, en tous genres. Quel est donc ce film qui fait salle comble aussi bien à Paris qu’en régions ? Un ersatz cinématographique des thèmes chers au Front national ? L’affaire est plus compliquée.

Claude Verneuil, catholique, gaulliste et notaire de son état, et madame vivent dans une splendide maison de maître à Chinon, en Indre-et-Loire. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si trois de leurs quatre charmantes filles n’avaient eu la malencontreuse idée d’épouser l’une un Arabe musulman, l’autre un juif séfarade, la troisième un Asiatique, vraisemblablement d’origine chinoise. Comme le dit cet excellent M. Verneuil, les déjeuners de famille sont devenus de véritables « réunions de la Licra ».

Pauvres Verneuil ! Eux qui espéraient tant arriver à bien marier leurs filles… Il leur faudra tout supporter, y compris la circoncision de leur petit-fils et le souhait de leur gendre – David Benichou, original n’est-ce pas ? – de voir le prépuce du cher petit enterré dans leur parc.

Heureusement, les trois gendres ne sont pas de mauvais types. L’un est banquier, l’autre homme d’affaires, le troisième avocat. Et quand, un soir, ils se mettent à chanter La Marseillaise, la main sur le cœur, face à leur beau-père, ce dernier ne peut que rendre les armes : on peut donc être à la fois français et patriote, sans être tout à fait blanc et catholique.

Hélas pour M. Verneuil, son calvaire n’est pas terminé. Voilà que sa quatrième fille, une charmante blonde, vient lui annoncer, ainsi qu’à sa femme, qu’elle va épouser Charles, un catholique… ivoirien. Catastrophe ! Il ne manquait plus qu’un Noir dans la famille Verneuil ! D’où le titre du film, vous l’aurez compris.

Passons sur l’avalanche de clichés en tous genres – à en juger par les rires qui fusent dans la salle, certains font mouche. Et retenons simplement cette remarque de David Benichou : « On est tous un peu racistes… » Car voilà bien l’idée centrale du film : quelles que soient notre religion et nos origines, nous serions tous, catholiques, juifs, musulmans, Chinois, Ivoiriens… un petit peu racistes. Surtout les hommes (les femmes, elles, semblent moins perméables aux préjugés, plus naturellement enclines à la tolérance et à l’altérité).

UN PETIT SENTIMENT DE GÊNE

Comme nous sommes au cinéma, tout finit évidemment bien. Une partie de pêche et un bon repas permettront à M. Verneuil et au père du marié ivoirien de nouer une belle amitié. Preuve, s’il en fallait, qu’en France tout se règle par un gueuleton, du bon vin et une bouteille de calva. L’un et l’autre, le notaire de province et le bourgeois ivoirien, sont racistes et pleins de préjugés ? Et alors, semble faire accroire le film ? Ne le sommes-nous pas tous un peu ? Il n’y a là rien d’irrémédiable, pour peu que tout le monde accepte de faire un petit effort, à commencer, c’est la moindre des choses, par les non-Français de souche.

Curieux film, laissant présager le pire dans sa première moitié, que l’on finit parfois par trouver drôle, y compris à son corps défendant. Derrière le message de tolérance qu’il entend délivrer – vive la différence, vive les mariages mixtes – se profile pourtant quelque chose de plus ambigu, une manière, certes comique mais tout de même, de vouloir banaliser sinon le racisme, du moins les propos racistes. Inutile de chercher ici la moindre allusion à la situation politique et sociale qui prévaut actuellement en France. Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? fait la part belle à des « métèques » qui sont tous issus de milieux sociaux favorisés. De là à penser qu’il n’y a de bonne immigration que choisie, il n’y a qu’un pas que M. Verneuil semble être à deux doigts de vouloir nous faire partager.

Pas franchement antipathique mais distillant un petit sentiment de gêne – il est des évidences qui n’en sont pas, mais alors pas du tout –, ce film réunit des acteurs et des actrices comiques de différentes générations : Christian Clavier représente celle du Splendid ; Chantal Lauby celle des Nuls de Canal+ ; Ary Abittan celle de « Ce soir avec Arthur », l’émission de TF1. Quant à Frédérique Bel, elle fut la « blonde » de « La Minute » du même nom, là encore sur Canal+. Tous, y compris Clavier, impayable en notaire gaulliste, réac et bedonnant, jouent juste. Impossible bien évidemment de ne pas penser aux Aventures de Rabbi Jacob. Sauf que n’est pas Gérard Oury qui veut. Sans parler de Louis de Funès…

On se prend aussi parfois à imaginer ce qu’un dialoguiste comme Michel Audiard ferait d’une histoire pareille. Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour d’affreux racistes ? Juste un chouia, pas davantage. Pas grave. Voire…

nouchi@lemonde.fr

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour Mon Dieu

  1. tu spoiles vachement mais bon, au moins on est au courant ! J’ai aimé l’avalanche des clichés car je l’ai trouvée bien exploitée. Je ne pense pas que la partie de pêche fut déclencheuse au final du retournement de situation car avant cela, Verneuil projette de vendre sa propriété pour faire ce fameux tour du monde (et d’une certaine façon, même sans sa femme, il accepte de ne pas rester cantonné dans son univers boisé, tout beau mais qui ne le fait plus évoluer). Oui, à la rigueur on peut reprocher les bons sentiments, mais j’ai trouvé le choc des déclarations bien amené. J’ai juste une crainte pour le dernier couple (mal barré à mon avis) car en effet, un mec qui laisse l’amour de sa vie partir, ne montre pas beaucoup d’audace ! bisous

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    • enfin, Franck spoile vachement !
      Je suis d’accord sur un point dans cet article :l a concomitance des milieux sociologiques aide au rapprochement, mais malheureusement c’est une réalité sociologique aussi et le réalisateur (et Franck non plus) n’a rien inventé (on se marie plus facilement entre familles d’ouvriers, entre familles de cadres etc : une autre forme de ségrégation sociale) !

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