Le tueur se meurt – The Killer is dying

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Le tueur se meurt – un roman noir pas si classique que ça – malgré sa structure narrative dans laquelle le cheminement et les actions d’un tueur en fin de course (Chrétien), un policier (avec une femme malade) (Sayles) et un adolescent (Jimmy)qui doit se débrouiller tout seul, puisque ses parents sont partis se croisent, s’entremêlent.

Avant que le tueur ne puisse accomplir sa dernière mission, il sera surpris de voir qu’une autre personne semble remplir le même contrat (mais le « rate »).

L’intrigue n’est toutefois qu’un prétexte. Comme souvent dans son œuvre  (la série autour de Lew Griffin et/ou John Turner ou aussi dans son désormais fameux « Drive ») c’est plutôt l’ambiance qui l’intéresse, les pensées et impressions des acteurs d’une vie face à la mort, la perte de l’autre, la fin (de tout).

« Pendant si longtemps, le temps n’avait eu pour lui aucune signification, un jour était comme les autres, les années à peine plus qu’un chaos de saisons qui passent. Maintenant le temps se solidifiait autour de lui. »

Parfois le lecteur est un peu désarçonné, puisqu’il ne sait pas souvent pas du tout qui parle /pense/agit dans le chapitre qui commence et le découvre le narrateur après quelques phrases seulement. S’ajoutent à ce flottement des flash-back (Vietnam, des anecdotes) et des rêves (oniriques) que les protagonistes se partagent….

Ecriture plutôt simple, souvent avec des touches impressionnistes, pointillistes. Il n’y a pas beaucoup d’action, et si ça bouge un peu …il y a rapidement de nouveau le silence ruminant des « héros » qui observent le monde en déliquescence.

« Mais le mal est là, auprès de chacun, toujours. C’est l’ami avec qui vous vous promenez dans la rue, vous êtes en train de discuter, et soudain il se retourne, et il y a dans ses yeux, à moins que ce ne soit dans les vôtres, quelque chose de différent. Et alors vous vous taisez tous les deux. »

Le travail de Sallis s’inspire certainement de l’impressionnisme, il décrit par petites touches de-ci de-là, qui cherche à nous faire ressentir plus qu’à comprendre.
« … Mlle Formby, qui passait entre les rangs, qui regardait ce qu’ils faisaient. Pas uniquement le modèle, disait-elle. Regardez ce qu’il y a autour du modèle. Ce qu’il y a entre elle et la chaise. Ce qui est au-dessus d’elle, au-dessous d’elle. Le silence qui entoure. Dessinez ça.
À cette époque, il ne comprenait pas trop ce dont elle parlait. Maintenant il se demande si ce n’est pas uniquement dans l’entourage – ce qui se trouve autour de nous, le silence, l’air chargé, les lieux, les autres gens, le soleil d’un jour nouveau- que nous existons.  La télévision est allumée derrière lui, le son baissé. Une émission sur les impressionnistes, et il se rend compte que c’est ça qui lui a rappelé Mlle Fornby. »

Livre tendrement étouffant qui laisse toutefois beaucoup de place au lecteur pour remplir les blancs (ce que j’aime beaucoup dans la littérature – de ne pas être enchainée à une seule lecture. Belle fin humaniste/humaine).

« Et la mort, finalement, n’avait rien d’intéressant. Ce qui était intéressant, ce qui ne manquait jamais de le surprendre, c’est la façon dont la vie s’accroche, quelles que soient les circonstances, la façon dont elle n’abandonne jamais. … Des hommes vidés de leur substance par le cancer, des hommes complètement à bout, et pourtant leur corps ne lâche pas prise et les traine vaille que vaille. »

Belle traduction de Christophe Mercier et Jeanne Guyon.

Passion Polar conclut: « C’est sans doute un des romans les plus originaux et des plus désarçonnants  de James Sallis, mais « le tueur se meurt » est assurément aussi un beau roman »

http://passion-polar.over-blog.com/article-le-tueur-se-meurt-118525647.html

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